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Mal-être
après l'IVG > Témoignages parus dans
la presse


TEMOIGNAGES DE FEMMES
"Notre couple est au
bord de la rupture à cause de cette IVG" Nouveau
!
Satia, Info Bébés, avril
2005
"La blessure
de mon avortement ne m'a jamais quittée"
Christine, Pèlerin, novembre 2004
"C'est mon premier accouchement
qui a réveillé la douleur de mon IVG"
Marine, Pèlerin n° 6362, 4
novembre 2004
"Je
le regrette amèrement"
Florence, Elle, juin 2004
"S'il
m'avait encouragée, j'aurais gardé le bébé"
Delphine, Biba, février
2004
"Depuis
l'IVG, il y a comme un ressentiment entre nous"
Sofia, Biba, février 2004
"Croiser une femme
enceinte me bouleverse"
Christine, "Féminin Psycho",
octobre 2004
"Attendant des
triplés, j'ai préféré n'en garder
que deux"
Solange, "Savoir plus",
France 2, mai 1993
"Je
pleure sans cesse"
Cindy, Parents, août 2003
"Aujourd'hui,
je ne conseillerais pas l'avortement"
Clotilde, "Les personnes handicapées
face au diagnostic pré-natal", 2001
"Germain
m’a demandé de choisir entre le bébé
et lui"
Blanche, Girls, avril 2003
"J’étais
consentante, et pourtant, je suis vraiment mal depuis"
Marie-Noëlle, "Ça se
discute", France 2, janvier 2002
"J’ai avorté
3 fois du même homme, parce qu’il ne voulait pas
assumer"
Véronique, "Ça se discute", janvier
2002
"Au début, j’étais
rassurée. Maintenant, je regrette"
Peggy, "Ça se discute", janvier 2002
"Notre
histoire d’amour s’est brisée à
cause de ça."
Blandine, Lolie, septembre 2002
"J'ai eu le sentiment
que ma souffrance était niée par tous"
Malika, Femme actuelle, mars-avril 2001
"Il faut rompre
cette loi du silence, témoigner
"
Madame G., Femme Actuelle, juillet 1988
"Une traversée
des ténèbres
"
Isabelle, Elle, novembre 2000
"Celui que je
porterai plus tard ne sera jamais le premier"
Bérénice, L'Est-Eclair, janvier 2001
"Jai cédé
parce que javais la crainte de mes parents. Ils étaient
contre moi"
Laetitia, "C'est mon choix" (France 3), novembre
2000
"Depuis quelques
années, peut-être dix ans, je pense beaucoup
à ces avortements"
Madeleine, L'avortement, 20 ans après, Lorette Thiboud
"Cest un
enfant qui est là, sans être là..."
Julia, L'avortement, 20 ans après, Lorette Thiboud

"Non, tu n'as pas de nom" 
Anne Sylvestre, Olympia Live, 1998
"Une blessure
qui ne se referme pas"
Sandrine, Maxi, avril 2000
"Je suis brisée"
Laziza, Elle, novembre 2000
"Cette douleur
lancinante qui vous habite, après"
Raphaëlle, Elle, février 2000
"Inconsciemment,
je nacceptais pas mon IVG"
Mathilde, Le Parisien, février 2000
"Jaurais
eu de lamour que maintenant jai pas"
Léa, RTL, décembre 1999
"Nous commençons
notre deuil davoir perdu lenfant de lamour"
Liliane, Femme Actuelle, avril 1996
"Jai hésité
jusquau dernier moment"
Charlotte, Le Figaro, décembre 1999
"Je me dis que
ce gamin aurait eu un grand frère"
Barbara, 20 ans, mars 2000
"Nous, les jeunes
filles, on est poussées à avorter"
Nina, 20 ans, mars 2000
"Sa réaction
a été : Oh, putain, cest pas vrai !"
Marie, 20 ans, mars 2000
"Mais il est
trop tard, hélas"
Edwige, Elle, mai 1999
"Cétait
une fille, jen suis sûre"
Marianne, Femme Actuelle, janvier 1995
"C'est une épreuve,
c'est une douleur"
Elli Medeiros, chanteuse, Marie-Claire, octobre 1995
"Une expérience
que j'aurais souhaité ne jamais connaître"
Sonia, Envoyé Spécial, janvier 2000
"On y pense,
ça empêche de dormir"
Sylvie, Des racines et des ailes (FR3), mars 2000
"Je ne peux oublier
ce que j'ai fait volontairement"
Aude, Maxi, juillet 2000
"Plus
le temps passe, moins je m’en remets"
Virginie, Biba, juillet 2000
" Mon père a voulu
absolument que j’avorte"
Nadège, hors-série de l’Itinérant,
été 2000
"Après
mon IVG, plus personne pour me soutenir"
Florence, hors-série de l’Itinérant, été
2000
"C’est
trop douloureux"
Alexandra, Elle, août 1999
"Jen veux
encore à mes parents..."
Stéphanie, Maxi, août 1999
"Il m’en
reste des traces psychologiques douloureuses"
Brita, Elle, août 1999
"L’avortement
reste un sujet pénible pour moi"
Armelle, Famille chrétienne, décembre 2002
TEMOIGNAGES DE FRERES ET SOEURS
"Depuis des semaines, Mélanie
poussait des hurlements dès que sa mère la quittait
"
Nouvel Observateur, avril 2000
"Ça n'a
pas été anodin dans ma famille"
Jocelyne, "Les personnes handicapées
face au diagnostic pré-natal", 2001
TEMOIGNAGES DE FEMMES
"Notre couple est au bord de la rupture à
cause de cette IVG"
Satia,
Info Bébés n°45, avril 2005
«
Cher Info, je lis depuis longtemps vos histoires, qui m’émeuvent,
me touchent, m’irritent parfois… mais qui m’intéressent
toujours. Et voilà que j’éprouve à
mon tour le besoin de vous écrire…
Je m’appelle Satia, j’ai 39 ans et 3 enfants,
dont l’aîné a 12 ans. Mariée depuis
10 ans, heureuse, un mi-temps intéressant dans une
boîte de com’ (idéal pour profiter des
enfants). Une vie bien réglée et sans souci.
Et puis l’imprévu qui vient bousculer cet équilibre
chèrement acquis (j’avais connu un divorce douloureux,
toute
jeune) : un retard de règles, un test positif…
Et des sentiments mêlés : une vraie fierté,
de la joie même et l’appréhension de devoir
l’annoncer à mon mari qui avait toujours dit
que trois, c’était un nombre suffisant…
Mon angoisse était fondée : il
n’a rien voulu entendre. Pour lui, une seule issue :
l’avortement. Je croyais notre couple harmonieux, mais
là, impossible seulement d’en discuter. Dix jours
de tension très forte, de disputes et de pleurs, un
premier RDV annulé à l’hôpital (je
ne pouvais m’y résoudre), et puis un deuxième,
de peur de faire exploser mon couple et ma petite famille.
J’en étais malade. Je ne voulais pas cet enfant,
mais puisqu’il était là, au fond…
Je me sentais prête à l’accueillir…
Peut-être même que j’avais envie d’un
quatrième.
Le jour J, je n’ai pas cessé
de pleurer. Aucun réconfort de la part de mon mari,
qui trouve que je dramatise. Un climat familial qui en pâtit.
Et voilà que notre couple est au bord de la rupture,
depuis 2 ans que cet événement a eu lieu. C’est
plus fort que moi, je lui en veux énormément
et il a révélé un visage que je ne lui
connaissais pas. Et je m’en veux d’avoir cédé,
je ne peux plus me regarder en face. J’ai honte, j’ai
mal, je regrette. L’écrire m’a apaisée,
un peu. D’autres parmi vous ont-elles vécu cela
? »
"La
blessure de mon avortement
ne m'a jamais quittée"
Christine,
Pèlerin n° 6362, 4 novembre 2004
«
J’ai avorté il y a 30 ans. Depuis, j’ai
reconstruit ma vie, fondé un couple stable, eu cinq
filles. Mais cette blessure ne m’a jamais quittée
et il m’a fallu un long chemin pour la transformer et
l’apaiser. »
"C'est mon premier accouchement
qui a réveillé la douleur de mon IVG"
Marine,
Pèlerin n° 6362, 4 novembre 2004
«
A l’époque, il y a 5 ans, je n’avais
plus de compagnon, et pas « la tête à ça
». J’avais commencé un nouveau travail
quand on m’a annoncé que j’étais
enceinte. J’ai choisi d’interrompre ma grossesse.
Cela s’est passé très vite : rendez-vous
avec le médecin, échographie, entretien, anesthésie,
intervention. Depuis, l’affaire semblait oubliée.
Puis, il y quelques mois, j’ai mis
au monde un petit garçon. Mais, fatiguée, je
ne parvenais pas à m’occuper de mon bébé.
Les médecins diagnostiquent une « dépression
post-partum ». J’ai entamé une psychothérapie
et trouvé la réponse : cet enfant est en réalité
le second, je ne l’avais jamais compris. La douleur
enfouie était revenue, insistante, violente. »
"Je le regrette
amèrement"
Florence,
Elle n°3052, 28 juin 2004
«
J'étais en train de vérifier la cuisson de la
dinde de Noël quand Laura est venue me trouver dans la
cuisine en tortillant ses cheveux roux : "Quelque chose
d'important à te dire… Je ne sais pas comment
tu vas le prendre…". "Tente, tu verras bien
! " (…) Ma fille, de 18 ans, enceinte ! (…)
Pas de colère, pas de reproche, de la stupéfaction.
(…)
Ma fille me regarde dans le blanc des
yeux. "Qu'est-ce que je fais ?" (…) "Que
lui dire ? (…) Je dois parler à Laura comme (…)
une femme qui s'est retrouvée enceinte pour la quatrième
fois de jumeaux et qui a avorté, parce que tout cela
paraissait trop compliqué. Qui le regrette amèrement.
Dévoiler ce secret que j'avais gardé enterré
au fond de moi…
»
"S'il m'avait encouragée,
j'aurais gardé le bébé"
Delphine,
Biba n°288, février 2004
«
Delphine, en couple depuis
8 ans avec un homme qui ne se décide pas à avoir
d'enfant, a avorté l'été dernier. (…)
"J'ai été infernale avec mon mec pendant
cette période. S'il m'avait encouragée, ne serait-ce
qu'un tout petit peu, j'aurais gardé le bébé.
C'est lui qui m'a convaincue d'avorter. Il ne m'a forcée
en rien, mais il s'est mis dans le rôle du coupable
en me couvrant, après, de cadeaux et d'attentions.
Moi, je l'envoyais paître hargneusement, je ne supportais
pas cette gentillesse tardive." Mais Delphine n'a pas
rompu.»
"Depuis l'IVG, il y a comme
un ressentiment entre nous"
Sofia,
Biba n°288, février 2004
«
"Je suis tombée enceinte
il y a deux ans, tombée, parce que là, vraiment,
ce n'était ni un choix ni un truc auquel je pensais
le moins du monde. Ça m'est vraiment arrivé
dessus comme un coup de massue". Ni paumée, ni
fauchée, ni droguée, Sofia, juriste, n'a pas
gardé cet enfant parce que ce n'était pas le
moment, c'est tout. "D'ailleurs, quand j'en ai parlé
au père, c'était sur le mode "il va falloir
régler ça d'urgence." On s'est à
peine posé la question."
Ensemble depuis tout juste huit mois, ils avaient déjà
connu de bonnes crises, et rien à l'époque n'indiquait
que leur histoire avait la moindre chance de durer.
"Mais je ne voulais même pas qu'il m'accompagne,
ni qu'il vienne me chercher à la sortie de l'hôpital.
C'est ça qu'il a peut-être eu un peu de mal à
digérer." (…)
Elle a vécu une sorte de grossesse par
procuration, entre le moment où elle a subi son IVG
et celui où son bébé, si elle l'avait
gardé, aurait dû naître : "J'y ai
pas mal pensé en me demandant si je n'avais pas fait
la plus grosse connerie de ma vie. Et puis, passé la
"date de naissance" supposée, hop terminé.
Je me suis sentie libérée et j'y ai pensé
de moins en moins."
(…) Même si, sur le moment,
ils semblaient d'accord pour ne pas garder le bébé,
elle et son mari évitent la question. "Le danger,
je le sais, est que cette histoire ressorte à la faveur
d'une engueulade. Là, il y a un chagrin violent, en
forme de "pourquoi tu ne m'as pas empêchée
de faire ça", qui risque de surgir." Le risque
d'accusation qui peut venir de son côté à
lui aussi d'ailleurs." Du même coup, au plus fort
d'une méga scène de ménage, Sofia prend
bien garde de ne pas parler de "ça" : trop
destructeur.»
"Croiser une femme
enceinte me bouleverse"
Christine,
"Féminin Psycho", octobre 2004
«
C’était un lundi matin : 8h30. J’étais
assise dans le métro. Je lisais. J’étais
vraiment absorbée par la lecture de mon roman, rien
ne semblait pouvoir troubler ma quiétude intérieure.
Pas même l’accordéoniste qui jouait une
guinguette tonitruante.
Station Saint-Michel, monte une future
maman qui était probablement à son 6ème
mois. Je lève les yeux machinalement, les baisse automatiquement…
les relève aussitôt, comme hypnotisée
et en même temps complètement bouleversée.
Je n’arrive plus à croiser une femme enceinte
sans ressentir d’abord un profond trouble, puis une
grande tristesse et je finis en pleurs. C’est toujours
le même scénario. »
"Attendant
des triplés, j'ai préféré n'en
garder que deux"
Interview
de Solange Rougé, "Savoir plus", France 2,
31 mai 1993
«
- J'avais
déjà deux enfants, une fille de 9 ans et une
petite fille de 3 ans. Je voulais un 3ème enfant (…).
J'avais le pressentiment quand même qu'il se passait
quelque chose de plus qu'un enfant. Je m'attendais bien à
ce qu'on m'annonce des jumeaux. Et on nous a annoncé
de but en blanc trois bébés. Sans traitement,
comme ça, la nature… Direct ! (…)
J'ai d'abord éclaté de rire tellement la situation
me paraissait burlesque, et puis un immense sentiment de fierté
qui est arrivé tout de suite après, et puis
tout à coup un effondrement qui a suivi parce que pendant
ce temps mon mari blanchissait de seconde en seconde. Je me
rendais compte que finalement, on allait devant un énorme
problème.
- Vous vous êtes entourée de
conseils, j'imagine ?
- J'ai une famille nombreuse autour de
moi. Tout de suite, notre gynécologue nous a conseillé
une réduction embryonnaire. (…) On peut, ça
existe, vous êtes en droit de le demander, nous
a-t-il dit. (…) Il existe des équipes
maintenant très performantes.
- Alors, vous vous aviez envie de tous les
garder quand même ?
- Dans le couple, ça a été
très difficile parce qu'on a eu à peine dix
jours pour se retourner. (…) Ca a été
très rapide. (…) Moi, je voulais tout garder,
par instinct maternel, parce qu'on m'a tout de suite dit que
les trois allaient très bien. (…)
On a eu deux petites filles qui sont nées à
8 mois et demi. (…)
Je reste très très émue quand je vois
ça, parce qu'on ne peut pas s'empêcher, je pense
parce qu'on est mère, de se dire : "Mon Dieu,
où est le troisième ?". Finalement, j'aurais
fait face au troisième de toutes les façons.
Elles ont 6 mois, le troisième aurait 6 mois aussi
(…).
- Au moment des faits, est-ce que c'est pas
trop dur à vivre ?
- (…) Il y a simplement un moment qui
est quand même très difficile à vivre,
c'est au moment où le médecin pose la sonde
et va chercher la poche, et ça quand on est mère…
Excusez-moi… [Elle pleure].
- Et oui, c'est difficile. En fait, on a
mal physiquement éventuellement quelques secondes,
mais manifestement moralement beaucoup plus…
- [Elle
pleure. Et entre deux sanglots]
On se dit lequel ?»
"Je pleure sans cesse"
Cindy,
"Parents", août 2003
«
J'ai 22 ans
et je voulais à tout prix un bébé. Je
me sentais prête jusqu'au mois dernier où j'ai
découvert que j'étais enceinte de 5 semaines.
Tout a basculé dans ma tête. Je ne me sentais
plus du tout prête, j'ai eu peur de ne pas pouvoir aller
jusqu'au bout, et j'ai décidé de faire une interruption
volontaire de grossesse.
Je regrette un peu ma réaction, je désire toujours
un enfant, mais je ne veux plus revivre ce calvaire. Est-ce
normal d'avoir réagi de cette façon ? Je pleure
sans cesse et cela me rend malade.»
"Aujourd'hui, je ne conseillerais
pas l'avortement"
Clotilde,
70 ans, "Les personnes handicapées face au diagnostic
pré-natal", de Nicole Diederich, sociologue et
Danielle Moyse, chercheur au CNRS, coll. Erès, 2001
Clotilde, 70 ans, maman de Jocelyne, 50 ans,
a choisi d'interrompre sa grossesse de peur que son 3ème
enfant soit aussi porteur du handicap. (Retrouvez
le témoignage de Jocelyne)
«
J'ai fait un avortement après Jocelyne
[ma seconde fille, atteinte d'une ostéogénose
imparfaite] parce que j'avais peur. Je n'avais aucune information.
Je n'ai pas consulté de psy et je le vis mal aujourd'hui.
On m'a toujours répondu que j'avais assez de deux enfants.
Même aujourd'hui, on ne prépare pas les gens,
on les agresse en les mettant devant le fait accompli. Aujourd'hui,
je ne conseillerais pas l'avortement et n'y recourrais pas
car c'est traumatisant… Comme disent les gens d'Afrique
du Nord, "tu ne peux pas haïr la chair de ta chair",
du moment que l'environnement est approprié, qu'on
nous prépare et qu'on suit une thérapie. Tout
avortement est traumatisant. Je regretterai toujours l'enfant
que je n'ai pas eu.»
"Germain m’a demandé
de choisir entre le bébé et lui"
Blanche,
Girls, avril 2003
«
J’ai 16 ans
et demi, je sors avec Germain qui a 21 ans. Cela fait un an
que j’ai avorté, je ne voulais pas, mais Germain
m’a demandé de choisir entre le bébé
et lui !
J’en souffre encore et j’aimerais lui en parler,
car souvent je m’effondre sans lui dire pourquoi et
on s’engueule à cause de ça. Que dois-je
faire ? »
"J’étais
consentante, et pourtant, je suis vraiment mal depuis"
Marie-Noëlle,
"Ça se discute", "Peut-on sortir indemne
d’un avortement ?",
France 2, 30 janvier 2002
Marie-Noëlle a 36 ans, elle est restauratrice.
Elle a 3 enfants de son mari, Denis. Ils sont tous deux propriétaires
d’un restaurant de plus de 100 couverts et d’une
dizaine de salariés, ouvert tous les jours de l’année.
C’est ce rythme de vie infernal qui a poussé
Marie-Noëlle à avorter quelques semaines auparavant.
«
-
Marie-Noëlle
: C’était pas le bon moment. J’ai avorté
il y a deux mois de ça, et ça me fait mal au
cœur, très mal. Je regrette de l’avoir fait.
Pourtant, nous n’avions pas de solution pour le garder.
C’était pas prévu. On a privilégié
notre vie professionnelle, mais je réagis très
mal, j’ai du mal à le vivre maintenant. Ça
a été une décision rapide, peut-être
trop. On était pris dans l’engrenage du travail.
Il y avait aussi ma belle-mère, qui était en
train de mourir, et je ne me sentais pas le droit de mettre
quelqu’un au monde. Dans ma tête, c’était
comme si je prenais sa vie. (…)
Le problème, c’est que quand je
suis partie à l’hôpital, j’étais
consentante, c’est vrai. Quand je suis ressortie, j’ai
pleuré toute la soirée, et le lendemain, le
surlendemain, l’après-lendemain, et même
encore aujourd’hui. Mon mari dit "arrête
de pleurer", mais c’est plus fort que moi. Malgré
que cet enfant-là, je le voulais pas, j’ai l’impression
que dans moi-même, je le voulais. J’étais
pourtant bien décidée, on en avait parlé,
parce que c’est quand même une grosse décision
qu’on a prise… On a fait ça aussi bien
pour nous que pour lui, ou elle [elle
pleure]. (…) Je ne pensais pas réagir
comme ça. Je ne comprends pas pourquoi. (…) C’est
très dur. (…) J’en parle parce que je souffre,
j’ai mal, j’ai une douleur.
En l’apprenant, j’étais surprise
et contente, -je ne sais pas si c’est le mot-, mais
je savais que je pouvais pas le garder. Il fallait choisir
entre l’entreprise et l'enfant, et on a choisi l’entreprise."
Depuis cet avortement, Denis et Marie-Noëlle
ont bien du mal à dialoguer : quelques disputes, des
silences, beaucoup de non-dits, et une tension qui rend le
quotidien difficile.
"(…) Même le jour J, j’étais
pas bien. Je sais que c’est moi qui déconne…
(…) Je pensais faire une interruption de grossesse sans
rien voir, sans entendre… Et en fait, ça a été
comme un accouchement, j’ai senti qu’on m’aspirait
quelque chose, et pour moi, c’est un vide, un trou en
moi, un manque…
Si mon mari avait dit qu’on le gardait, je l’aurais
gardé, mais un enfant, ça se fait à deux…
Au fond de moi, peut-être que je voulais le garder.
(…) Il manque la parole sur ce sujet, on veut pas en
parler, parce que c’est trop lourd, mais en parler,
ça fait quand même du bien. (…)
Ça passe toujours pas. C’est dur.
Peut-être que des femmes ont le même problème
que moi, c’est pour ça que j’en parle.
Quand on a pris la décision, on n’en a parlé
à personne, on avait honte. »
Pour lire le témoignage de Denis,
le mari de Marie-Noëlle.
"J’ai avorté
3 fois du même homme, parce qu’il ne voulait pas
assumer"
Véronique, "Ça se discute", "Peut-on
sortir indemne d’un avortement ?",
France
2, 30 janvier 2002
Véronique, 37 ans, journaliste, mariée,
aujourd’hui maman d’une petite fille de 3 ans
qu’elle "désirait ardemment", a subi
3 IVG par le passé.
«
J’ai subi une première intervention,
au début de notre relation, qui était toute
neuve. J’ai intégré la décision
de devoir avorter, mais s’il m’avait dit "je
veux absolument le garder", j’aurais été
d’accord. De son côté, il avait déjà
des enfants. (…)
L’intervention s’est déroulée. Et
c’est vrai que je me suis sentie seule. J’avais
27 ans. (…) Il m’a fallu quelques jours, pour
me remettre.
La deuxième fois, c’était
quelques années plus tard, et là, je désirais
vraiment avoir un enfant, et c’est vrai qu’on
n’est pas enceinte par hasard… (…). Je n’avais
pas de contraception, et il le savait. Quand je lui ai appris,
c’était très romantique, j’avais
fait des dessins, des graphiques, un livret, tout un machin
rigolo, j’avais enjolivé les choses… Je
ne m’attendais pas à une réaction de sa
part qui soit aussi tranchée, et aussi négative.
J’avais l’impression que le monde s’écroulait
pour lui, et pour moi, ça a été très
brutal.
Il a eu le temps de réfléchir lui aussi, et
en fait, c’était presque une lutte… (…).
Ça, j’ai pas aimé du tout. Donc, (…)
nous avons décidé qu’il y aurait cette
interruption. Et c’est vrai qu’il a été
très très pressant…
Ça a modifié les sentiments que j’avais
pour lui. J’étais surprise de cette brutalité
(…). Je trouvais ça égoïste, j’étais
révoltée, j’avais ce désir, mon
désir n’était pas compris (…). S’il
ne voulait pas construire quelque chose avec moi, pourquoi
rester avec lui ? (…) Je pleurais, j’étais
très très triste. (…) J’étais
vraiment déçue par sa réaction (…).
La personne que j’aimais était très dure
avec moi, finalement.
La troisième fois, c’était
un an plus tard. Je souhaitais toujours être enceinte.
Enfin, il y a beaucoup d’inconscient qui joue…
Mais je venais de débuter mon job, j’ai eu peur
de la réaction de mon ami, et ça m’a aidée
sûrement à pencher pour l’IVG (…).
Cette fois, j’ai avorté par RU 486. (…)
Et ça a été extrêmement douloureux,
terriblement douloureux. Je n’avais pas été
prévenue que la douleur pouvait être aussi forte.
La 4ème fois que je suis tombée
enceinte, je lui ai dit "je le veux". Lui ne le
voulait toujours pas. (…). Je me suis dit : "je
veux cet enfant, je le désire, je vais pas aller me
faire avorter une 4ème fois" (…). Et je
suis allée jusqu’au bout de ma décision,
je l’ai gardé. »
"Au début, j’étais
rassurée. Maintenant, je regrette"
Peggy, "Ça se discute", "Peut-on sortir
indemne d’un avortement ?",
France
2, 30 janvier 2002
Peggy, 20 ans, sans emploi, est tombée
enceinte à 15 ans, suite à son tout premier
rapport sexuel. Comme ses règles n’étaient
pas régulières, elle ne s’en est rendue
compte qu’au bout de 14 semaines, après une réflexion
de son copain, Carl, 15 ans ½ à l’époque,
20 aujourd’hui, sur "son petit bidon".
«
La question de le garder s’est posée, bien sûr.
On a plus ou moins choisi d’interrompre cette grossesse.
(…)
Oui, je le regrette. (…) A 15 ans, on n’est pas
conscient. J’y croyais pas. (…) J’en ai
parlé tout de suite à ma mère (…).
J’ai eu trois semaines pour réfléchir,
et voilà quoi… Je savais que je n’irais
pas loin dans mes études, donc un bébé,
pourquoi pas ? Mon père est resté neutre, comme
toujours. Avec ma mère, ça a été
très dur. Elle a pleuré en l’apprenant.
Et puis, elle a d’abord pensé à le garder.
Carl avait un avis neutre. Moi, c’était oui.
Mais ma mère a paniqué, a changé d’avis.
Après tout ça, ma mère, moi et Carl,
on a décidé d’avorter, en Hollande. Ça
s’est bien passé (…). Au réveil,
j’étais bien, j’étais sereine.
Peut-être qu’aujourd’hui,
ma vie serait meilleure avec un enfant. Aujourd’hui,
ça fait 6 ans qu’on est ensemble, mais pour moi,
il n’y a rien de beau, rien de concret dans ma vie,
à part Karl. Je pense qu’avec un enfant on est
obligé de se bouger pour trouver du travail.
J’ai envie d’avoir un enfant aujourd’hui,
oui. Rapidement. »
"Notre histoire d’amour s’est
brisée à cause de ça"
Blandine, 18 ans, Lolie, septembre
«
Eric et moi, on était fous l’un
de l’autre. Et, sans vraiment y réfléchir,
on allait de plus en plus loin… jusqu’au jour
où ce qui devait arriver arriva : nous avons fait l’amour
(…). Après des mois de caresses, de baisers,
on en avait très envie. Cela nous paraissait si naturel
que ni l’un ni l’autre n’avions pensé
à prendre la moindre précaution.
Nous avons recommencé, toujours
dans les mêmes conditions. Et un beau jour, un retard
de règles… Vous imaginez la suite. L’angoisse,
la honte… Non seulement j’ai avorté, mais
notre histoire d’amour s’est brisée à
cause de ça. »
"J'ai eu le sentiment que ma souffrance était
niée par tous"
Malika,
Femme actuelle, mars-avril 2001
«
C'était il y a sept ans, j'avais 28 ans.
A un moment, j'ai oublié de prendre ma pilule. Ayant
accouché 8 mois auparavant, j'avais comme le sentiment
que je ne pouvais pas tomber enceinte. C'est arrivé
pourtant. J'avais été très heureuse de
la naissance de ma fille, mais j'avais un super job, je gérais
bien ma carrière. Ce bébé venait trop
tôt après l'autre. Mon compagnon, avec qui je
vivais depuis quatre ans, a d'abord été abasourdi.
Puis, il m'a dit : "Bon, j'imagine que tu ne veux pas
le garder. Un avortement, c'est sûrement pas très
marrant, mais je serai le plus possible à tes côtés.
" Il a été gentil; compatissant, mais sans
émettre le moindre doute. Je crois que, sinon, j'aurais
réfléchi à la possibilité de le
garder.
Rendez-vous avec le médecin, entretien
avec une psy recommandée par le Planning familial.
Ca a été bouclé en deux temps trois mouvements.
Jour J : je suis un peu troublée, j'ai mal dormi la
veille. Je fais part de mes tourments à mon ami. Il
m'assure que c'est normal, que c'est juste un mauvais moment
à passer, mais que c'est préférable pour
ma carrière, notre quotidien. Il n'était pas
dur, mais déterminé, et finalement pas à
mon écoute.
Avortement : souvenirs des couloirs d'hôpital,
du médecin froid et apparemment mal à l'aise
dans ce rôle, du regard fuyant des sages-femmes de la
maternité. J'ai essayé de faire la forte, de
me persuader que j'avais pris la bonne décision. D'assumer
mon choix. Un an sans que j'y repense vraiment, je me suis
noyée dans le boulot. Mais mes rapports avec mon ami
étaient plus tendus, nos disputes plus fréquentes.
Le jour anniversaire de l'IVG, j'ai fait un cauchemar effroyable
(le médecin m'opérait, m'enlevait mon enfant
et le déposait sur une étagère, dans
un bocal.) Mon ami m'a dit qu'il fallait que je dédramatise,
et je lui en ai voulu.
J'ai commencé à penser à
cet enfant, à avoir envie d'être enceinte de
nouveau. Oublier ce mauvais rêve, en compensant cet
enfant par un autre. Résultat, j'ai fait deux fausses
couches en deux ans. Je commençais à me dire
que c'était le prix à payer, qu'après
avoir refusé la vie, je ne pouvais plus la donner.
J'étais obnubilée par l'idée d'avoir
un autre enfant. Je ne supportais plus les enfants des autres,
le bonheur de mes amies enceintes. Mon ami ne comprenait pas.
Pensant que la maternité était davantage une
affaire de femmes, je me suis tournée vers ma mère
qui m'avait aussi poussée dans le sens de l'IVG. Elle
ne m'a pas du tout comprise. Alors, je me suis tournée
vers un psy, puis un autre. Ni l'un ni l'autre ne m'ont prise
au sérieux. J'ai eu le sentiment que ma souffrance
était niée par tous, qu'il y avait un voile
sur ce sujet.
Avec mon ami, nos rapports se sont dégradés
petit à petit, il ne voulait pas voir ma peine en face.
Bref, cette Ivg a fait surgir des dissensions de fond entre
nous, que je n'avais pas décelées jusqu'alors.
On s'est séparés un an et demi après
l'avortement, dans un climat de tensions et de méchancetés,
ça s'est apaisé depuis. J'ai mis trois ans avant
d'être prête à m'engager dans une autre
histoire sérieuse. Avec mon compagnon actuel, tout
se passerait bien si je n'avais pas beaucoup de mal à
faire l'amour avec insouciance, "comme avant". Je
ne saurais expliquer pourquoi. Angoisse d'être à
nouveau enceinte et d'être poussée à avorter
? Je voudrais d'autres enfants, faire le deuil de celui que
je n'ai pas gardé, à nouveau connaître
le plaisir, moi qui étais plutôt libérée
"sous la couette". Ma petite fille est mon seul
bonheur. Je voudrais pouvoir échanger avec des femmes
qui ont vécu la même chose que moi, merci du
fond du coeur. »
"Il faut rompre cette loi du silence, témoigner
"
Madame G., Femme Actuelle, juillet 1988
«
On parle beaucoup de la libération de
la femme : IVG (interruption volontaire de grossesse), contraception,
tout est en place pour le mieux-être de la femme ! Mais
on passe sous silence les épreuves que subissent des
femmes qui, pour des raisons personnelles, généralement
graves, paniquent, et doivent subir une interruption volontaire
de grossesse.
Bien sûr, on ne peut pas généraliser.
Certaines ont choisi en connaissance de cause. Mais je ne
peux pas mempêcher de penser que même celles-ci
ressentent un traumatisme. A la suite dune très
importante série de soucis matériels et de santé,
je viens moi-même de recourir à un tel acte et
maintenant le remords est là, tenace, qui me poursuit
sans cesse. Dans ces hôpitaux, le personnel, à
force de toujours vouloir rester neutre, devient froid et
inhumain. (
)
Je pense quil faut rompre cette loi du
silence, témoigner, parler de ce grand vide que lon
ressent, de cette douleur morale qui est là. (
)
Pour permettre à la femme de choisir en toute liberté
(
), pourquoi dans les hôpitaux ne voit-on pas
systématiquement une assistante sociale qui nous expliquerait
simplement, sans prendre parti, quil est peut-être
possible dagir autrement, quil existe des droits
: aide financière, soutien moral auprès de tel
organisme. Ensuite, bien évidemment, la décision
finale reviendrait à la femme, au couple, mais en toute
connaissance de cause.
Voici comment cela sest passé pour
moi. Dabord, visite chez un gynécologue qui demande
ce qui sest passé : échec de la contraception
ou autre ? Puis une échographie pour savoir sil
est encore temps. Ensuite, visite chez le psychologue. Alors
là, cest le bouquet : leçon de morale,
mais du style « Vous nallez pas pondre des gosses
comme ça, surtout avec vos problèmes ! »
Pourtant, le psychologue aurait un rôle important à
jouer. (
)
Après, la visite chez lanesthésiste,
le jour J arrive. Vous avez peur, vous ne voulez pas trop
dun tel acte, mais il ne faut pas traîner, et
vous gardez pour vous vos états dâme. Ensuite,
cest le réveil, tout est fini. Et puis, vous
vous retrouvez chez vous et cest alors que les problèmes
commencent. (
)
Et je suis là, avec ce grand vide, une
grosse peine, une honte de moi-même, la déprime.
Je veux rompre ce silence. Si vous avez subi un tel acte,
dites-moi, je vous en prie, comment vous vous en êtes
sortie ? Cela vous a-t-il posé des problèmes
moraux ? Il est vrai que la loi autorise cet acte. Donc, la
société na rien à en dire. Mais
au fond de son être, comment cela se passe-t-il ? Jécris
pour que les femmes qui hésitent réfléchissent,
et que lon sache quune IVG nest pas un acte
banal. »
"Une traversée des ténèbres
"
Isabelle, Elle, novembre 2000
«
Javais 21 ans, un diplôme fraîchement
décroché, le même petit ami depuis 4 ans,
des projets davenir, quand il y a eu cet accident de
pilule. Et tout a basculé, en allant très vite.
Une traversée des ténèbres qui devait
déboucher irrémédiablement et rapidement
sur une décision. Je ne voulais pas, consciemment du
moins, denfant à cette époque de ma vie,
et, de toute façon, le papa naurait pas tenu
la route bien longtemps. Seule, jai fait le choix de
lIVG, le plus difficile de toute ma jeune vie. (
)
Pourtant, malgré la compréhension
et la sympathie de léquipe du centre de planning
et de quelques amis, jai mis deux années à
men remettre. »
"Celui que je porterai plus tard ne sera
jamais le premier"
Bérénice, L'Est-Eclair, janvier 2001
«
A l'époque, Bérénice a
20 ans. Quelques copains, la fac, une soirée différente
des autres. Lorsqu'elle se rend compte qu'elle attend un enfant,
Bérénice cède à la panique. Pas
de père, pas d'envie. Le début de la galère
administrative. "J'ai pris ma décision assez rapidement.
Je ne pouvais pas faire autrement que de me séparer
de cet enfant."
Après le rendez-vous chez le médecin
généraliste, une semaine de délai de
réflexion : l'hôpital. "Ils ont fait une
échographie pour vérifier le stade de la grossesse.
C'était très pénible. Ensuite j'ai attendu
dans une salle d'attente entourée de femmes enceintes."
Des moments aussi difficiles à vivre que l'acte lui-même.
(
)
De cette décision, Bérénice
garde des traces indélébiles. "Dix ans
plus tard, j'ai encore du mal à en parler sans fondre
en larmes. C'est la décision la plus difficile que
j'ai eu à prendre. Un enfant, c'est ce qu'il y a de
plus beau. Celui que je porterai plus tard ne sera jamais
le premier. »
"Jai cédé parce que javais
la crainte de mes parents. Ils étaient contre moi"
Laetitia, "C'est mon choix" (France 3), novembre
2000
Laetitia, 27 ans, cinq enfants de son compagnon
«
La première fois que je suis tombée
enceinte, javais 15 ans (
). Bon, c'était
un accident (
). Ma mère la pas su tout
de suite, jai pas osé le lui dire en face : «
Maman, je suis enceinte ! » alors que je le savais parfaitement
; et donc, se doutant de la chose, elle ma envoyée
chez le médecin, et quand je suis revenue avec le compte-rendu
du médecin, elle sest mise en colère :
elle ma giflée et, donc, elle ma dit quil
était hors de question que je le garde, tout simplement.
Jai essayé de mopposer à
son choix en lui disant que, moi, je voulais cet enfant. Mais
il en était hors de question de toute façon
: javais 15 ans, pour elle, jétais pas
prête, jétais pas assez mûre. Je
me sentais prête à lavoir, moi, javais
peut-être pas largent pour lélever,
mais enfin, je veux dire, oui, je me sentais prête.
(
) Jai cédé, oui, jai cédé
parce que, déjà, javais la crainte de
mes parents. Ils étaient contre moi. (
)
Il y a eu un manque après cet avortement
Je sais pas, porter un enfant, cest
Quand on a
linstinct maternel, cest terrible ! Même
les jeunes de 15 ans qui se font avorter parce quelles
peuvent pas lélever, on peut pas dire
Il
y a quelque chose
On vous enlève quelque chose
On vous enlève votre enfant. Cest quand même
pas rien, que ce soit un petit embryon ou un bébé
Enfin, je veux dire, cest une personne. Cest traumatisant,
quelque part, surtout pour quelquun comme moi qui a
linstinct maternel. (
) Il ne faut pas imposer
son choix, en tant que mère, on peut conseiller mais
pas imposer son choix. (
)
Le fait davorter, justement, a plus ou
moins brisé notre couple, quoi, de voir quen
fait, il ne me soutenait pas non plus, quil salignait
du côté de mes parents, ça a cassé
quelque chose entre nous, ça a fini par une rupture.
(
)
Quel que soit son âge, on ne regrette
pas [d'avoir été une très jeune maman].
Quand on est maman, on ne regrette pas. »
"Depuis quelques années, peut-être
dix ans, je pense beaucoup à ces avortements"
Madeleine, L'avortement, 20 ans après, Lorette Thiboud
Madeleine, 63 ans, deux enfants, deux avortements
«
Depuis quelques années, peut-être
dix ans, je pense beaucoup à ces avortements. Pourtant,
je trouve que cest très bien lavortement.
Mais cest maintenant que ça me laisse quelque
chose de très très désagréable.
Je me pose des questions et je narrive pas à
comprendre comment je pouvais être si insouciante pendant
ces avortements.
[
] Je ne pensais pas au ftus. Jétais
très déterminée. Mais jen ai un
souvenir odieux, surtout le deuxième. Cétait
lhorreur absolue.
Il y a quelque chose dans cette affaire-là,
cest mystérieux
On ne peut pas lexpliquer.
Jessaie de ne pas y penser aujourdhui parce que
ça me rend triste, vraiment triste. [
] Aujourdhui
ça me revient et ça mest très déplaisant,
vous savez. Vraiment, très fortement. Cest incroyable.
Parce que jimagine ces deux enfants-là. »
"Cest un enfant qui est là,
sans être là..."
Julia, L'avortement, 20 ans après, Lorette Thiboud
«
[
] Lavortement sest fait un
4 décembre. Pour moi, cest toujours lié
à lhiver, au froid, parce que je me rappelle
que jétais très très fatiguée
et quil faisait très froid. Je nai jamais
eu aussi froid que cet hiver-là, en fait. Il ne ma
jamais paru aussi sombre. [
] Il y a une chose que je
me suis dite très souvent après, cest
que je ne voulais pas recommencer un avortement, jamais. Jamais
deux fois cette chose. Parce que cest aussi quelque
chose de lordre du gâchis. [
]
Je ne peux pas mempêcher de penser,
même si je ne pense jamais que cétait un
enfant quand jai avorté, que si je lavais
gardé, il aurait deux ans, trois ans
En fait,
cest suivre la vie imaginaire dun enfant qui nexiste
pas. Ce qui veut dire, dune certaine manière,
quil ne me quitte pas. Cest un enfant qui est
là, sans être là
Cest bizarre,
un être qui ne serait quun âge. Quand on
y pense, cest très troublant, on est toujours
accompagné par lidée de quelquun.
De temps en temps, ça revient, jy
repense, plutôt à des dates, en hiver et en été,
puisquil devait naître lété.
Cétait en 89, oui, à lautomne 1989,
cela fait donc trois ans. Le premier hiver passé après,
jai revécu tout le truc, cétait
un anniversaire un peu
[
]
Pendant longtemps quand même, jai
été étranglée par cette histoire.
Je ne pouvais pas en parler, jétais toujours
au bord de lémotion si jen parlais. Cest
un acte un peu
difficile.
»
 
"Non, tu n'as pas de nom" 
Anne Sylvestre
Olympia Live, 1998
«
Oh ce nest pas une fête
Cest plutôt une défaite
Mais cest la mienne et jestime
Quil y a bien deux victimes
(
)
Ils en ont bien de la chance
Ceux qui croient que ça se pense
Ca se hurle ça se souffre
Cest la mort et cest le gouffre
Cest la solitude blanche
Cest la chute lavalanche
Cest le désert qui ségrène
Larme à larme peine à peine . »
"Une blessure qui ne se referme pas"
Sandrine, Maxi 704, avril 2000
«
Cela remonte en 1996, cest loin, il est
vrai, mais pourtant, depuis, jai toujours au fond de
moi une blessure qui ne se referme pas. Je suis tombée
enceinte à un moment où mon mari et moi avions
de grosses difficultés familiales (notre petit deuxième
avait eu un grave accident) et financières. La mort
dans lâme, jai avorté, pensant que
cétait la solution la moins mauvaise.
Mais depuis, je repense sans cesse à
cette intervention et jimagine le visage de cet enfant,
ses jeux avec ses frères et surs, nos moments
de tendresse
Je me sens coupable et très seule
dans ma peine, que mon mari ne comprend pas. Aussi, cest
un réel besoin que jai dêtre mise
en contact avec des femmes qui ont vécu la même
expérience douloureuse. »
"Je suis brisée"
Laziza, Elle 2865, novembre 2000
«
Je l'aime. Je le lui dis bientôt. Habib
aussi semble fou de moi. Il n'a que mots tendres et aimants
à mon égard. De retour en France après
les festivités du mariage, je suis plus épanouie
que jamais. Nous vivons dans une harmonie toute nouvelle pour
moi. Je me sens protégée, sereine enfin, malgré
nos galères matérielles.
Je me retrouve enceinte. Un bonheur total, je vais enfin pouvoir
construire quelque chose ! Mais, au lieu de cela, c'est la
déchirure. Habib est expulsé vers le Maroc.
Non régularisable. Seule, sans argent, je n'ai pas
d'autre choix que d'avorter.
Tout s'écroule, mes rêves, mes
forces, mon désir de vivre. Je ressens l'IVG comme
un crime, le pire de tous. Je suis brisée. Par chance,
dans mon cauchemar, le centre hospitalier parisien où
je me suis fait avorter me propose un suivi psychologique.
Je rencontre une psychanalyste, [qui], pendant des mois m'épaule,
me guide sans jamais me juger. (
)
Grâce au regroupement familial, Habib
peut, deux ans après notre mariage, regagner la France.
Quand il m'annonce la nouvelle au téléphone,
je ne peux pas y croire. Vais-je enfin pouvoir toucher au
bonheur ? Pendant huit ans, je me crois stérile. Impossible
d'avoir un enfant. J'ai le sentiment d'être punie pour
mes fautes passées . »
"Cette douleur lancinante qui vous habite,
après"
Raphaëlle, Elle 2825, février 2000
«
Je viens dachever la lecture de votre
article sur les 25 ans de la loi Veil. Jai moi-même
avorté il y a un peu plus dun an, à 24
ans. Jen garde un souvenir extrêmement pénible,
tenace, pesant, insolent : ai-je eu tort, navais-je
réellement pas dautre solution ? La réponse
est encore pour moi incertaine, mais il me paraît réducteur
de ne publier que des témoignages qui font limpasse
sur les remords, le tourbillon de questions et cette douleur
lancinante qui vous habite, après. Moi, jai mal
encore, et je considère que cette douleur doit être
entendue. »
"Inconsciemment, je nacceptais pas
mon IVG"
Mathilde, Le Parisien, février 2000
«
(
) la jeune fille, née en Seine
Saint Denis de parents originaires de la République
centrafricaine, na pas oublié la réaction
de sa mère quand elle lui a annoncé quelle
était amoureuse (
) : « Quest-ce que
tu peux connaître à lamour à quinze
ans ? Tu ferais mieux de penser à ton avenir. »
Ignorant linjonction maternelle, (
) Mathilde,
fidèle à son premier amour, finit par tomber
enceinte (
). Elle na que 17 ans, et après
quatre semaines de réflexion, opte pour lInterruption
Volontaire de Grossesse (
). De cette expérience,
elle garde un souvenir très douloureux : « Ca
ma fait mal. Le plus dur, cest au niveau psychologique.
Le fait de savoir que vous avez cet être en vous, vous
avez le temps de vous attacher à lui
»
(
) Désormais, elle prend la pilule. Mais personne
nest à labri dun oubli (
).
Elle est à nouveau enceinte, sept mois à peine
après son IVG. A demi-mots, elle reconnaît toutefois
que cet oubli ne suffit pas à expliquer ce nouvel «
accident » : « Javais un désir de
maternité. Si je suis tombée enceinte à
nouveau, je crois que cest parce quinconsciemment
je nacceptais pas mon IVG. » Cette fois, elle
décide de garder lenfant.(
) Au chômage,
son ami nest peut-être pas tout à fait
prêt, mais il « nest pas contre lidée
davoir un bébé. » Le petit vient
au monde le 28 décembre 1997. (
) La jeune maman
et son enfant vivent avec « 3698frs » dallocation
parent isolé (API) mensuelle, mais elle ne se plaint
pas : « Je gère », dit-elle pudiquement.
Avant dannoncer tout sourire que depuis lundi, elle
travaille dans une entreprise de télémarketing.
Et pendant quelle travaille, cest le jeune papa
qui garde le petit. »
"Jaurais eu de lamour que maintenant
jai pas"
Léa, RTL, décembre 1999
«
Moi, jai encore les boules parce que ce
je sais que ce que je ressens et ce que jai, la souffrance,
je laurai toujours quoi, cest ça qui me
fout les boules. (
)
Bien sûr, cest clair que je peux
pas dire que ça aurait été trop facile
de garder mon gamin, de faire ma vie de lycéenne en
même temps, mais dun autre côté,
jaurais eu de lamour que maintenant jai
pas quoi.
Maintenant, je me sens seule quoi, cest
peut-être dégueulasse de dire ça pour
mes parents, et pour ma meilleure copine et tout, et puis
pour dautres potes que jai, mais il y a quelque
chose quils ne peuvent pas comprendre parce quils
nont pas souffert ce que jai souffert et moi je
me sens seule, oui.
[Au lycée, les autres] pensent que moi
par rapport à un camé ou je sais pas quoi, moi
jai rien vécu. Ils pensent que jai pas
vraiment à me plaindre parce que ce que jai vécu,
cest rien. Pour eux, lavortement cest pas
quelque chose de grave, donc ils voient pas pourquoi jen
fais un plat et pourquoi jirais me plaindre ; parce
que, eux, ils savent pas ce que cest.(
). Deux
mois après [mon IVG], (
) jai dit : «
merde, je me pose plein de questions, ça va pas du
tout, quest-ce qui se passe, pourquoi ça me fait
ça, vous maviez pas dit que ça me ferait
ça ? »
"Nous commençons notre deuil davoir
perdu lenfant de lamour"
Liliane, Femme Actuelle 602, avril 1996
«
Mon mari et moi, nous nous connaissons depuis
quatorze ans. Quand notre histoire damour a commencé,
après une longue amitié, ce fut, et cest
toujours, un conte de fées. Nous nous aimons comme
il est rare de saimer. Jai été enceinte
dans les premiers jours de notre relation. Lorsque nous lavons
appris, nous avons été heureux
quelques
heures. Nous avions vingt ans, étions étudiants
et vivions grâce à nos parents.
Tout est allé très vite. Mise
au courant, ma mère rendit aussitôt son verdict
: il fallait avorter. Mon ami ne résista pas à
la pression. Plus tard, ni le médecin généraliste,
ni la psychologue de lhôpital ne nous firent envisager
lhypothèse de garder lenfant. Et je nétais
pas assez mûre pour comprendre ce qui se passait malgré
moi. Jai donc avorté sous anesthésie locale,
dans des conditions psychologiques abominables. Nous avons
beaucoup pleuré et puis le temps est passé
.
Nous nous sommes mariés et nous avons
eu un enfant qui fait notre joie. Pourtant, notre vie est
devenue morne et triste. Nous commencions à nous éloigner
lun de lautre. Jétais devenue obèse
et dépressive. Mais nous ne faisions pas le rapprochement
avec lIVG. Aujourdhui, mon mari est psychologue,
ce qui nous a permis de comprendre. Nous commençons
notre deuil davoir perdu lenfant de lamour.
(
) Histoire banale dun avortement qui naurait
jamais dû être, que nous ne voulions pas et qui
nous a laissés déchirés, un jour doctobre,
il y a dix ans. »
"Jai hésité jusquau
dernier moment"
Charlotte, Le Figaro, décembre 1999
«
Neuf mois ont passé. Mais elle en parle
encore à voix basse. En février dernier, du
haut de ses 16 ans, Charlotte décidait dinterrompre
une gro |