Surmonter une fausse couche

En France, on estime à environ 200 000 le nombre de fausses couches par an. C’est  un évènement médical courant qui est vécu douloureusement par
la femme dont la grossesse s’est arrêtée.

Les conséquences psychologiques des fausses couches, de  ces grossesses interrompues,  sont encore aujourd’hui peu abordées et souvent sous estimées.

Les progrès de l’imagerie médicale qui  permettent une personnalisation précoce du fœtus, rendent peut être aujourd’hui les fausses couches plus difficiles à vivre que par le passé. Le pédopsychiatre Stéphane Clerget remarque que  « la grossesse est désormais souvent un évènement   programmé. La déception des femmes est à la hauteur de cette illusion du contrôle total de leur maternité. »

Ne pas minimiser l’importance d’une fausse couche

Le risque serait donc de minimiser l’ importance d’une fausse couche et les souffrances qu’elle peut provoquer. Il faut un peu de temps pour se remettre d’une fausse couche. Dans son corps et aussi dans sa tête, et chaque femme à son rythme. L’entourage, les proches, le papa ne comprennent pas bien ce que vit la femme et pensent bien souvent l’aider en l’incitant à tourner la page le vite possible, à se projeter dans l’avenir. Ce qui est bien éloigné de ce qu’elle ressent et peut vivre. Il ne faut pas hésiter à se confier et à appeler un service d’écoute. Déposer le poids du chagrin, de la tristesse, de la déception, de la peur, de la honte, de la colère est souvent une étape importante pour aller mieux et surmonter cet évènement grave de la vie.
Les fausses couches ne concernent pas uniquement le couple, mais aussi les enfants,  qu’ils soient déjà là ou à venir. Stéphane Clerget, dans son livre,  toujours d’actualité, « Quel âge aurait-il aujourd’hui ? Le tabou des grossesses interrompues  » paru en 2007 aux Editions Fayard, indique qu’il est important que ceux-ci sachent que cette grossesse interrompue n’est « ni de leur faute, ni de celle de leur mère. »

Après une fausse couche, mettre des mots sur le désarroi

Une fausse couche, c’est une histoire qui se termine mal et qui demande un travail de deuil. Deuil de l’enfant pas encore né. A l’angoisse ressentie de ne pouvoir être mère et parfois la honte de n’avoir pas été capable de mener à terme ce projet,  s’ajoute l’impression d’avoir perdu son statut social, sa raison d’être et parfois aussi un sentiment de perte de maîtrise de sa vie. Chacune se remet différemment de ce traumatisme, en fonction des espoirs placés dans cette grossesse et de son tempérament.
Certaines d’entre nous se défouleront dans les tâches de la maison, ou dans les relations sociales, d’autres auront besoin de silence, d’inactivité et de réflexion…

Une étude de l’inserm menée par Micheline Garel, montre que malgré sa fréquence la fausse couche est entourée de silence.  Juste après la fausse couche et dans les trois mois suivants, près de la moitié des femmes présente des signes de dépression.

« Simple à traiter et souvent sans conséquence pour les futures maternités – surtout quand elle survient lors d’une première grossesse – la fausse couche est banalisée par le corps médical. L’entourage, plein de bonne volonté mais d’autant plus mal à l’aise que la fausse couche renvoie à des tabous, le sexe, le sang, la mort, a tendance à minorer l’événement pour se montrer rassurant. C’est donc seules que les femmes font face à leur détresse. Or, pour surmonter ce cap difficile, il est essentiel de  verbaliser et d’exprimer ses émotions. » explique la psychologue.

Après le choc, elles ont besoin de donner un sens à l’incompréhensible. Mais aux raisons invoquées, répond souvent un sentiment d’échec et d’intense culpabilité : « si je n’avais pas travaillé autant » , « si je n’avais pas attendu si longtemps » , « si je n’avais pas avorté il y a dix ans… » s’accusent elles.

Il leur faudra prendre le temps d’accepter la réalité et  se donner le temps de faire leur deuil. Ce peut être aussi donner un prénom à ce bébé, se dire qu’il avait une existence propre…Reconnaître sa mort, c’est accepter notre impuissance et admettre que la mort fait partie de la vie. Sachant que l’entourage est le meilleur rempart contre la dépression car le deuil peut y être porté par d’autres personnes que le couple. »

Après une fausse couche, où trouver du soutien ?

Une personne de confiance, compatissante et capable d’un certain recul peut aider la femme en deuil. Beaucoup de femmes découvrent qu’elles ne sont pas seules, qu’une tante, une amie, une collègue, leur mère parfois aussi,  a été confrontée à cette situation. C’est auprès d’elles,  qu’elles pourront sans doute trouver  l’écoute nécessaire, au moments de caps qui seront difficiles à vivre : la date à laquelle l’enfant aurait dû naître, celle du congé de maternité, de la fausse couche… »

Même si dans la plupart des cas, les femmes trouvent un soutien précieux auprès de leur compagnon et que la fausse couche peut même renforcer les liens du couple, le conjoint, trop impliqué, est parfois désarmé face à une situation qu’il ne comprend pas pleinement. « Il existe souvent un décalage entre le ressenti physique et psychologique des femmes et des hommes. Aussi touchés soient ils, ces derniers veulent donner une image solide et rassurante. Or si certains sont très investis dès le début, d’autres ne prennent conscience de leur paternité qu’en voyant le ventre s’arrondir, quand l’enfant commence à bouger, voire quand ils le tiennent dans leurs bras. » précise Micheline Garel. Ce qui peut créer des tensions et bouleverser l’équilibre du couple.

Fausse couche, du temps pour se réconcilier avec soi

Il est important de parler avec son conjoint de ce que chacun ressent, sans attendre d’être au plus fort de la crise. Parler aussi de la baisse du désir qui peut suivre une fausse couche. Ce sont des phénomènes passagers qu’il faut accepter sans angoisse. Evoquer aussi la peur de la répétition et la réticence qu’éprouvent certaines femmes à redémarrer une grossesse. Peurs bien compréhensibles.

L’angoisse peut être la cause de petits blocages qui retardent le retour des règles et différent une grossesse future.

Se donner du temps, pour se réconcilier avec ce corps qui nous a fait défaut.

Pour aborder une nouvelle grossesse avec une sérénité retrouvée.

Après une fausse couche, un nouveau bébé ?

Médicalement rien ne s’oppose à entreprendre une grossesse après une fausse couche. Les règles réapparaissent normalement environ un mois après.
En général, on conseille d’attendre entre 2 et 3 mois pour laisser au corps le temps de se remettre et aussi être prête à accueillir un nouveau bébé.