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 Aller chercher ce qu’on n’a pas trouvé en consultation peut provenir d’une carence de la relation dans une pratique médicale qui se concentre de plus en plus sur le diagnostic prénatal au point d’en « oublier » parfois les parents…

Les femmes disent se sentir souvent chosifiées lorsqu’elles se soumettent à ce nouveau rite moderne aux allures d’oracle (selon M-J. Soubieux). Leur corps ne leur appartient plus. Si l’on ne mettait pas en avant l’argument thérapeutique, accepteraient-elles de se livrer à cette exhibition ? Leur grossesse entre dans le domaine public. On voit à travers elles, on pense pour elles. Elles redoutent que l’intérêt ne se porte bien plus sur la conformité sociale du produit de conception que sur leur projet à elles devenues femmes transparentes.

La mise à distance des émotions

 Depuis la systématisation des échographies de dépistage, on parle plus des menaces médico-légales que d’humaniser la relation. On parle surtout de compétences techniques et matérielles, de protocoles, de contrôles de qualité. Cependant pour les parents le besoin de rêver leur bébé est une absolue nécessité. « Les étudiants en médecine sont élevés dans l’illusion de l’objectivité positive, dans la toute-puissance de la certitude, dans la proscription du doute et dans la mise à distance des émotions, écueils qui, dans le domaine périnatal, viennent affaiblir la qualité soignante des professionnels. » (L. Alvarez)

En somme, il s’agirait de se débarrasser de l’affectivité pour garantir une sorte de neutralité et d’efficacité des soins. Mais la neutralité n’existe pas. La relation est par nature intersubjective et la préoccupation de l’échographiste (ne pas méconnaître une éventuelle anomalie) est en contradiction fondamentale avec la préoccupation de la mère qui espère bien que « tout est normal » et que l’image intérieure qu’elle se fait de son bébé ne sera pas contredite ( Serge Tisseron ). L’échographiste, dans son rôle de médiateur, doit trouver le chemin entre ses obligations médico-légales et le respect de la rêverie de la mère, contenant nécessaire à l’organisation psychique de son enfant (W. Bion).

Ménager le projet parental

Mais l’image ne suffit pas. « Tant qu’il est invisible, le foetus est paré de la promesse d’un sourire d’enfant que l’image échographique risque d’arracher comme un masque. Le commentaire de l’échographiste opère comme un conte qui transmet le plaisir initiatique de la découverte et formule la beauté d’un phénomène que les parents seuls ne pourraient distinguer de l’horreur d’un accident génétique. » (P. Denis)

Si l’on admet la difficulté de cet exercice d’équilibriste qui consiste à vouloir ménager le projet parental en évitantde fabriquer des inquiétudes et des frustrations inutiles, il peut être tentant de croire échapper à la relation en lui substituant des images spectaculaires. Il paraît donc nécessaire de s’interroger sur la nature de l’information que les devenant-parents viennent chercher.

 Une demande d’images qui n’est pas si étendue

La pratique purement technique de l’échographie pourrait compromettre une occasion unique pour les parents de se rassurer à leur façon sans en demander obligatoirement davantage. L’expérience (sur une vingtaine d’années) nous a montré que les femmes ne sont pas spontanément aussi demandeuses d’images qu’on pourrait le croire.

La recherche d’éventuelles anomalies est la caution du sérieux de l’examen. C’est cela qui autorise la transgression du tabou. Ce qui impose de se donner un objectif corollaire tout aussi sérieux : celui de protéger au mieux la rêverie maternelle.

Dans cette optique, on peut se réjouir de voir se multiplier, chez les professionnels de la périnatalité, les ateliers de réflexion sur la place de la relation dans le soin.

Le Nouvel Obs Plus   15 décembre 2011