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20 Minutes 18 octobre 2011

« Un tiers des femmes qui veulent un bébé après 40 ans ne l’auront jamais »

Joëlle  BELAISCH-ALLART, chef du service de gynécologie médicale à Sèvres a reçu «20 Minutes»

 

Alors que la grossesse de Carla Bruni-Sarkozy – 44 ans, le 23 décembre prochain -, arrive à terme à la fin du mois, Joëlle Belaisch-Allart, spécialiste de la fertilité, balaie un certain nombre d’idées reçues.

Les grossesses tardives, soit après 40 ans, représentent combien de naissances chaque année enFrance?  Les dernières données de l’Insee [Institut national de la statistique et des études économiques] sur les naissances de 2009 comptent 33 305 naissances dont la mère est âgée de 40 à 44 ans, 1 940 de 45 à 49 ans et 134 de 50 à 54 ans. Soit 35 379 naissances chez les mères âgées de plus de 40 ans, sur un total de 824 641 naissances.

« Il y a un déni du déclin de la fertilité avec l’âge. »

Ce chiffre augmente depuis plusieurs années… Oui, très nettement. Depuis le début du XXe siècle et jusqu’aux années 1980, l’âge de la mère à la maternité n’avait cessé de diminuer. Depuis le début des années 1980, il ne cesse d’augmenter ! Comment expliquez- vous ce phénomène? Il y a des raisons positives comme l’amélioration de la contraception et les avancées de l’égalité hommes-femmes qui ont permis aux femmes de faire des études plus longues et de mener leur carrière avant de fonder une famille. Les évolutions de la société amenant à vouloir un enfant de l’amour tiré de sa seconde ou troisième union expliquent également la hausse des grossesses tardives. Mais il y a également un déni du déclin de la fertilité avec l’âge.

Vous voulez dire que l’on ne veut pas entendre les difficultés d’une grossesse tardive?  En effet, dans une société du jeunisme telle que la nôtre, on veut nous faire croire que tout est possible. Mais c’est faux et il faut le dire : après 40 ans, un tiers des femmes qui veulent un enfant ne l’auront jamais sans don d’ovocyte. Si les femmes étaient informées, elles réagiraient autrement, mais le message ne passe pas. Il faut dire qu’expliquer qu’elles peuvent être jeunes physiquement, mais que leurs ovocytes vieilliront inéluctablement n’est pas très positif. Cette baisse de la fertilité existe également chez les hommes. On devrait peut être lier les deux pour que les couples entendent. Et ainsi éviter leur surprise lorsque nous leur avouons ne plus pouvoir rien faire pour eux.

Quels sont les risques majeurs d’être enceinte après 40 ans ? Le premier est de ne jamais devenir enceinte.  Ensuite, viennent ceux liés à l’ovocyte avec un plus grand risque de fausse couche et d’anomalies chromosomiques entraînant trisomies 13, 21, etc. Durant la grossesse, les risques de diabète et d’hypertension sont plus fréquents comme les risques de prématurité, de césarienne et d’accidents à la naissance. Il faut savoir que la mortalité infantile et maternelle augmente après 40 ans.

Mais une fois que l’enfant est là, les choses sont- elles différentes ? Il est vrai que ces enfants sont souvent très attendus. Mais ce n’est pas si simple. Beaucoup de mères arrivent épuisées dans mon cabinet. Elles avouent alors, souvent à partir du sixième mois et après la naissance, qu’il est beaucoup plus fatigant d’être enceinte à 40 ans qu’à 25 ans, par exemple de se lever au milieu de la nuit.

Lucie Soullier