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Mal-être après l'IVG > Témoignages parus dans la presse

 

 

TEMOIGNAGES DE FEMMES

TEMOIGNAGES D'HOMMES

TEMOIGNAGES DE FRERES ET SOEURS


TEMOIGNAGES DE FEMMES

"Notre couple est au bord de la rupture à cause de cette IVG"Nouveau !
Satia, Info Bébés, avril 2005

"La blessure de mon avortement ne m'a jamais quittée"
Christine, Pèlerin, novembre 2004

"C'est mon premier accouchement qui a réveillé la douleur de mon IVG"
Marine, Pèlerin n° 6362, 4 novembre 2004

"Je le regrette amèrement"
Florence, Elle, juin 2004

"S'il m'avait encouragée, j'aurais gardé le bébé"
Delphine, Biba, février 2004

"Depuis l'IVG, il y a comme un ressentiment entre nous"
Sofia, Biba, février 2004

"Croiser une femme enceinte me bouleverse"
Christine, "Féminin Psycho", octobre 2004

"Attendant des triplés, j'ai préféré n'en garder que deux"
Solange, "Savoir plus", France 2, mai 1993

"Je pleure sans cesse"
Cindy, Parents, août 2003

"Aujourd'hui, je ne conseillerais pas l'avortement"
Clotilde, "Les personnes handicapées face au diagnostic pré-natal", 2001

"Germain m’a demandé de choisir entre le bébé et lui"
Blanche, Girls, avril 2003

"J’étais consentante, et pourtant, je suis vraiment mal depuis"
Marie-Noëlle, "Ça se discute", France 2, janvier 2002

"J’ai avorté 3 fois du même homme, parce qu’il ne voulait pas assumer"
Véronique, "Ça se discute", janvier 2002

"Au début, j’étais rassurée. Maintenant, je regrette"
Peggy, "Ça se discute", janvier 2002

"Notre histoire d’amour s’est brisée à cause de ça."
Blandine, Lolie, septembre 2002

"J'ai eu le sentiment que ma souffrance était niée par tous"
Malika, Femme actuelle, mars-avril 2001

"Il faut rompre cette loi du silence, témoigner…"
Madame G., Femme Actuelle, juillet 1988

"Une traversée des ténèbres…"
Isabelle, Elle, novembre 2000

"Celui que je porterai plus tard ne sera jamais le premier"
Bérénice, L'Est-Eclair, janvier 2001

"J’ai cédé parce que j’avais la crainte de mes parents. Ils étaient contre moi"
Laetitia, "C'est mon choix" (France 3), novembre 2000

"Depuis quelques années, peut-être dix ans, je pense beaucoup à ces avortements"
Madeleine, L'avortement, 20 ans après, Lorette Thiboud

"C’est un enfant qui est là, sans être là..."
Julia, L'avortement, 20 ans après, Lorette Thiboud

"Non, tu n'as pas de nom"
Anne Sylvestre, Olympia Live, 1998

 

"Une blessure qui ne se referme pas"
Sandrine, Maxi, avril 2000

"Je suis brisée"
Laziza, Elle, novembre 2000

"Cette douleur lancinante qui vous habite, après"
Raphaëlle, Elle, février 2000

"Inconsciemment, je n’acceptais pas mon IVG"
Mathilde, Le Parisien, février 2000

"J’aurais eu de l’amour que maintenant j’ai pas"
Léa, RTL, décembre 1999

"Nous commençons notre deuil d’avoir perdu l’enfant de l’amour"
Liliane, Femme Actuelle, avril 1996

"J’ai hésité jusqu’au dernier moment"
Charlotte, Le Figaro, décembre 1999

"Je me dis que ce gamin aurait eu un grand frère"
Barbara, 20 ans, mars 2000

"Nous, les jeunes filles, on est poussées à avorter"
Nina, 20 ans, mars 2000

"Sa réaction a été : Oh, putain, c’est pas vrai !"
Marie, 20 ans, mars 2000

"Mais il est trop tard, hélas"
Edwige, Elle, mai 1999

 

 

"C’était une fille, j’en suis sûre"
Marianne, Femme Actuelle, janvier 1995

"C'est une épreuve, c'est une douleur"
Elli Medeiros, chanteuse, Marie-Claire, octobre 1995

"Une expérience que j'aurais souhaité ne jamais connaître"
Sonia, Envoyé Spécial, janvier 2000

"On y pense, ça empêche de dormir"
Sylvie, Des racines et des ailes (FR3), mars 2000

"Je ne peux oublier ce que j'ai fait volontairement"
Aude, Maxi, juillet 2000

"Plus le temps passe, moins je m’en remets"
Virginie, Biba, juillet 2000

" Mon père a voulu absolument que j’avorte"
Nadège, hors-série de l’Itinérant, été 2000

 

"Après mon IVG, plus personne pour me soutenir"
Florence, hors-série de l’Itinérant, été 2000

"C’est trop douloureux"
Alexandra, Elle, août 1999

"J’en veux encore à mes parents..."
Stéphanie, Maxi, août 1999

"Il m’en reste des traces psychologiques douloureuses"
Brita, Elle, août 1999

"L’avortement reste un sujet pénible pour moi"
Armelle, Famille chrétienne, décembre 2002

 

TEMOIGNAGES DE FRERES ET SOEURS

"Depuis des semaines, Mélanie poussait des hurlements dès que sa mère la quittait "
Nouvel Observateur, avril 2000

"Ça n'a pas été anodin dans ma famille"
Jocelyne, "Les personnes handicapées face au diagnostic pré-natal", 2001


 

TEMOIGNAGES DE FEMMES

 

"Notre couple est au bord de la rupture à cause de cette IVG"

Satia, Info Bébés n°45, avril 2005

« Cher Info, je lis depuis longtemps vos histoires, qui m’émeuvent, me touchent, m’irritent parfois… mais qui m’intéressent toujours. Et voilà que j’éprouve à mon tour le besoin de vous écrire…
Je m’appelle Satia, j’ai 39 ans et 3 enfants, dont l’aîné a 12 ans. Mariée depuis 10 ans, heureuse, un mi-temps intéressant dans une boîte de com’ (idéal pour profiter des enfants). Une vie bien réglée et sans souci. Et puis l’imprévu qui vient bousculer cet équilibre chèrement acquis (j’avais connu un divorce douloureux, toute
jeune) : un retard de règles, un test positif… Et des sentiments mêlés : une vraie fierté, de la joie même et l’appréhension de devoir l’annoncer à mon mari qui avait toujours dit que trois, c’était un nombre suffisant…

Mon angoisse était fondée : il n’a rien voulu entendre. Pour lui, une seule issue : l’avortement. Je croyais notre couple harmonieux, mais là, impossible seulement d’en discuter. Dix jours de tension très forte, de disputes et de pleurs, un premier RDV annulé à l’hôpital (je ne pouvais m’y résoudre), et puis un deuxième, de peur de faire exploser mon couple et ma petite famille. J’en étais malade. Je ne voulais pas cet enfant, mais puisqu’il était là, au fond… Je me sentais prête à l’accueillir… Peut-être même que j’avais envie d’un quatrième.

Le jour J, je n’ai pas cessé de pleurer. Aucun réconfort de la part de mon mari, qui trouve que je dramatise. Un climat familial qui en pâtit. Et voilà que notre couple est au bord de la rupture, depuis 2 ans que cet événement a eu lieu. C’est plus fort que moi, je lui en veux énormément et il a révélé un visage que je ne lui connaissais pas. Et je m’en veux d’avoir cédé, je ne peux plus me regarder en face. J’ai honte, j’ai mal, je regrette. L’écrire m’a apaisée, un peu. D’autres parmi vous ont-elles vécu cela ? »

 

 

"La blessure de mon avortement ne m'a jamais quittée"

Christine, Pèlerin n° 6362, 4 novembre 2004

« J’ai avorté il y a 30 ans. Depuis, j’ai reconstruit ma vie, fondé un couple stable, eu cinq filles. Mais cette blessure ne m’a jamais quittée et il m’a fallu un long chemin pour la transformer et l’apaiser. »


 

"C'est mon premier accouchement qui a réveillé la douleur de mon IVG"

Marine, Pèlerin n° 6362, 4 novembre 2004

« A l’époque, il y a 5 ans, je n’avais plus de compagnon, et pas « la tête à ça ». J’avais commencé un nouveau travail quand on m’a annoncé que j’étais enceinte. J’ai choisi d’interrompre ma grossesse. Cela s’est passé très vite : rendez-vous avec le médecin, échographie, entretien, anesthésie, intervention. Depuis, l’affaire semblait oubliée.

Puis, il y quelques mois, j’ai mis au monde un petit garçon. Mais, fatiguée, je ne parvenais pas à m’occuper de mon bébé. Les médecins diagnostiquent une « dépression post-partum ». J’ai entamé une psychothérapie et trouvé la réponse : cet enfant est en réalité le second, je ne l’avais jamais compris. La douleur enfouie était revenue, insistante, violente. »


 

"Je le regrette amèrement"

Florence, Elle n°3052, 28 juin 2004

« J'étais en train de vérifier la cuisson de la dinde de Noël quand Laura est venue me trouver dans la cuisine en tortillant ses cheveux roux : "Quelque chose d'important à te dire… Je ne sais pas comment tu vas le prendre…". "Tente, tu verras bien ! " (…) Ma fille, de 18 ans, enceinte ! (…) Pas de colère, pas de reproche, de la stupéfaction. (…)

Ma fille me regarde dans le blanc des yeux. "Qu'est-ce que je fais ?" (…) "Que lui dire ? (…) Je dois parler à Laura comme (…) une femme qui s'est retrouvée enceinte pour la quatrième fois de jumeaux et qui a avorté, parce que tout cela paraissait trop compliqué. Qui le regrette amèrement. Dévoiler ce secret que j'avais gardé enterré au fond de moi… »

 

 

"S'il m'avait encouragée, j'aurais gardé le bébé"

Delphine, Biba n°288, février 2004

« Delphine, en couple depuis 8 ans avec un homme qui ne se décide pas à avoir d'enfant, a avorté l'été dernier. (…) "J'ai été infernale avec mon mec pendant cette période. S'il m'avait encouragée, ne serait-ce qu'un tout petit peu, j'aurais gardé le bébé. C'est lui qui m'a convaincue d'avorter. Il ne m'a forcée en rien, mais il s'est mis dans le rôle du coupable en me couvrant, après, de cadeaux et d'attentions. Moi, je l'envoyais paître hargneusement, je ne supportais pas cette gentillesse tardive." Mais Delphine n'a pas rompu.»


 

"Depuis l'IVG, il y a comme un ressentiment entre nous"

Sofia, Biba n°288, février 2004

« "Je suis tombée enceinte il y a deux ans, tombée, parce que là, vraiment, ce n'était ni un choix ni un truc auquel je pensais le moins du monde. Ça m'est vraiment arrivé dessus comme un coup de massue". Ni paumée, ni fauchée, ni droguée, Sofia, juriste, n'a pas gardé cet enfant parce que ce n'était pas le moment, c'est tout. "D'ailleurs, quand j'en ai parlé au père, c'était sur le mode "il va falloir régler ça d'urgence." On s'est à peine posé la question."
Ensemble depuis tout juste huit mois, ils avaient déjà connu de bonnes crises, et rien à l'époque n'indiquait que leur histoire avait la moindre chance de durer.
"Mais je ne voulais même pas qu'il m'accompagne, ni qu'il vienne me chercher à la sortie de l'hôpital. C'est ça qu'il a peut-être eu un peu de mal à digérer." (…)

Elle a vécu une sorte de grossesse par procuration, entre le moment où elle a subi son IVG et celui où son bébé, si elle l'avait gardé, aurait dû naître : "J'y ai pas mal pensé en me demandant si je n'avais pas fait la plus grosse connerie de ma vie. Et puis, passé la "date de naissance" supposée, hop terminé. Je me suis sentie libérée et j'y ai pensé de moins en moins."

(…) Même si, sur le moment, ils semblaient d'accord pour ne pas garder le bébé, elle et son mari évitent la question. "Le danger, je le sais, est que cette histoire ressorte à la faveur d'une engueulade. Là, il y a un chagrin violent, en forme de "pourquoi tu ne m'as pas empêchée de faire ça", qui risque de surgir." Le risque d'accusation qui peut venir de son côté à lui aussi d'ailleurs." Du même coup, au plus fort d'une méga scène de ménage, Sofia prend bien garde de ne pas parler de "ça" : trop destructeur.»

 

 

"Croiser une femme enceinte me bouleverse"

Christine, "Féminin Psycho", octobre 2004

« C’était un lundi matin : 8h30. J’étais assise dans le métro. Je lisais. J’étais vraiment absorbée par la lecture de mon roman, rien ne semblait pouvoir troubler ma quiétude intérieure. Pas même l’accordéoniste qui jouait une guinguette tonitruante.

Station Saint-Michel, monte une future maman qui était probablement à son 6ème mois. Je lève les yeux machinalement, les baisse automatiquement… les relève aussitôt, comme hypnotisée et en même temps complètement bouleversée. Je n’arrive plus à croiser une femme enceinte sans ressentir d’abord un profond trouble, puis une grande tristesse et je finis en pleurs. C’est toujours le même scénario. »

 


"Attendant des triplés, j'ai préféré n'en garder que deux"

Interview de Solange Rougé, "Savoir plus", France 2, 31 mai 1993

« - J'avais déjà deux enfants, une fille de 9 ans et une petite fille de 3 ans. Je voulais un 3ème enfant (…). J'avais le pressentiment quand même qu'il se passait quelque chose de plus qu'un enfant. Je m'attendais bien à ce qu'on m'annonce des jumeaux. Et on nous a annoncé de but en blanc trois bébés. Sans traitement, comme ça, la nature… Direct ! (…)
J'ai d'abord éclaté de rire tellement la situation me paraissait burlesque, et puis un immense sentiment de fierté qui est arrivé tout de suite après, et puis tout à coup un effondrement qui a suivi parce que pendant ce temps mon mari blanchissait de seconde en seconde. Je me rendais compte que finalement, on allait devant un énorme problème.

- Vous vous êtes entourée de conseils, j'imagine ?

- J'ai une famille nombreuse autour de moi. Tout de suite, notre gynécologue nous a conseillé une réduction embryonnaire. (…) On peut, ça existe, vous êtes en droit de le demander, nous a-t-il dit. (…) Il existe des équipes maintenant très performantes.

- Alors, vous vous aviez envie de tous les garder quand même ?

- Dans le couple, ça a été très difficile parce qu'on a eu à peine dix jours pour se retourner. (…) Ca a été très rapide. (…) Moi, je voulais tout garder, par instinct maternel, parce qu'on m'a tout de suite dit que les trois allaient très bien. (…)
On a eu deux petites filles qui sont nées à 8 mois et demi. (…)
Je reste très très émue quand je vois ça, parce qu'on ne peut pas s'empêcher, je pense parce qu'on est mère, de se dire : "Mon Dieu, où est le troisième ?". Finalement, j'aurais fait face au troisième de toutes les façons. Elles ont 6 mois, le troisième aurait 6 mois aussi (…).

- Au moment des faits, est-ce que c'est pas trop dur à vivre ?

- (…) Il y a simplement un moment qui est quand même très difficile à vivre, c'est au moment où le médecin pose la sonde et va chercher la poche, et ça quand on est mère… Excusez-moi… [Elle pleure].

- Et oui, c'est difficile. En fait, on a mal physiquement éventuellement quelques secondes, mais manifestement moralement beaucoup plus…

- [Elle pleure. Et entre deux sanglots] On se dit lequel ?»

 


"Je pleure sans cesse"

Cindy, "Parents", août 2003

« J'ai 22 ans et je voulais à tout prix un bébé. Je me sentais prête jusqu'au mois dernier où j'ai découvert que j'étais enceinte de 5 semaines. Tout a basculé dans ma tête. Je ne me sentais plus du tout prête, j'ai eu peur de ne pas pouvoir aller jusqu'au bout, et j'ai décidé de faire une interruption volontaire de grossesse.

Je regrette un peu ma réaction, je désire toujours un enfant, mais je ne veux plus revivre ce calvaire. Est-ce normal d'avoir réagi de cette façon ? Je pleure sans cesse et cela me rend malade.
»

 

 

"Aujourd'hui, je ne conseillerais pas l'avortement"

Clotilde, 70 ans, "Les personnes handicapées face au diagnostic pré-natal", de Nicole Diederich, sociologue et Danielle Moyse, chercheur au CNRS, coll. Erès, 2001

Clotilde, 70 ans, maman de Jocelyne, 50 ans, a choisi d'interrompre sa grossesse de peur que son 3ème enfant soit aussi porteur du handicap. (Retrouvez le témoignage de Jocelyne)

« J'ai fait un avortement après Jocelyne [ma seconde fille, atteinte d'une ostéogénose imparfaite] parce que j'avais peur. Je n'avais aucune information. Je n'ai pas consulté de psy et je le vis mal aujourd'hui.
On m'a toujours répondu que j'avais assez de deux enfants. Même aujourd'hui, on ne prépare pas les gens, on les agresse en les mettant devant le fait accompli. Aujourd'hui, je ne conseillerais pas l'avortement et n'y recourrais pas car c'est traumatisant… Comme disent les gens d'Afrique du Nord, "tu ne peux pas haïr la chair de ta chair", du moment que l'environnement est approprié, qu'on nous prépare et qu'on suit une thérapie. Tout avortement est traumatisant. Je regretterai toujours l'enfant que je n'ai pas eu.»


 

"Germain m’a demandé de choisir entre le bébé et lui"

Blanche, Girls, avril 2003

« J’ai 16 ans et demi, je sors avec Germain qui a 21 ans. Cela fait un an que j’ai avorté, je ne voulais pas, mais Germain m’a demandé de choisir entre le bébé et lui !
J’en souffre encore et j’aimerais lui en parler, car souvent je m’effondre sans lui dire pourquoi et on s’engueule à cause de ça. Que dois-je faire ?
»

 

"J’étais consentante, et pourtant, je suis vraiment mal depuis"

Marie-Noëlle, "Ça se discute", "Peut-on sortir indemne d’un avortement ?",
France 2, 30 janvier 2002

Marie-Noëlle a 36 ans, elle est restauratrice. Elle a 3 enfants de son mari, Denis. Ils sont tous deux propriétaires d’un restaurant de plus de 100 couverts et d’une dizaine de salariés, ouvert tous les jours de l’année. C’est ce rythme de vie infernal qui a poussé Marie-Noëlle à avorter quelques semaines auparavant.

« - Marie-Noëlle : C’était pas le bon moment. J’ai avorté il y a deux mois de ça, et ça me fait mal au cœur, très mal. Je regrette de l’avoir fait. Pourtant, nous n’avions pas de solution pour le garder. C’était pas prévu. On a privilégié notre vie professionnelle, mais je réagis très mal, j’ai du mal à le vivre maintenant. Ça a été une décision rapide, peut-être trop. On était pris dans l’engrenage du travail.
Il y avait aussi ma belle-mère, qui était en train de mourir, et je ne me sentais pas le droit de mettre quelqu’un au monde. Dans ma tête, c’était comme si je prenais sa vie. (…)

Le problème, c’est que quand je suis partie à l’hôpital, j’étais consentante, c’est vrai. Quand je suis ressortie, j’ai pleuré toute la soirée, et le lendemain, le surlendemain, l’après-lendemain, et même encore aujourd’hui. Mon mari dit "arrête de pleurer", mais c’est plus fort que moi. Malgré que cet enfant-là, je le voulais pas, j’ai l’impression que dans moi-même, je le voulais. J’étais pourtant bien décidée, on en avait parlé, parce que c’est quand même une grosse décision qu’on a prise… On a fait ça aussi bien pour nous que pour lui, ou elle [elle pleure]. (…) Je ne pensais pas réagir comme ça. Je ne comprends pas pourquoi. (…) C’est très dur. (…) J’en parle parce que je souffre, j’ai mal, j’ai une douleur.

En l’apprenant, j’étais surprise et contente, -je ne sais pas si c’est le mot-, mais je savais que je pouvais pas le garder. Il fallait choisir entre l’entreprise et l'enfant, et on a choisi l’entreprise."

Depuis cet avortement, Denis et Marie-Noëlle ont bien du mal à dialoguer : quelques disputes, des silences, beaucoup de non-dits, et une tension qui rend le quotidien difficile.

"(…) Même le jour J, j’étais pas bien. Je sais que c’est moi qui déconne… (…) Je pensais faire une interruption de grossesse sans rien voir, sans entendre… Et en fait, ça a été comme un accouchement, j’ai senti qu’on m’aspirait quelque chose, et pour moi, c’est un vide, un trou en moi, un manque…
Si mon mari avait dit qu’on le gardait, je l’aurais gardé, mais un enfant, ça se fait à deux… Au fond de moi, peut-être que je voulais le garder. (…) Il manque la parole sur ce sujet, on veut pas en parler, parce que c’est trop lourd, mais en parler, ça fait quand même du bien. (…)

Ça passe toujours pas. C’est dur. Peut-être que des femmes ont le même problème que moi, c’est pour ça que j’en parle. Quand on a pris la décision, on n’en a parlé à personne, on avait honte. »

Pour lire le témoignage de Denis, le mari de Marie-Noëlle.

 

 

"J’ai avorté 3 fois du même homme, parce qu’il ne voulait pas assumer"

Véronique, "Ça se discute", "Peut-on sortir indemne d’un avortement ?",
France 2, 30 janvier 2002

Véronique, 37 ans, journaliste, mariée, aujourd’hui maman d’une petite fille de 3 ans qu’elle "désirait ardemment", a subi 3 IVG par le passé.

« J’ai subi une première intervention, au début de notre relation, qui était toute neuve. J’ai intégré la décision de devoir avorter, mais s’il m’avait dit "je veux absolument le garder", j’aurais été d’accord. De son côté, il avait déjà des enfants. (…)
L’intervention s’est déroulée. Et c’est vrai que je me suis sentie seule. J’avais 27 ans. (…) Il m’a fallu quelques jours, pour me remettre.

La deuxième fois, c’était quelques années plus tard, et là, je désirais vraiment avoir un enfant, et c’est vrai qu’on n’est pas enceinte par hasard… (…). Je n’avais pas de contraception, et il le savait. Quand je lui ai appris, c’était très romantique, j’avais fait des dessins, des graphiques, un livret, tout un machin rigolo, j’avais enjolivé les choses… Je ne m’attendais pas à une réaction de sa part qui soit aussi tranchée, et aussi négative. J’avais l’impression que le monde s’écroulait pour lui, et pour moi, ça a été très brutal.
Il a eu le temps de réfléchir lui aussi, et en fait, c’était presque une lutte… (…). Ça, j’ai pas aimé du tout. Donc, (…) nous avons décidé qu’il y aurait cette interruption. Et c’est vrai qu’il a été très très pressant…
Ça a modifié les sentiments que j’avais pour lui. J’étais surprise de cette brutalité (…). Je trouvais ça égoïste, j’étais révoltée, j’avais ce désir, mon désir n’était pas compris (…). S’il ne voulait pas construire quelque chose avec moi, pourquoi rester avec lui ? (…) Je pleurais, j’étais très très triste. (…) J’étais vraiment déçue par sa réaction (…). La personne que j’aimais était très dure avec moi, finalement.

La troisième fois, c’était un an plus tard. Je souhaitais toujours être enceinte. Enfin, il y a beaucoup d’inconscient qui joue… Mais je venais de débuter mon job, j’ai eu peur de la réaction de mon ami, et ça m’a aidée sûrement à pencher pour l’IVG (…). Cette fois, j’ai avorté par RU 486. (…) Et ça a été extrêmement douloureux, terriblement douloureux. Je n’avais pas été prévenue que la douleur pouvait être aussi forte.

La 4ème fois que je suis tombée enceinte, je lui ai dit "je le veux". Lui ne le voulait toujours pas. (…). Je me suis dit : "je veux cet enfant, je le désire, je vais pas aller me faire avorter une 4ème fois" (…). Et je suis allée jusqu’au bout de ma décision, je l’ai gardé. »


 

"Au début, j’étais rassurée. Maintenant, je regrette"

Peggy, "Ça se discute", "Peut-on sortir indemne d’un avortement ?",
France 2, 30 janvier 2002

Peggy, 20 ans, sans emploi, est tombée enceinte à 15 ans, suite à son tout premier rapport sexuel. Comme ses règles n’étaient pas régulières, elle ne s’en est rendue compte qu’au bout de 14 semaines, après une réflexion de son copain, Carl, 15 ans ½ à l’époque, 20 aujourd’hui, sur "son petit bidon".

« La question de le garder s’est posée, bien sûr. On a plus ou moins choisi d’interrompre cette grossesse. (…)
Oui, je le regrette. (…) A 15 ans, on n’est pas conscient. J’y croyais pas. (…) J’en ai parlé tout de suite à ma mère (…). J’ai eu trois semaines pour réfléchir, et voilà quoi… Je savais que je n’irais pas loin dans mes études, donc un bébé, pourquoi pas ? Mon père est resté neutre, comme toujours. Avec ma mère, ça a été très dur. Elle a pleuré en l’apprenant. Et puis, elle a d’abord pensé à le garder. Carl avait un avis neutre. Moi, c’était oui. Mais ma mère a paniqué, a changé d’avis.
Après tout ça, ma mère, moi et Carl, on a décidé d’avorter, en Hollande. Ça s’est bien passé (…). Au réveil, j’étais bien, j’étais sereine.

Peut-être qu’aujourd’hui, ma vie serait meilleure avec un enfant. Aujourd’hui, ça fait 6 ans qu’on est ensemble, mais pour moi, il n’y a rien de beau, rien de concret dans ma vie, à part Karl. Je pense qu’avec un enfant on est obligé de se bouger pour trouver du travail.
J’ai envie d’avoir un enfant aujourd’hui, oui. Rapidement.
»

 

"Notre histoire d’amour s’est brisée à cause de ça"

Blandine, 18 ans, Lolie, septembre

« Eric et moi, on était fous l’un de l’autre. Et, sans vraiment y réfléchir, on allait de plus en plus loin… jusqu’au jour où ce qui devait arriver arriva : nous avons fait l’amour (…). Après des mois de caresses, de baisers, on en avait très envie. Cela nous paraissait si naturel que ni l’un ni l’autre n’avions pensé à prendre la moindre précaution.

Nous avons recommencé, toujours dans les mêmes conditions. Et un beau jour, un retard de règles… Vous imaginez la suite. L’angoisse, la honte… Non seulement j’ai avorté, mais notre histoire d’amour s’est brisée à cause de ça. »


 

"J'ai eu le sentiment que ma souffrance était niée par tous"

Malika, Femme actuelle, mars-avril 2001

« C'était il y a sept ans, j'avais 28 ans. A un moment, j'ai oublié de prendre ma pilule. Ayant accouché 8 mois auparavant, j'avais comme le sentiment que je ne pouvais pas tomber enceinte. C'est arrivé pourtant. J'avais été très heureuse de la naissance de ma fille, mais j'avais un super job, je gérais bien ma carrière. Ce bébé venait trop tôt après l'autre. Mon compagnon, avec qui je vivais depuis quatre ans, a d'abord été abasourdi. Puis, il m'a dit : "Bon, j'imagine que tu ne veux pas le garder. Un avortement, c'est sûrement pas très marrant, mais je serai le plus possible à tes côtés. " Il a été gentil; compatissant, mais sans émettre le moindre doute. Je crois que, sinon, j'aurais réfléchi à la possibilité de le garder.

Rendez-vous avec le médecin, entretien avec une psy recommandée par le Planning familial. Ca a été bouclé en deux temps trois mouvements. Jour J : je suis un peu troublée, j'ai mal dormi la veille. Je fais part de mes tourments à mon ami. Il m'assure que c'est normal, que c'est juste un mauvais moment à passer, mais que c'est préférable pour ma carrière, notre quotidien. Il n'était pas dur, mais déterminé, et finalement pas à mon écoute.

Avortement : souvenirs des couloirs d'hôpital, du médecin froid et apparemment mal à l'aise dans ce rôle, du regard fuyant des sages-femmes de la maternité. J'ai essayé de faire la forte, de me persuader que j'avais pris la bonne décision. D'assumer mon choix. Un an sans que j'y repense vraiment, je me suis noyée dans le boulot. Mais mes rapports avec mon ami étaient plus tendus, nos disputes plus fréquentes. Le jour anniversaire de l'IVG, j'ai fait un cauchemar effroyable (le médecin m'opérait, m'enlevait mon enfant et le déposait sur une étagère, dans un bocal.) Mon ami m'a dit qu'il fallait que je dédramatise, et je lui en ai voulu.

J'ai commencé à penser à cet enfant, à avoir envie d'être enceinte de nouveau. Oublier ce mauvais rêve, en compensant cet enfant par un autre. Résultat, j'ai fait deux fausses couches en deux ans. Je commençais à me dire que c'était le prix à payer, qu'après avoir refusé la vie, je ne pouvais plus la donner. J'étais obnubilée par l'idée d'avoir un autre enfant. Je ne supportais plus les enfants des autres, le bonheur de mes amies enceintes. Mon ami ne comprenait pas. Pensant que la maternité était davantage une affaire de femmes, je me suis tournée vers ma mère qui m'avait aussi poussée dans le sens de l'IVG. Elle ne m'a pas du tout comprise. Alors, je me suis tournée vers un psy, puis un autre. Ni l'un ni l'autre ne m'ont prise au sérieux. J'ai eu le sentiment que ma souffrance était niée par tous, qu'il y avait un voile sur ce sujet.

Avec mon ami, nos rapports se sont dégradés petit à petit, il ne voulait pas voir ma peine en face. Bref, cette Ivg a fait surgir des dissensions de fond entre nous, que je n'avais pas décelées jusqu'alors. On s'est séparés un an et demi après l'avortement, dans un climat de tensions et de méchancetés, ça s'est apaisé depuis. J'ai mis trois ans avant d'être prête à m'engager dans une autre histoire sérieuse. Avec mon compagnon actuel, tout se passerait bien si je n'avais pas beaucoup de mal à faire l'amour avec insouciance, "comme avant". Je ne saurais expliquer pourquoi. Angoisse d'être à nouveau enceinte et d'être poussée à avorter ? Je voudrais d'autres enfants, faire le deuil de celui que je n'ai pas gardé, à nouveau connaître le plaisir, moi qui étais plutôt libérée "sous la couette". Ma petite fille est mon seul bonheur. Je voudrais pouvoir échanger avec des femmes qui ont vécu la même chose que moi, merci du fond du coeur. »

 

"Il faut rompre cette loi du silence, témoigner…"

Madame G., Femme Actuelle, juillet 1988

« On parle beaucoup de la libération de la femme : IVG (interruption volontaire de grossesse), contraception, tout est en place pour le mieux-être de la femme ! Mais on passe sous silence les épreuves que subissent des femmes qui, pour des raisons personnelles, généralement graves, paniquent, et doivent subir une interruption volontaire de grossesse.

Bien sûr, on ne peut pas généraliser. Certaines ont choisi en connaissance de cause. Mais je ne peux pas m’empêcher de penser que même celles-ci ressentent un traumatisme. A la suite d’une très importante série de soucis matériels et de santé, je viens moi-même de recourir à un tel acte et maintenant le remords est là, tenace, qui me poursuit sans cesse. Dans ces hôpitaux, le personnel, à force de toujours vouloir rester neutre, devient froid et inhumain. (…)

Je pense qu’il faut rompre cette loi du silence, témoigner, parler de ce grand vide que l’on ressent, de cette douleur morale qui est là. (…) Pour permettre à la femme de choisir en toute liberté (…), pourquoi dans les hôpitaux ne voit-on pas systématiquement une assistante sociale qui nous expliquerait simplement, sans prendre parti, qu’il est peut-être possible d’agir autrement, qu’il existe des droits : aide financière, soutien moral auprès de tel organisme. Ensuite, bien évidemment, la décision finale reviendrait à la femme, au couple, mais en toute connaissance de cause.

Voici comment cela s’est passé pour moi. D’abord, visite chez un gynécologue qui demande ce qui s’est passé : échec de la contraception ou autre ? Puis une échographie pour savoir s’il est encore temps. Ensuite, visite chez le psychologue. Alors là, c’est le bouquet : leçon de morale, mais du style « Vous n’allez pas pondre des gosses comme ça, surtout avec vos problèmes ! » Pourtant, le psychologue aurait un rôle important à jouer. (…)

Après, la visite chez l’anesthésiste, le jour J arrive. Vous avez peur, vous ne voulez pas trop d’un tel acte, mais il ne faut pas traîner, et vous gardez pour vous vos états d’âme. Ensuite, c’est le réveil, tout est fini. Et puis, vous vous retrouvez chez vous et c’est alors que les problèmes commencent. (…)

Et je suis là, avec ce grand vide, une grosse peine, une honte de moi-même, la déprime. Je veux rompre ce silence. Si vous avez subi un tel acte, dites-moi, je vous en prie, comment vous vous en êtes sortie ? Cela vous a-t-il posé des problèmes moraux ? Il est vrai que la loi autorise cet acte. Donc, la société n’a rien à en dire. Mais au fond de son être, comment cela se passe-t-il ? J’écris pour que les femmes qui hésitent réfléchissent, et que l’on sache qu’une IVG n’est pas un acte banal. »

 

"Une traversée des ténèbres…"

Isabelle, Elle, novembre 2000

« J’avais 21 ans, un diplôme fraîchement décroché, le même petit ami depuis 4 ans, des projets d’avenir, quand il y a eu cet accident de pilule. Et tout a basculé, en allant très vite. Une traversée des ténèbres qui devait déboucher irrémédiablement et rapidement sur une décision. Je ne voulais pas, consciemment du moins, d’enfant à cette époque de ma vie, et, de toute façon, le papa n’aurait pas tenu la route bien longtemps. Seule, j’ai fait le choix de l’IVG, le plus difficile de toute ma jeune vie. (…)

Pourtant, malgré la compréhension et la sympathie de l’équipe du centre de planning et de quelques amis, j’ai mis deux années à m’en remettre. »

 

"Celui que je porterai plus tard ne sera jamais le premier"

Bérénice, L'Est-Eclair, janvier 2001

« A l'époque, Bérénice a 20 ans. Quelques copains, la fac, une soirée différente des autres. Lorsqu'elle se rend compte qu'elle attend un enfant, Bérénice cède à la panique. Pas de père, pas d'envie. Le début de la galère administrative. "J'ai pris ma décision assez rapidement. Je ne pouvais pas faire autrement que de me séparer de cet enfant."

Après le rendez-vous chez le médecin généraliste, une semaine de délai de réflexion : l'hôpital. "Ils ont fait une échographie pour vérifier le stade de la grossesse. C'était très pénible. Ensuite j'ai attendu dans une salle d'attente entourée de femmes enceintes." Des moments aussi difficiles à vivre que l'acte lui-même. (…)

De cette décision, Bérénice garde des traces indélébiles. "Dix ans plus tard, j'ai encore du mal à en parler sans fondre en larmes. C'est la décision la plus difficile que j'ai eu à prendre. Un enfant, c'est ce qu'il y a de plus beau. Celui que je porterai plus tard ne sera jamais le premier. »

 

"J’ai cédé parce que j’avais la crainte de mes parents. Ils étaient contre moi"

Laetitia, "C'est mon choix" (France 3), novembre 2000

Laetitia, 27 ans, cinq enfants de son compagnon

« La première fois que je suis tombée enceinte, j’avais 15 ans (…). Bon, c'était un accident (…). Ma mère l’a pas su tout de suite, j’ai pas osé le lui dire en face : « Maman, je suis enceinte ! » alors que je le savais parfaitement ; et donc, se doutant de la chose, elle m’a envoyée chez le médecin, et quand je suis revenue avec le compte-rendu du médecin, elle s’est mise en colère : elle m’a giflée et, donc, elle m’a dit qu’il était hors de question que je le garde, tout simplement.

J’ai essayé de m’opposer à son choix en lui disant que, moi, je voulais cet enfant. Mais il en était hors de question de toute façon : j’avais 15 ans, pour elle, j’étais pas prête, j’étais pas assez mûre. Je me sentais prête à l’avoir, moi, j’avais peut-être pas l’argent pour l’élever, mais enfin, je veux dire, oui, je me sentais prête. (…) J’ai cédé, oui, j’ai cédé parce que, déjà, j’avais la crainte de mes parents. Ils étaient contre moi. (…)

Il y a eu un manque après cet avortement… Je sais pas, porter un enfant, c’est… Quand on a l’instinct maternel, c’est terrible ! Même les jeunes de 15 ans qui se font avorter parce qu’elles peuvent pas l’élever, on peut pas dire… Il y a quelque chose… On vous enlève quelque chose… On vous enlève votre enfant. C’est quand même pas rien, que ce soit un petit embryon ou un bébé… Enfin, je veux dire, c’est une personne. C’est traumatisant, quelque part, surtout pour quelqu’un comme moi qui a l’instinct maternel. (…) Il ne faut pas imposer son choix, en tant que mère, on peut conseiller mais pas imposer son choix. (…)

Le fait d’avorter, justement, a plus ou moins brisé notre couple, quoi, de voir qu’en fait, il ne me soutenait pas non plus, qu’il s’alignait du côté de mes parents, ça a cassé quelque chose entre nous, ça a fini par une rupture. (…)

Quel que soit son âge, on ne regrette pas [d'avoir été une très jeune maman]. Quand on est maman, on ne regrette pas. »

 

"Depuis quelques années, peut-être dix ans, je pense beaucoup à ces avortements"

Madeleine, L'avortement, 20 ans après, Lorette Thiboud

Madeleine, 63 ans, deux enfants, deux avortements

« Depuis quelques années, peut-être dix ans, je pense beaucoup à ces avortements. Pourtant, je trouve que c’est très bien l’avortement. Mais c’est maintenant que ça me laisse quelque chose de très très désagréable. Je me pose des questions et je n’arrive pas à comprendre comment je pouvais être si insouciante pendant ces avortements.

[…] Je ne pensais pas au fœtus. J’étais très déterminée. Mais j’en ai un souvenir odieux, surtout le deuxième. C’était l’horreur absolue.

Il y a quelque chose dans cette affaire-là, c’est mystérieux… On ne peut pas l’expliquer. J’essaie de ne pas y penser aujourd’hui parce que ça me rend triste, vraiment triste. […] Aujourd’hui ça me revient et ça m’est très déplaisant, vous savez. Vraiment, très fortement. C’est incroyable. Parce que j’imagine ces deux enfants-là. »

 

"C’est un enfant qui est là, sans être là..."

Julia, L'avortement, 20 ans après, Lorette Thiboud

« […] L’avortement s’est fait un 4 décembre. Pour moi, c’est toujours lié à l’hiver, au froid, parce que je me rappelle que j’étais très très fatiguée et qu’il faisait très froid. Je n’ai jamais eu aussi froid que cet hiver-là, en fait. Il ne m’a jamais paru aussi sombre. […] Il y a une chose que je me suis dite très souvent après, c’est que je ne voulais pas recommencer un avortement, jamais. Jamais deux fois cette chose. Parce que c’est aussi quelque chose de l’ordre du gâchis. […]

Je ne peux pas m’empêcher de penser, même si je ne pense jamais que c’était un enfant quand j’ai avorté, que si je l’avais gardé, il aurait deux ans, trois ans… En fait, c’est suivre la vie imaginaire d’un enfant qui n’existe pas. Ce qui veut dire, d’une certaine manière, qu’il ne me quitte pas. C’est un enfant qui est là, sans être là… C’est bizarre, un être qui ne serait qu’un âge. Quand on y pense, c’est très troublant, on est toujours accompagné par l’idée de quelqu’un.

De temps en temps, ça revient, j’y repense, plutôt à des dates, en hiver et en été, puisqu’il devait naître l’été. C’était en 89, oui, à l’automne 1989, cela fait donc trois ans. Le premier hiver passé après, j’ai revécu tout le truc, c’était un anniversaire un peu… […]

Pendant longtemps quand même, j’ai été étranglée par cette histoire. Je ne pouvais pas en parler, j’étais toujours au bord de l’émotion si j’en parlais. C’est un acte un peu… difficile. »

 

"Non, tu n'as pas de nom"

Anne Sylvestre
Olympia Live, 1998


« Oh ce n’est pas une fête
C’est plutôt une défaite
Mais c’est la mienne et j’estime
Qu’il y a bien deux victimes
(…)
Ils en ont bien de la chance
Ceux qui croient que ça se pense
Ca se hurle ça se souffre
C’est la mort et c’est le gouffre
C’est la solitude blanche
C’est la chute l’avalanche
C’est le désert qui s’égrène
Larme à larme peine à peine . »

 

"Une blessure qui ne se referme pas"

Sandrine, Maxi 704, avril 2000

« Cela remonte en 1996, c’est loin, il est vrai, mais pourtant, depuis, j’ai toujours au fond de moi une blessure qui ne se referme pas. Je suis tombée enceinte à un moment où mon mari et moi avions de grosses difficultés familiales (notre petit deuxième avait eu un grave accident) et financières. La mort dans l’âme, j’ai avorté, pensant que c’était la solution la moins mauvaise.

Mais depuis, je repense sans cesse à cette intervention et j’imagine le visage de cet enfant, ses jeux avec ses frères et sœurs, nos moments de tendresse… Je me sens coupable et très seule dans ma peine, que mon mari ne comprend pas. Aussi, c’est un réel besoin que j’ai d’être mise en contact avec des femmes qui ont vécu la même expérience douloureuse. »

 

"Je suis brisée"

Laziza, Elle 2865, novembre 2000

« Je l'aime. Je le lui dis bientôt. Habib aussi semble fou de moi. Il n'a que mots tendres et aimants à mon égard. De retour en France après les festivités du mariage, je suis plus épanouie que jamais. Nous vivons dans une harmonie toute nouvelle pour moi. Je me sens protégée, sereine enfin, malgré nos galères matérielles.
Je me retrouve enceinte. Un bonheur total, je vais enfin pouvoir construire quelque chose ! Mais, au lieu de cela, c'est la déchirure. Habib est expulsé vers le Maroc. Non régularisable. Seule, sans argent, je n'ai pas d'autre choix que d'avorter.

Tout s'écroule, mes rêves, mes forces, mon désir de vivre. Je ressens l'IVG comme un crime, le pire de tous. Je suis brisée. Par chance, dans mon cauchemar, le centre hospitalier parisien où je me suis fait avorter me propose un suivi psychologique. Je rencontre une psychanalyste, [qui], pendant des mois m'épaule, me guide sans jamais me juger. (…)

Grâce au regroupement familial, Habib peut, deux ans après notre mariage, regagner la France. Quand il m'annonce la nouvelle au téléphone, je ne peux pas y croire. Vais-je enfin pouvoir toucher au bonheur ? Pendant huit ans, je me crois stérile. Impossible d'avoir un enfant. J'ai le sentiment d'être punie pour mes fautes passées . »

 

"Cette douleur lancinante qui vous habite, après"

Raphaëlle, Elle 2825, février 2000

« Je viens d’achever la lecture de votre article sur les 25 ans de la loi Veil. J’ai moi-même avorté il y a un peu plus d’un an, à 24 ans. J’en garde un souvenir extrêmement pénible, tenace, pesant, insolent : ai-je eu tort, n’avais-je réellement pas d’autre solution ? La réponse est encore pour moi incertaine, mais il me paraît réducteur de ne publier que des témoignages qui font l’impasse sur les remords, le tourbillon de questions et cette douleur lancinante qui vous habite, après. Moi, j’ai mal encore, et je considère que cette douleur doit être entendue. »

 

"Inconsciemment, je n’acceptais pas mon IVG"

Mathilde, Le Parisien, février 2000

« (…) la jeune fille, née en Seine Saint Denis de parents originaires de la République centrafricaine, n’a pas oublié la réaction de sa mère quand elle lui a annoncé qu’elle était amoureuse (…) : « Qu’est-ce que tu peux connaître à l’amour à quinze ans ? Tu ferais mieux de penser à ton avenir. » Ignorant l’injonction maternelle, (…) Mathilde, fidèle à son premier amour, finit par tomber enceinte (…). Elle n’a que 17 ans, et après quatre semaines de réflexion, opte pour l’Interruption Volontaire de Grossesse (…). De cette expérience, elle garde un souvenir très douloureux : « Ca m’a fait mal. Le plus dur, c’est au niveau psychologique. Le fait de savoir que vous avez cet être en vous, vous avez le temps de vous attacher à lui… » (…) Désormais, elle prend la pilule. Mais personne n’est à l’abri d’un oubli (…). Elle est à nouveau enceinte, sept mois à peine après son IVG. A demi-mots, elle reconnaît toutefois que cet oubli ne suffit pas à expliquer ce nouvel « accident » : « J’avais un désir de maternité. Si je suis tombée enceinte à nouveau, je crois que c’est parce qu’inconsciemment je n’acceptais pas mon IVG. » Cette fois, elle décide de garder l’enfant.(…) Au chômage, son ami n’est peut-être pas tout à fait prêt, mais il « n’est pas contre l’idée d’avoir un bébé. » Le petit vient au monde le 28 décembre 1997. (…) La jeune maman et son enfant vivent avec « 3698frs » d’allocation parent isolé (API) mensuelle, mais elle ne se plaint pas : « Je gère », dit-elle pudiquement. Avant d’annoncer tout sourire que depuis lundi, elle travaille dans une entreprise de télémarketing. Et pendant qu’elle travaille, c’est le jeune papa qui garde le petit. »

 

"J’aurais eu de l’amour que maintenant j’ai pas"

Léa, RTL, décembre 1999

« Moi, j’ai encore les boules parce que ce je sais que ce que je ressens et ce que j’ai, la souffrance, je l’aurai toujours quoi, c’est ça qui me fout les boules. (…)

Bien sûr, c’est clair que je peux pas dire que ça aurait été trop facile de garder mon gamin, de faire ma vie de lycéenne en même temps, mais d’un autre côté, j’aurais eu de l’amour que maintenant j’ai pas quoi.

Maintenant, je me sens seule quoi, c’est peut-être dégueulasse de dire ça pour mes parents, et pour ma meilleure copine et tout, et puis pour d’autres potes que j’ai, mais il y a quelque chose qu’ils ne peuvent pas comprendre parce qu’ils n’ont pas souffert ce que j’ai souffert et moi je me sens seule, oui.

[Au lycée, les autres] pensent que moi par rapport à un camé ou je sais pas quoi, moi j’ai rien vécu. Ils pensent que j’ai pas vraiment à me plaindre parce que ce que j’ai vécu, c’est rien. Pour eux, l’avortement c’est pas quelque chose de grave, donc ils voient pas pourquoi j’en fais un plat et pourquoi j’irais me plaindre ; parce que, eux, ils savent pas ce que c’est.(…). Deux mois après [mon IVG], (…) j’ai dit : « merde, je me pose plein de questions, ça va pas du tout, qu’est-ce qui se passe, pourquoi ça me fait ça, vous m’aviez pas dit que ça me ferait ça ? »

 

"Nous commençons notre deuil d’avoir perdu l’enfant de l’amour"

Liliane, Femme Actuelle 602, avril 1996

« Mon mari et moi, nous nous connaissons depuis quatorze ans. Quand notre histoire d’amour a commencé, après une longue amitié, ce fut, et c’est toujours, un conte de fées. Nous nous aimons comme il est rare de s’aimer. J’ai été enceinte dans les premiers jours de notre relation. Lorsque nous l’avons appris, nous avons été heureux…quelques heures. Nous avions vingt ans, étions étudiants et vivions grâce à nos parents.

Tout est allé très vite. Mise au courant, ma mère rendit aussitôt son verdict : il fallait avorter. Mon ami ne résista pas à la pression. Plus tard, ni le médecin généraliste, ni la psychologue de l’hôpital ne nous firent envisager l’hypothèse de garder l’enfant. Et je n’étais pas assez mûre pour comprendre ce qui se passait malgré moi. J’ai donc avorté sous anesthésie locale, dans des conditions psychologiques abominables. Nous avons beaucoup pleuré et puis le temps est passé….

Nous nous sommes mariés et nous avons eu un enfant qui fait notre joie. Pourtant, notre vie est devenue morne et triste. Nous commencions à nous éloigner l’un de l’autre. J’étais devenue obèse et dépressive. Mais nous ne faisions pas le rapprochement avec l’IVG. Aujourd’hui, mon mari est psychologue, ce qui nous a permis de comprendre. Nous commençons notre deuil d’avoir perdu l’enfant de l’amour. (…) Histoire banale d’un avortement qui n’aurait jamais dû être, que nous ne voulions pas et qui nous a laissés déchirés, un jour d’octobre, il y a dix ans. »

 

"J’ai hésité jusqu’au dernier moment"

Charlotte, Le Figaro, décembre 1999

« Neuf mois ont passé. Mais elle en parle encore à voix basse. En février dernier, du haut de ses 16 ans, Charlotte décidait d’interrompre une gro