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Parents    novembre 2011

Lors du Congrès mondial sur l’endométriose, en septembre dernier à Montpellier, une étude a mis en garde les médecins : la pilule est trop facilement prescrite à des ados souffrant de  règles douloureuses. Or, ce « pseudo-traitement » retarde le diagnostic de cette affection qui touche près de 10% des femmes et entraîner une infertilité. (Avec le Pr Charles Chapron, chef du service de Gynécologie – obstétrique et Médecine de la reproduction, au CHU Cochin à Paris, et membre de l’Académie nationale de chirurgie)

L’origine de l’endométriose reste assez mystérieuse, même si, aujourd’hui, on comprend mieux ses mécanismes. Cette maladie est provoquée par la présence d’endomètre – le recouvrement intérieur de l’utérus, en dehors de la cavité utérine. Normalement, il se développe tout au long du cycle menstruel et s’élimine naturellement au moment des règles, en l’absence de fécondation. Mais lors d’une endométriose, ce tissu progresse de façon anarchique, principalement sur les organes génitaux, mais aussi parfois entre le vagin et le rectum, sur la vessie, les intestins, voire dans les poumons…Les organes touchés peuvent alors souffrir de complications : inflammation, hémorragies internes, formation d’adhérences entre les tissus. La maladie se manifeste en général par des douleurs violentes :  » C’est le symptôme le plus important pour 80% des patientes. Au moment des règles, elles sont plus intenses car les cellules,; anormalement positionnées, subissent les mêmes stimulations hormonales que celles de l’utérus : elles se désagrègent et se mettent à saigner. Les douleurs surviennent en général le 2ème ou le 3ème jour des règles, et non pas la veille ou le 1er jour, comme lors de règles habituellement douloureuses. Certaines femmes se plaignent de maux de ventre chronique, de troubles digestifs ou urinaires qui surviennent pendant les règles : ils doivent alerter et évoquer l’endométriose », poursuit le Pr Chapron.

Une progression sournoise

Réssultat, il n’est pas rare que des adolescentes sèchent les cours tellement elles ont mal au ventre.  » Dès 13 ans, j’ai eu des douleurs intenses dans le ventre, au moment des règles. J’ai consulté plusieurs gynécologues, mais leurs ordonnances se ressemblaient toutes : des comprimés antidouleur. Le dernier m’a prescrit la pilule, j’ai enfin pu revivre », se souvient Inès. Une ordonnance remise en question par une étude dirigée par le Pr Chapron et présentée au Congrès mondial sur l’endométriose. Elle montre clairement une relation entre la prise de pilule et l’endométriose. L’enquête a été menée chez un millier de femmes pendant 5 ans. Lorsqu’elles ont arrêté leur contraception pour avoir un enfant, ça a été la surprise. Parmi celles qui souffraient de règles douloureuses à l’adolescence et qui ont pris la pilule, on retrouve quatre fois plus souvent une endométriose sévère.  » Autrement dit, la pilule a bien soulagé ces patientes. Mais elle a eu un effet pervers. Elle  amsqué les douleurs de l’endométriose, qui  a évolué silencieusement : des cellules anormales sont allées envahir les organes à proximité. » Et ce n’est qu’au moment de l’arrêt de la pilule que la maladie est finalement dépistée, à un stade souvent avancé. Et comme elle s’accompagne d’infertilité dans environ 30% des cas, cela devient plus complexe à traiter.

Faire évoluer les mentalités

Cette étude montre que les femmes attendent 6 à 10 ans en moyenne avant d’avoir le bon diagnostic : un temps perdu inestimable avant de recevoir un traitement approprié. […] L’étude ne dit pas qu’il ne faut plus donner la pilule à ces jeunes filles qui souffrent.  » Elle indique clairement qu’il ne faut plus prescrire cette contraception sans assurer à ces adolescentes un suivi médical régulier, afin de dépister une éventuelle endométriose. Si elle est diagnostiquée à temps, on va économiser à des milliers de femmes des chirurgies, des FIV, des souffrances inutiles. Enfin, cette étude montre que la douleur des règles est encore trop banalisée par les médecins. Il faut faire évoluer les mentalités : il n’est pas normal d’avoir mal au ventre ni de manquer l’école quand on a ses règles…Il faut chercher les causes de ces douleurs afin de ne pas passer à côté du bon diagnostic.

L’infertilité est une des complications majeures de l’endométriose. […] Mais la prise en charge, dépend encore trop souvent du spécialiste rencontré. Certains gynécologues proposent d’emblée les FIV. D’autres préconisent la chirurgie. Des études ont montré que l’ablation des lésions pouvait améliorer les chances de grossesse. Lors du dernier congrès sur l’endométriose, de nombreux orateurs ont toutefos plaidé paour un suivi plus personnalisé, selon le problème de chaque patiente, au sein d’un service pluridisciplinaire regroupant différents spécialistes. Certains sont déjà opérationnels : à l’hôpital Cochin (Paris), aux CHU de Lyon et de Lille.