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LES CAUSES DE LA STERILITE

"Quand bébé ne vient pas. Et si c'était dans la tête ?"
Interview de Myriam Szejer, pédopsychiatre et psychanalyste, Maxi

"Quand le corps s’oppose à la procréation"
Le Quotidien du médecin

"La stérilité, des causes complexes"
Marie-Claire

"L’âge, première cause de stérilité"
Femme actuelle

"Stérilité : si c'était "psy" ?"
Santé Magazine

"Pourquoi un homme est-il stérile ?"
Santé magazine

LE RECOURS A LA SCIENCE

"Stimulation hormonale : attention, danger !"
Elle

"Et si la PMA (Procréation médicalement assistée) n’était pas le remède-miracle ?"
Brigitte Fanny Cohen, "Un bébé, mais pas à tout prix"

LES CAUSES DE LA STERILITE

"Quand bébé ne vient pas. Et si c'était dans la tête ?"

Maxi

Leur corps se porte bien, mais certaines femmes ne parviennent pas à avoir un bébé aussi vite qu'elles le désiraient.

« Dans l'esprit de la plupart des femmes, avoir un bébé devrait être l'entreprise la plus simple qui soit. On s'aime, on fait l'amour avec un bel entrain et le test de grossesse vire au positif quelques mois après ! Sauf que… Alors qu'aucune stérilité médicale ne fait obstacle, il arrive que des blocages psychologiques repoussent pour un temps la survenue d'une grossesse. Myriam Szejer, pédopsychiatre et psychanalyste, auteur de "Ces neuf mois-là" (Robert Laffont), nous explique en quoi un événement douloureux, l'histoire familiale ou une trop grande volonté de maîtrise peuvent empêcher un bébé de prendre place.

Comment des blocages psychologiques peuvent-ils empêcher une grossesse ?

Il arrive que, pour des raisons obscures et qui tiennent à leur histoire, un couple sans problèmes médicaux particuliers ne réussisse pas, à un moment donné, à concevoir un enfant. Prenons le cas d'une femme née après une fausse couche de sa mère. Elle désire un enfant mais ne parvient pas à être enceinte. Sans le savoir, elle a du mal à imaginer son bébé autrement que comme une possible fausse couche. Et cette entrave inconsciente est bien plus forte que la volonté de la jeune femme, aussi impérieuse soit-elle !

Pourquoi les femmes manifestent-elles de l'impatience ?

Dans un contexte où la contraception et l'interruption volontaire de grossesse sont largement accessibles, les femmes pensent qu'il suffit de vouloir un enfant pour l'avoir. Le sentiment qu'elles ont de pouvoir maîtriser leur corps leur fait perdre de vue qu'il existe un temps pendant lequel il faut attendre la grossesse. Et ce temps est fondateur du désir d'enfant, à ne pas confondre avec la volonté. Vouloir rétrécir ce temps à tout prix est un piège : plus les femmes focalisent toute leur énergie autour du désir d'enfant, plus ce sera difficile pour elles.


Que faire pour débloquer la situation ?

Il n'y a pas de raison de se précipiter chez un psychothérapeute ou un psychologue, après seulement trois mois d'interruption de la contraception. Mais si l'attente occasionne trop de souffrance, le soutien d'un professionnel peut aider à passer le cap. Cette démarche est aussi susceptible d'accélérer la survenue d'une grossesse, dans certains cas.»


 

"Quand le corps s’oppose à la procréation"

Le Quotidien du médecin

« La médecine de la reproduction vient au secours des couples infertiles, mais on est loin de la maîtrise rêvée des naissances, ce qui amène à des questionnements sur le psyché lorsque le corps s’oppose à la procréation et résiste par des échecs incompréhensibles aux traitements.

La blessure

Nombreux sont les couples qui ont planifié toute une famille et découvre avec surprise que la grossesse désirée ne survient pas au moment voulu. Souvent, tout délai d’attente entre le désir et sa réalisation est vécu comme une blessure et l’attente devient vite intolérable, avec un sentiment de ne pas être "normale" pour répondre aux attentes sociales.

Un malentendu

Pour le Dr D. Bellaïche-Attal, il s’agit d’un malentendu issu de l’information sur la contraception présentée comme une arme absolue de sécurité et de confort (pourtant, la fréquence des IVG ne baisse pas), et qui fait croire qu’une grossesse sur commande est possible, puisqu’il suffit de décider d’arrêter la pilule.

La grossesse : un événement aléatoire

La réalité est tout autre : la conception est un événement aléatoire (…) faisant intervenir le couple et le temps qui passe. "La procréation chez l’humain est en partie involontaire et il est vital qu’elle le soit", remarque Ch. Dudkiewicz-Sibony.

L’illusion de liberté

Cette illusion de liberté de diriger complètement les conceptions a pour conséquence de rendre insouciantes des femmes qui, pour des raisons professionnelles, décident plus tardivement de devenir mères, quand les chances de la conception sont diminuées du fait de la baisse de la fécondité dès l’âge de 35 ans. Comme le constatent les spécialistes dans ce domaine, en général, les couples souhaitent l’accès aux techniques de pointe qui vont les guérir de leur infertilité et réparer l'injustice, mais refusent d'emblée toute participation du psychisme à leur difficulté à concevoir.

Concevoir à tous prix

Dans cette urgence et cette volonté de concevoir à tous prix, il n’est pas facile pour le médecin de proposer de temporiser, de différer l’intervention technique pour disposer du temps pour d’autres approches. Ce n’est qu’après des échecs répétés au traitement que certaines personnes infertiles admettent le lien possible avec leur histoire personnelle, alors que d’autres vont continuer à se sentir "accusées" par le médecin qui "voudrait ainsi s’innocenter de son incompétence à guérir la stérilité."

Un passé tragique

Les symptômes de l’infertilité peuvent faire état de certains événements parfois tragiques qui n’ont pas toujours pris une place intégrée dans l’histoire personnelle et qui risquent de s’opposer à la procréation, tels que la culpabilité d’un avortement ancien, la perte d’un proche, la mort néonatale, l’abus sexuel, les conflits conjugaux, les relations particulières à la mère ou au père.

Contenir les demandes pressantes injustifiées

"Face à l’afflux croissant des couples qui se trouvent concernés par les perspectives apportées par les techniques (vu le recul de l’âge du désir du premier enfant et le déclin de la fertilité chez l’homme), il demeure indispensable de contenir les demandes pressantes et injustifiées, de considérer le facteur "temps" comme un agent thérapeutique efficace ; enfin, de ne pas contredire le principe médical du choix de la réponse la plus simple parmi celles capables de résoudre le problème.
D’autant que les traitements de la stérilité ne sont pas dénués de dangers physiques et psychiques qui ne doivent pas être sous-estimés et qui s’ajoutent aux facteurs psychologiques intriqués à la fertilité. En parallèle, la prise en charge psychologique paraît toujours indispensable, il reste à déterminer comment la faire accepter et la mettre en place", note le Dr Bellaïche-Attal
. »

 

 

"La stérilité, des causes complexes"

Marie-Claire

« Stérile, c’est un mot horrible, dit Axelle tristement... Quand on est jeune, c’est une sorte de honte… Je suis mariée depuis 7 ans et sans enfant… Quand j’ai fini par avouer [ma stérilité à ma mère] : "on n’y arrive pas", j’ai senti son angoisse et entendu cette phrase couperet : "Ca doit venir de ton mari. Dans la famille, les femmes n’ont jamais eu de problèmes de ce côté-là…"

Avocate de 37 ans, Axelle se reproche aujourd’hui d’avoir consacré trop d’énergie à sa carrière : "C’est comme si je n’avais pas laissé assez de place en moi pour autre chose." Pourtant, depuis son mariage, elle avait cessé de prendre la pilule… Pendant deux ans, ni elle ni son mari ne s’inquiètent : "Nous avons pensé que le fait d’avoir pris la pilule pendant dix ans avait peut-être perturbé mon équilibre sur le plan hormonal, qu’il fallait être patients et que tout rentrerait dans l’ordre."Mais… toujours pas de grossesse. "Du côté de mon mari comme du mien, tout était normal." Les années passent, Axelle et Benoît n’ont toujours pas d’enfant…

Parmi les femmes qui n’"arrivent pas" à enfanter, plus d’une sur trois souffre d’une stérilité inexpliquée. Les examens médicaux ne révèlent aucun dysfonctionnement sur le plan organique. Pas plus chez elles que chez leur partenaire. Quand la stérilité persiste, elles sont souvent dirigées par leur gynécologue vers la fécondation in vitro. Or, bizarrement, même avec cette aide technique, leur stérilité persiste…"

Le bébé, ce n’est justement pas : "Si je veux quand je veux"

Selon Catherine Bergeret-Amselek, psychanalyste et psychotérapeute à Paris, le désir d’enfant est plus complexe qu’il n’y paraît puisqu’il se joue dans l’inconscient et les couches archaïques de ses propres rapports avec sa mère… "Entre 35 et 40 ans, ces femmes ont un travail qui leur plaît, un compagnon, elles sont restées jeunes et séduisantes : tout marche. Elle se retrouvent dans une période charnière, le milieu de la vie, et cela les travaille existentiellement. Il faut laisser une trace. C’est une urgence existentielle, pas seulement biologique. Elles arrêtent alors la pilule, et le bébé ne vient pas tout de suite. Pourquoi ? Parce que leur désir d’enfant a été, pendant des mois ou des années, "mis en quarantaine." Or, le désir d’enfant, c’est complexe. C’est fait de plusieurs composantes. Et cela "s'endort"quand on a plaqué dessus une solution qui est : "Il viendra quand je le déciderai." C’est alors qu’on s’aperçoit que le bébé, ce n’est justement pas : "Si je veux quand je veux", que le désir a ses raisons que la raison ignore."

La sexualité féminine, elle aussi, est très complexe… "Quand on n’a pas eu ses règles pendant longtemps parce qu’on a pris la pilule (on croit avoir des règles, mais ce sont des "hémorragies de privation"), le processus psychique et biologique n’est pas le même. Et ça pèche. Or c’est à ce moment-là qu’on dit aux femmes : "Il faut vous dépêcher, pensez à l’horloge biologique !" déjà, elles sont angoissées par leur infertilité qui les surprend et, en plus, le discours ambiant et médical renforce la pression, le sentiment d’urgence ! Cela n’est pas favorable à la conception..."

Le poids des relations de la femme avec sa propre mère

"On peut penser que lorsque des femmes de 30-35 ans ou plus n’ont jamais été enceintes, ce n’est pas un hasard"… explique Catherine Bergeret-Amselek… "Ces femmes ont inconsciemment repoussé à plus tard le moment d’affronter ce rendez-vous intime avec sa propre mère qu’est le désir d’enfant, et ce qui resurgit quand ce désir vous travaille. Car c’est alors non seulement tout l’archaïque et la mémoire du corps qui se réveillent, mais les traumatismes anciens, les deuils familiaux, et jusqu’à l’histoire des femmes de votre famille, de leurs avortements, de leur vie sexuelle qui remontent à la surface,… il y a quelque chose entre leur mère et elles qui ne s’est pas fait. Cela peut se situer dans des zones très archaïques, dans ce qui s’est passé dans les premiers corps à corps avec leur mère..."

On est frappé, en effet, par la manière qu’ont toutes ces femmes souffrant d’infertilité de parler de leur mère, de leur rapport, souvent blessé, avec elle…

Dans toutes les histoires d’infertilité, il faut prendre en compte non seulement la femme, mais le couple,"car ce n’est pas une femme qui est infertile, c’est une femme avec un homme, pas avec un autre. C’est toujours emboîté. Il y a toute notre histoire à nous, mais il y a aussi celle de notre compagnon. Ce sont deux histoires qui se rencontrent. Dans les cas d’infertilité, il faut faire mûrir le désir d’enfant du couple... "

Pour le docteur Olivier Chevallier, gynécologue-obstétricien attaché à la clinique de Port-Royal, à Paris, aussi, "ce n’est pas une femme seule qui veut faire un bébé. C’est une femme avec un homme. Je suis bien conscient que ces couples ont besoin d’être aidés sur le plan psychologique..."

Et même lorsque la stérilité est apparemment d’ordre organique. Car il n’y a pas deux formes de stérilité : une qui aurait des causes organiques et une autre, des causes psychiques. "C’est toujours multifactoriel, explique Catherine Bergeret-Amselek... on le sait : les processus psychiques retentissent sur le corps et engendrent bien des dérèglements qui, à leur tour, affectent le vécu psychologique –le psychique et le biologique sont en constante interaction. »


 

"L’âge, première cause de stérilité"

Femme actuelle

« Aujourd’hui, l’infertilité, c’est aussi une affaire d’hommes. (…) Certes, les gynécologues le savent bien, la stérilité est toujours vécue comme une faute. Mais une faute de plus en plus partagée. Pour preuve, les chiffres suivants :

33% des cas de stérilité sont dus à l’infertilité de la femme

Pas d’ovulation, ou irrégulière.
Les trompes sont bouchées ou abîmées, empêchant la rencontre des ovocytes et des spermatozoïdes.
La glaire cervicale n’est pas assez sécrétée ou elle n’a pas le bon PH.
Une endométriose (développement anormal de la muqueuse utérine) entrave la fécondation et la nidation de l’œuf.

21% des cas sont dus à l’infertilité de l’homme

Les spermatozoïdes sont absents (azoospermie), trop peu (oligospermie), pas assez mobiles (asthénospermie), anormaux (tératospermie) ou plus de la moitié sont morts (nécrospermie).
Les hommes peuvent aussi s’immuniser contre leurs propres spermatozoïdes ou souffrir de troubles de l’éjaculation.

39% des cas sont dus à la conjonction des deux

Une ovulation anarchique, associée, par exemple, à une oligospermie. Ou encore des spermatozoïdes pas très véloces devant faire face à une glaire hostile…

7% des cas ont une origine inexpliquée

Dans ce cas, on parle souvent de "stérilités psychogènes". Certaines femmes ont énormément de mal à s’autoriser à devenir mère. L’exemple typique est celui de ces couples qui, quelques mois après avoir eu un bébé par fécondation in vitro, ou par adoption, attendent un deuxième enfant de manière spontanée.

L’âge, première cause de stérilité

Chaque jour, les gynécologues sont confrontés à une réalité : de plus en plus de femmes se décident trop tard à faire un enfant. On ne le sait pas, ou on préfère l’oublier : l’âge est la première cause de stérilité dans nos sociétés.
L’âge de la première grossesse est passé, en quelques années, de 25 à 30 ans. Lors du congrès "Femmes et médecine" qui s’est déroulé à Issy-les-Moulineaux, Joëlle Belaisch-Allart, gynécologue à l’hôpital de Sèvres, lançait un cri d’alarme : "Les bébés de la quarantaine font la une des journaux. Pendant ce temps, combien de nos patientes de 38 ans souhaitent, en vain, avoir un enfant ?
Mais ces laissées-pour-compte de la maternité, on n’en parle jamais. Et pour cause, nous vivons dans une société où tout concourt à pousser les femmes à retarder le moment de faire un enfant : des études plus longues à la dévalorisation des mères -même si elle est niée- dans le monde du travail (il vaut mieux être bien installée dans sa carrière avant de se lancer à faire un bébé), en passant par la difficulté à trouver des systèmes de garde. Et puis il faut bien sûr compter avec le temps de rencontre de l’homme de sa vie, celui dont on a envie qu’il soit le père de ses enfants." Bref, tout se conjugue pour aggraver le mal.

Même les médecins ont des difficultés à faire passer le message, à dire aux femmes qui viennent les consulter qu’après 30 ans, il devient moins simple de faire un enfant, et que si elles hésitent cinq ans de plus, ce ne le sera plus du tout : entre 35 et 42 ans, la fertilité baisse de 50% !
Alors à qui la faute ? A une société qui voudrait bien avoir des enfants, mais qui, pour autant, n’accepte pas que les femmes deviennent des mères ? Aux femmes, elles-mêmes, qui n’en finissent pas de différer leur désir d’enfant ? Aux gynécologues qui, par pudeur, n’osent pas s’immiscer dans la vie des couples ? (…)
" Or, on a fait un tel battage autour de la Procréation médicalement assistée, dit le Dr François Olivennes, médecin à l’hôpital Antoine-Béclère de Clamart, que les femmes croient qu’elles peuvent faire, sans rencontrer de problèmes, des enfants jusqu’à la ménopause. Et même au-delà !"
Il n’est pourtant rien de plus faux. Un enfant, ça n’est pas "si je veux, quand je veux", mais "si je veux, quand je peux".
»

 

"Stérilité : si c'était "psy" ?"

Santé Magazine

« Parfois les examens ne révèlent aucune cause médicale. Il faut alors se demander si un blocage inconscient n’empêche pas la grossesse.

Pourquoi l’enfant ne vient pas ? La question travaille nombre de couples, et en particulier les femmes dont la stérilité reste inexpliquée. Elles ne souffrent d’aucun trouble particulier, le sperme de leur conjoint ne pose pas de problème, et pourtant l’enfant n’arrive pas. Pour la médecine, elles sont stériles. « Ces femmes n’ont pas de problèmes organiques mais un problème fonctionnel. A mon avis, elles ne sont pas stériles mais hypofertiles. Elles ont besoin d’autres éléments, qui font souvent appel à l’inconscient », explique Elisabeth Jéronymidès, psychologue clinicienne, qui vient de soutenir une thèse sur le sujet, après avoir étudié le cas de plus de 150 femmes.

Selon Willy Pasini, professeur de psychiatrie et de psychologie à l’université de Genève, des causes organiques peuvent remonter à des troubles psychiques. « Dans 90% des cas, la stérilité est organique. Dans 10% des cas, il y a une stérilité psychogène qui se traduit par deux causes organiques. La première est le blocage de l’ovulation, qui peut être – ou avoir été – entraîné par un choc ou une violence. La seconde cause est un facteur psychologique qui agit sur le spasme des trompes, et qui peut générer une stérilité parce qu’il interdit la rencontre entre le spermatozoïde et l’ovule. »

De son côté, le Dr Sylvain Mimoun, gynécologue, andrologue, président de la société de gynécologie et d’obstétrique psychosomatique, confirme que « la guérison de la stérilité n’est pas toujours explicable rationnellement, et que la part psychique a une importance indéniable ». […]

Le désir d’enfant peut être très ambivalent

Il est difficile d’avancer les chiffres sur le taux de femmes stériles ou rendues stériles pour trouble psychique. Il y a des stérilités organiques avérées et traitables par une approche médicale. Aucun doute là-dessus. D’autres cas semblent plus complexes, sans réponse adaptée. C’est pourquoi chercher du côté de l’inconscient peut parfois aider à débloquer la situation.

La difficulté est bien souvent de penser, puis d’accepter, qu’une stérilité peut avoir ses origines dans un trouble psychique, pas forcément grave d’ailleurs. […] Le contexte et le modèle familial trouvent ici toute leur importance. […] Les psychologues avancent [par exemple] l’idée d’un manque d’amour, non reçu ou non ressenti, par le bébé fille.

Plusieurs raisons peuvent expliquer une hypofertilité, mais elles remontent souvent à la même origine, comme l’explique Elisabeth Jéronymidès : "Tout désir est une demande, on désire parce qu’on manque de quelque chose. Le manque n’est pas ce qui apparaît évident, c’est-à-dire l’enfant. L’enfant est attendu à la place de quelque chose d’autre dont ces femmes avaient besoin, comme chaque être humain à sa naissance, l’amour maternel. Tout manque d’amour fait qu’il y a une souffrance terrible. Il y a, dans ce cas-là, une répétition du non-amour."

Il arrive par ailleurs que la conception se produise lors d’un deuil, qu’une femme tombe enceinte à la mort d’un parent, lors de la perte d’un être cher. "Il y a toujours, au début, un déni de la perte. Ces femmes vont remplacer cette perte dans leur corps en créant. Un écrivain pourra de la même manière, face à un événement tragique, écrire une belle œuvre, enfanter à sa façon", remarque Elisabeth Jéronymidès.

A l’origine, quelquefois, une dépression masquée

Dans son étude, la psychologue montre que les femmes hypofertiles souffrent d’une dépression masquée, latente. Êtes-vous heureuse avec votre mari, voulez-vous vraiment " tomber enceinte" ? La difficulté à enfanter ne peut-elle pas cacher un problème de couple, une mésentente qu’on ne peut pas voir ? "En effet, une femme peut inconsciemment ne pas être prête à faire un enfant avec l’homme qui partage sa vie. Mais la question fondamentale à poser, c’est : pourquoi reste-t-on dans ce couple, pourquoi continue-t-on cette relation qui ne fonctionne pas, et dans laquelle on n’est pas heureux ?
C’est souvent a posteriori que l’on prend conscience du blocage […]."

Il suffit parfois de dédramatiser la situation pour que la grossesse survienne

En cas de difficultés, une approche psychologique en complément d’une approche gynécologique ne peut être que bénéfique. Nombre de gynécologues le proposent d’ailleurs à leur patiente. Sans qu’il soit nécessaire pour autant d’entamer dix ans de psychanalyse. En fait, il s’agit souvent de dédramatiser la situation, d’accepter de voir son corps avec sa psychologie et non pas comme une machine.

"Par les échanges verbaux, un certain nombre d’événements vont prendre sens, souligne le Dr Sylvain Mimoun. L’entretien à visée psychologique ne recherche pas une cause expliquant rationnellement l’origine de la stérilité. Ce qui compte, c’est la verbalisation et la mise à distance des peurs et des inquiétudes même irrationnelles.»



"Pourquoi un homme est-il stérile ?"

Santé magazine

« En vingt ans, les chances pour un homme infertile de devenir père ont triplé. (…)
Quand un couple a du mal à concevoir un enfant, l’entourage pense souvent que le problème vient de la femme plus que de l’homme. Pourtant, ce dernier est en cause dans 30 à 40% des cas. Pour qu’il y ait fécondité, il faut que deux gamètes (ovules et spermatozoïdes) se rencontrent et qu’il y ait fécondation. Cela sous-entend une bonne qualité de ces gamètes soit, en ce qui concerne l’homme, une bonne fabrication des spermatozoïdes, mais aussi des voies séminales (conduits empruntés par les spermatozoïdes) en bonne santé. Or plusieurs causes, dont certaines sont souvent associées, peuvent être à l’origine d’une infertilité.

Les oreillons

Bien que rare, la complication testiculaire des oreillons inquiète les parents. En réalité, pour que le virus atteigne les testicules, il faut que la maladie ait lieu à l’adolescence (entre 12 et 18 ans) et non pas dans la petite enfance. Quand cela se produit, l’altération des testicules peut être importante et définitive.

Les maladies sexuellement transmissibles

En général, les maladies sexuellement transmissibles sont provoquées par des germes tels que les chlamydiae mycoplasmes et les entérobactéries, qui colonisent habituellement l’appareil urinaire.
Ces germes sont susceptibles de détruire les cellules qui fabriquent les spermatozoïdes, et/ou d’obstruer les voies séminales. Dans les cas les plus sévères, l’homme ne produit plus de spermatozoïdes.

La varicocèle

Cette anomalie de naissance peut être la cause d’une infertilité dans un petit nombre de cas.
C’est un reflux veineux, pouvant être comparé à une varice située au niveau d’un testicule. Il peut être légèrement douloureux, et risque parfois de provoquer une baisse de la quantité et de la qualité des spermatozoïdes.
En général, le médecin repère la varicocèle lors d’un examen des testicules, à la recherche d’une éventuelle anomalie. Une varicocèle peut également se signaliser par une douleur au niveau des bourses ou n’être diagnostiquée qu’en cas de difficulté à procréer.

Des anomalies chromosomiques ou génétiques

Il s’agit d’anomalies chromosomiques touchant notamment le chromosome Y, ou de certains désordres génétiques en relation, entre autres, avec des maladies comme la mucoviscidose, mais aussi de certaines malformations des voies séminales. On ignore encore par quels mécanismes ces altérations ont des conséquences sur la production des spermatozoïdes et/ou les voies séminales.

Un problème anatomique

Le plus connu et le plus fréquent (près de 1% des petits garçons sont concernés) est l’ectopie testiculaire (cryptorchidie). Il s’agit d’un positionnement anormal d’un testicule, qui s’est produit pendant la vie intra-utérine. Le plus souvent, le testicule s’est arrêté dans la paroi abdominale, et l’infertilité est due au fait qu’il est exposé à une température locale trop élevée. La cryptorchidie est, le plus souvent, unilatérale. Or un seul testicule en place suffit à assurer les fonctions génitales et de reproduction. Pour autant, la recherche du bon positionnement des testicules doit faire partie des examens du tout-petit. Et s’il y a bien cryptorchidie, la meilleure prévention d’une éventuelle infertilité consiste à abaisser chirurgicalement le testicule tôt dans la vie de l’enfant : vers l’âge de deux ans.

L’influence de l’environnement et de l’hygiène de vie

Selon l’Organisation mondiale de la santé, “ la diminution de la qualité du sperme pourrait être l’une des conséquences les plus impressionnantes des interférences entre les produits chimiques et les hormones du système endocrinien. ”
“ Toutefois, estime le Dr Adjiman, les facteurs environnementaux ne sont pas responsables, à eux seuls, d’une baisse de la quantité et de la qualité des spermatozoïdes. Le tabac à forte dose (plus d’un paquet par jour), la consommation de drogues, des périodes répétées de stress aigu ont une grande part de responsabilité. De même, l’âge plus tardif auquel les couples envisagent d’avoir un enfant. Auparavant, on pensait que seul l’âge de la femme, donc de ses ovules, comptait. Aujourd’hui, des études montrent que la qualité des spermatozoïdes est à son apogée vers la trentaine, croissante avant, décroissante après 40 ans.»

 

 

LE RECOURS A LA SCIENCE

"Stimulation hormonale : attention, danger !"

Elle

Couples pressés, enfants sommés d'arriver sitôt désirés… Aujourd'hui, quand on décide de procréer, il faudrait que la nature suive instantanément. Alors, quand "l'heureux événement" se fait attendre, on se rue sur les hormones. Au risque d'y laisser sa santé ?

« Membre de l'Académie de médecine, consultant au service de gynécologie obstétrique de la maternité de Port-Royal à Paris, le Pr Emile Papiernik ne cache pas son inquiétude : depuis 20 ans, et malgré une tendance au ralentissement ces dernières années, les grossesses gémellaires ne cessent d'augmenter. De 8,9 jumeaux pour 1000 femmes en 1992, on est passé à 15 en 2000. Or, qui dit jumeaux dit risque de prématurité multiplié par dix comparé aux enfants uniques, donc risque multiplié par cinq à six d'anomalies motrices pouvant aller jusqu'à l'absence de la marche…
"Sans oublier, bien sûr, tout le cortège des petits retards (langage, apprentissages divers…) ou encore les troubles du comportement liés aux souffrances ressenties durant l'hospitalisation et la difficulté du lien avec la maman après une séparation parfois longue…" souligne Béatrice Blondel, chercheur épidémiologiste à l'Inserm.

Les inducteurs d'ovulation : prudence ! (*)
Les raisons de ces grossesses multiples ? "Les traitements de l'infertilité !" dénonce le Pr François Olivennes, responsable de l'unité Médecine de la reproduction à l'hôpital Cochin à Paris. "Mais pas n'importe lesquels, précise-t-il aussitôt. A côté des techniques de procréation médicalement assistée (PMA), on voit exploser l'utilisation des inducteurs d'ovulation. Or, ces stimulations hormonales réalisées hors Fiv (Fécondation in vitro), Icsi (injection d'un spermatozoïde dans l'ovocyte à féconder) ou insémination artificielle ne sont pas toujours effectuées avec le sérieux nécessaire."
Plus grave : certains médicaments peuvent être prescrits par le gynécologue de ville ou le généraliste sans aucun examen préalable ni suivi, alors qu'ils sont, comme les autres, à même d'induire des naissances multiples ! C'est le cas du citrate de clomifène (Clomid, Pergotim), destiné à faciliter l'ovulation chez la femme qui n'ovule pas ou ovule mal, ou encore qui présente des ovaires recouverts d'une multitude de petits kystes rendant l'ovulation impossible. (…)

Des femmes trop pressées…
Le problème, c'est que, aujourd'hui, beaucoup de femmes, une fois prise leur décision d'avoir un enfant, ne veulent pas attendre, remarque Nicole Mamelle, directeur de recherche à l'Inserm (…). Après dix ans de contraception ou plus, elles sont dans un désir de grossesse immédiate, qui répond davantage au besoin d'être rassurées sur leur fertilité que d'avoir rapidement un enfant. Du coup, alors que le délai d'attente normal pour une grossesse est de six mois et peut varier entre 0 et 2 ans sans qu'on parle d'infertilité, elles vont consulter de façon précoce. Et même si un premier ou un deuxième médecin leur dit "Patientez", le troisième cédera et acceptera de donner le petit "coup de pouce" réclamé !"

Sylvia ne le nie pas : c'est exactement de cette façon qu'elle a procédé pour assouvir, après cinq mois de tentatives vaines, son désir de grossesse. Mais trois gynécologues et six mois de traitements infructueux plus tard, c'est grâce… aux tests d'ovulation qu'elle s'est finalement retrouvée enceinte d'une petite fille. (…)

Quant à Diane, après un premier bébé sous Clomid à l'âge de 25 ans, puis un deuxième, toujours sous Clomid, un an après, suivi de jumeaux, à nouveau sous Clomid, trois ans plus tard, elle s'est retrouvée pour sa quatrième grossesse enceinte de manière spontanée. Ce qui lui fait dire aujourd'hui : "En fait, je n'ai sans doute jamais été infertile, seulement trop pressée !"

… et des médecins insuffisamment formés
"C'est le danger de ces médicaments : parce que les femmes peuvent les prendre comme une pilule, ils sont utilisés en dépit du bon sens", confirme le Pr François Olivennes. Prescriptions à la va-vite, sans examens préalables ni échographies de surveillance, traitements d'une durée supérieure à 1 an -voire 2- alors qu'ils ne devraient pas excéder 9 mois, doses d'hormones trop faibles ou au contraire trop fortes : autant d'exemples d'une mauvais pratique médicale due, selon lui, à un manque général de formation en stérilité, une discipline considérée comme mineure en France.

Les conséquences néfastes de ces traitements
Mais, pour les femmes, le résultat est là : il se chiffre en mois et années d'attente durant lesquels les déceptions se suivent, accompagnées de "coups de bourdon" monumentaux. Il se calcule en souffrances physiques, quand le corps gonfle et se gorge d'eau sous l'effet des hormones, que les bouffées de chaleur se manifestent à tout moment et que la vision se trouble… Il se mesure en danger d'hyperstimulation avec augmentation du volume des ovaires, possibilité d'épanchement d'eau dans les poumons et de thrombose veineuse ou artérielle", rappelle le Dr Joëlle Bensimon, gynécologue spécialiste de l'infertilité.
Sans oublier le risque de grossesse multiple [qui peut entraîner] une réduction embryonnaire comme a dû le faire Marie-Claude, quand son échographie a révélé cinq bébés au lieu d'un. Un traumatisme d'autant plus difficile à surmonter que l'une des jumelles, aujourd'hui âgée de 7 ans ½ est née handicapée : "C'est comme si l'histoire m'avait rattrapée. J'ai beau savoir que cela n'a aucun lien avec la réalité, je ne peux pas m'empêcher de penser au fond de moi : "Si tu n'avais pas fait cette réduction embryonnaire, ta fille ne serait pas handicapée" dit aujourd'hui Marie-Claude.

Tout récemment, les pouvoirs publics ont, semble-t-il, pris conscience du problème : ils ont fait éditer, par le biais de l'Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé), des recommandations de bonne pratique sur les médicaments inducteurs de l'ovulation.»

(*) Les sous-titres sont de l'équipe de Sos Bébé.


 

"Et si la PMA n’était pas le remède-miracle ?"

Brigitte Fanny Cohen, journaliste à Télématin sur France 2, "Un bébé, mais pas à tout prix", JC Lattès
[Voir un résumé de son témoignage]

1) Premiers examens médicaux : analyse de sang, test de Hüner, spermogramme

2) Premières inséminations

3) Une méthode d’insémination plus efficace ?

4) Etape supérieure : la fécondation in vitro

5) Les risques de la FIV

6) Deuxième tentative de FIV, deuxième échec : l’abattement

7) Ultimes tentatives

« Je viens de fêter mes 37 ans et je n’ai pas encore d’enfant. (…) Des phrases définitives, lues ou entendues dans les médias, m’habitent, m’obsèdent, me terrifient : à partir de 30 ans, la fécondité de la femme diminue, chute à 35 et c’est le gouffre à 40 ! Voilà dans quel état d’esprit je me trouve le jour de mon anniversaire, au moment où je jette ma plaquette de pilules à la poubelle. C’est vraiment décidé : objectif bébé. J’ai enfin rencontré "le" père et il n’est plus question de perdre de précieuses semaines (…).


Premiers examens médicaux : analyse de sang, test de Hüner, spermogramme

[7 ou 8 mois plus tard] (…) Suis-je anormale ? C’est, d’emblée, la question que je pose à ma gynécologue et amie, Camille. (…) Elle sourit, apaise, tempère. Nous sommes en mars 1996. Passé 35 ans, il faut habituellement attendre un an. (...) Pourquoi tant d’impatience ? Néanmoins, je la convaincs en lui tenant les propos maintes fois entendus sur le temps qui passe et la fécondité qui trépasse. Propos qu’elle connaît mieux que moi-même. Camille finit par s’incliner et rédige l’ordonnance : une analyse de sang pour connaître le fonctionnement de mes ovaires, pour vérifier l’absence d’infections (...) et un test de Hüner. Et pour mon compagnon, un spermogramme.
Pour l’analyse de sang, pas de problème. Je l’effectue immédiatement et les résultats arrivent rapidement : pas d’infection, des taux d’hormones parfaits. Autrement dit, j’ovule comme une jeunette de 20 ans. Je me lance alors dans les examens suivants avec une certaine insouciance. Pour le test de Hüner, (…) le couple a intérêt à déployer une sacrée dose d’humour. En effet, un prélèvement vaginal est nécessaire. Prélèvement qui doit être réalisé dans un laboratoire à un moment précis : 6 à 8 heures après un rapport sexuel. Et ce, un à deux jours avant l’ovulation. Que de contraintes ! (…)
Commence alors, sans que je m’en doute à l’époque, le début d’une imbécile docilité envers le corps médical. (…) Ce test est un passage obligé des investigations de l’infertilité : il a pour but d’étudier la pénétration et la survie des spermatozoïdes dans la glaire cervicale, fabriquée naturellement au moment de l’ovulation par le col de l’utérus. Une glaire de bonne qualité permet aux spermatozoïdes de remonter vers l’ovocyte et de le féconder. (…)
Faire l’amour sur commande, au petit matin, dans un objectif médical, n’a rien de très excitant. Quoi qu’il en soit, je me rends au laboratoire quelques heures plus tard. (…) Après un moment d’attente qui génère forcément un peu d’anxiété, il faut se mettre à nu dans une petite pièce sans âme. Les examens ont l’air de se dérouler à la chaîne, quasiment sans échanges, presque en silence. Tout semble tellement impersonnel, alors que des femmes jouent en partie, dans ces lieux, leurs chances d’avoir un bébé. Le prélèvement de la glaire, bien évidemment, est réalisé en position gynécologique. Je ne le sais pas encore, mais combien de fois devrais-je mettre ma pudeur au panier et me dévêtir devant des inconnus.
On me demande sèchement d’attendre le résultat. J’en profite pour me rhabiller.
Après avoir scruté le prélèvement dans son microscope, la blouse blanche revient dans la petite pièce où je patiente et crie méchamment : "Les spermatozoïdes, ils sont tous morts !" C’est carrément dit sur le ton de l’engueulade. (…) Je ressors du laboratoire choquée, assommée, anéantie. (…) Quelle indélicatesse, quelle cruauté dans la façon d’annoncer le résultat ! (…)
Au téléphone, ma gynécologue me rassure : la glaire n’est pas de bonne qualité. Qu’importe ! Il existe des médicaments pour l’améliorer. Rien n’est perdu. Je reprends rendez-vous. Mais le mal est fait. Au fond de moi-même, ce jour-là, la blessure s’inscrit dans ma chair : une blessure créée par la rencontre brutale avec l’univers froid, technique et déshumanisé des laboratoires.

Premières inséminations

(…) Il n’y a donc pas de quoi s’alarmer. Mais je n’ai pas envie de perdre de temps. (…) Ma gynécologue me propose alors une IAC, autrement dit une insémination artificielle avec le sperme de mon conjoint : il s’agit de court-circuiter le problème posé par la glaire cervicale et de déposer la précieuse semence directement dans l’utérus, grâce à une pipette, le jour J. C’est-à-dire le jour de l’ovulation. (…) Mon mari découvre à cette époque les joies de ce qu’on appelle pudiquement "le recueil de sperme". Le matin du fameux jour J, il doit se rendre au laboratoire. Là, on le pousse dans une sorte de cagibi où traînent négligemment quelques revues pornos. Voilà comment on fait les bébés dans le décor sordide de l’Assistance médicale à la procréation (AMP). Quant à moi, je dois aller dans l’après-midi même chercher le sperme (…). Direction : le cabinet de ma gynécologue. L’insémination n’est pas très agréable, mais elle a le mérite d’être très rapide. (…) Je ne me doute pas encore que cette simple insémination n’est rien, sur le plan de la souffrance physique, à côté de ce que je subirai par la suite.

A ce moment-là, il me semble qu’il n’y a rien de plus injuste que de ne pas pouvoir procréer quand on le désire si fort. (…) Peut-être qu’à cette époque, je suis inconsciemment imprégnée et dupée par le fameux slogan soixante-huitard : "Un enfant quand je veux." Avec l’arrivée de la pilule, on a abusivement fait croire à plusieurs générations de femmes qu’on pouvait procréer ad libitum. Pas si simple…
(…) Pour connaître les résultats, il faut attendre deux semaines qui me paraissent une éternité. (…) Mais la déception est encore au rendez-vous.(…)
La deuxième insémination est encore un échec.

Une méthode d’insémination plus efficace ?

Camille me propose de passer à la vitesse supérieure. (…) Elle me parle d’un service hospitalier qui pratique les inséminations de façon "très scientifique" : par des échographies on surveille le développement des follicules, les poches qui renferment les ovocytes, autrement dit les cellules reproductrices féminines. Et on contrôle les taux d’hormones par des prises de sang. Objectif : pratiquer l’insémination au moment le plus propice, c’est-à-dire 36 heures environ après le déclenchement de l’ovulation.
(…) Je prends rendez-vous illico avec ce chef de service d’un hôpital de la banlieue parisienne. (…) Elle m’explique ce qui se pratique dans son centre : "Quatre inséminations artificielles et, en cas d’échec, quatre fécondations in vitro." (…) En septembre 1996, je mets le doigt dans un engrenage terrifiant : une sorte de machinerie médicale infernale qui tour à tour insuffle l’espoir, le retire et broie le moral des patientes infertiles tous les jours un peu plus.

Néanmoins, j’attaque le premier cycle d’insémination avec un optimisme certain. Je crois en la médecine : une confiance proche de la crédulité. Un sentiment qui ne va pas tarder à s’effondrer. Principe du traitement : on stimule les ovaires par des injections quotidiennes d’hormones (l’hormone FSH), pendant environ deux semaines, ce qui leur fait produire plusieurs cellules reproductrices au lieu d’une seule lors d’un cycle ordinaire. Et, au moment où les ovocytes sont "prêts", on provoque artificiellement l’ovulation par l’injection d’une autre hormone (l’hormone hCG). Ainsi on sait qu’environ 36 heures plus tard les ovocytes seront dans les trompes susceptibles d’être fécondés. L’insémination est donc réalisée dans des conditions optimales. J’appelle une infirmière de mon quartier pour me piquer tous les soirs à domicile.
(…) Ce traitement a l’air de chagriner ma gynécologue habituelle : en effet les analyses sanguines ont prouvé que mon ovulation était strictement normale. Pourquoi donc dans ce cas doper les ovaires ? (…) C’est la façon de procéder à l’hôpital. Les protocoles sont tous les mêmes : stimulation avant l’insémination [en note : la stimulation augmente les chances de succès, mais au prix d’effets secondaires et de complications (notamment avec un risque accru de grossesse multiple)]. (…) C’est ainsi : les femmes infertiles sont des pions anonymes que l’on avance sur le grand échiquier des protocoles. Quelle que soit la pathologie, le problème de l’une ou de l’autre, toutes sont logées à la même enseigne. On ne donne pas dans le détail. Les traitements en vue d’une insémination sont pratiquement tous identiques. (…) Même chose pour les fécondations in vitro (FIV).

Au bout de plusieurs jours d’injections, il faut se rendre au petit matin à l’hôpital : la taille et la maturation des follicules sont surveillées par une échographie intravaginale. Quant au contrôle des taux d’hormones, il est assuré par des prises de sang. (…)

Dans cet hôpital de la banlieue parisienne, j’ai subi quatre inséminations et deux FIV. (…) Il fallut apprendre à gérer le stress, engendré par cette course perpétuelle contre la montre, pour concilier traitements et travail. (…)
Pour ma première insémination à l’hôpital, le déclenchement de l’ovulation devait avoir lieu un soir à 22h30 précises. Le déclenchement, c’est une injection intra-musculaire de l’hormone gonadotrophine chorionique. (…) Et l’insémination a lieu le surlendemain à 10h30. (…) Une fois l’insémination terminée, il faut rester allongée une vingtaine de minutes avant de pouvoir repartir, munie d’une ordonnance pour un test de grossesse à effectuer douze jours plus tard. Sana oublier la prescription quotidienne d’ovules intra-vaginaux, destinés à réduire les contractions utérines et par conséquent à favoriser la nidation de l’embryon.

Etape supérieure : la fécondation in vitro

(…) Les quatre inséminations se soldent par un échec. (…) Me voici donc lancée dans la deuxième partie du protocole : la fécondation in vitro. Une technique beaucoup plus lourde -dans tous les sens du terme- que l’insémination artificielle. Plus lourde parce que la stimulation hormonale est plus importante : d’abord on bloque l’ovulation par des injections d’une première hormone pendant une quinzaine de jours, ensuite on stimule "à fond la caisse" avec une autre hormone pendant une vingtaine de jours. Au total, c’est un bon mois de piqûres quotidiennes qu’il faut endurer. Sans compter la ponction des follicules, qui est un geste chirurgical, autrement dit un geste invasif.
Une fois l’ovulation déclenchée, il faut arriver très tôt à l’hôpital, à jeun. Le recueil des ovocytes s’effectue au bloc opératoire : à l’aide d’une fine aiguille, le médecin aspire le liquide folliculaire dans lequel baignent ces précieuses cellules. (…)

La facture est également lourde pour la société : si on additionne les produits pharmaceutiques, les actes de biologie, les échographies de contrôle, l’anesthésie et la ponction, une FIV revient à environ 20 000 frs, une coquette somme à débourser pour la Sécurité sociale. (…) L’AMP est une médecine gratuite pour les patients, mais elle coûte très cher à la collectivité.

Les risques de la FIV

(…) Ce qu’on ne sait pas toujours en commençant le parcours du combattant, c’est que les hormones prescrites lors d’une tentative de FIV ne sont pas dépourvues d’inconvénients. Des effets secondaires incontestables passés sous silence dans le huis-clos de la consultation médicale, que je découvre au fur et à mesure et à mes dépens. Dès la première FIV, mon corps me rappelle à l’ordre. (…) Oh, des troubles mineurs pour commencer : la nuit, par exemple, il m’arrivait de me réveiller en sueur et en tremblant de froid à la fois. (…) Les hormones qui bloquent l’ovulation provoquent un repos des ovaires, proche de la ménopause. (…) L’irritabilité est aussi un effet secondaire reconnu de ces hormones qui paralysent l’ovulation. (…)
Puis, j’ai vu des petites veines éclater sur mes jambes. (…) De la cellulite est apparue sur le haut des cuisses. (…) Sans oublier peut-être le pire : au fur et à mesure des stimulations, mes cheveux se mirent à tomber. Un peu au début, puis par poignées. (…) Fort heureusement, je retrouvai ma chevelure initiale à l’arrêt des traitements. Après la 4ème FIV, j’allai frapper à la porte d’un phlébologue. Au bout de deux années d’AMP, des dizaines de petites varicosités, très laides, balafraient mes jambes. Le problème n’était pas seulement esthétique. Il n’était pas rare que mes jambes me fassent mal. (…)
Le diagnostic du médecin fut immédiat : j’avais subi une telle "imprégnation hormonale" qu’une véritable insuffisance veineuse était survenue. J’eus droit à plusieurs séances de sclérose. Je n’ai toujours pas terminé. (…) Bizarrement, j’ai été plutôt épargnée par la prise de poids. Beaucoup de femmes se plaignent de prendre des kilos durant les stimulations.

Au cours de la deuxième FIV, j’interrogeai finalement le chef de service sur les effets secondaires de ces médicaments. Elle m’envoya une étude qu’elle avait cosignée. Cette dernière relatait un nombre impressionnant d’effets à court terme d’une des hormones, le citrate de clomifène, que je n’avais pas, pour ma part, utilisée. (…) Un peu plus tard, j’essayai d’en savoir plus en lisant "La Procréation Médicalement Assistée" du célèbre biologiste Jacques Testart : "C’est surtout l’administration massive d’hormones, aux fins de stimulation ovarienne, qui pourrait avoir des conséquences chez la femme, allant des effets indésirables aux complications plus ou moins graves. Parmi les premiers, on note la prise de poids, des vertiges, des vomissements, des douleurs abdominales, etc., effets désagréables et de courte durée et sans réelle gravité." Les professeurs François Olivennes et René Frydmann signalent les troubles suivants : "maux de tête, perte de cheveux, prise de poids, modification de la libido, douleurs abdominales…"
D’autres effets secondaires ont alimenté la littérature médicale. Notamment des conséquences sur le système veineux qui peuvent se révéler considérables. Pour ne pas dire tragiques. Plusieurs études ont été publiées pour relater le risque "thrombo-embolique" lié aux stimulations ovariennes. En effet, sous l’influence de ces hormones, un caillot peut se former et bloquer la circulation sanguine. (…) Des mesures de prévention devraient systématiquement être mises en œuvre avant la stimulation ovarienne, pour les patientes aux antécédents familiaux ou personnels de phlébite ou d’embolie : notamment la nécessité d’un bilan biologique avant le traitement et, le cas échéant, la prescription de médicaments anti-coagulants.
[Cela] survient souvent lors d’un syndrome d’hyperstimulation. Une complication bien connue et redoutée des gynécologues. Il s’agit d’une sorte de réaction explosive des ovaires qui fabriquent, sous l’effet des inducteurs de l’ovulation, d’énormes quantités d’hormones. Suite à ces injections, il arrive que des femmes produisent, non pas huit, dix ou quinze ovocytes, mais vingt ou trente. Les doses élevées d’hormones dérèglent le fonctionnement habituel de l’organisme. Conséquences possibles : une fuite d’eau hors des vaisseaux sanguins qui inonde le ventre d’abord (ascite), les poumons ensuite (épanchement pleural). La patiente doit se reposer et boire peu. Certaines hyperstimulations sont peu intenses. D’autres, moins communes, peuvent nécessiter "dans 1 à 2% des cas une hospitalisation et des soins importants, voire une réanimation" : il faut alors extraire l’eau des poumons si la patiente ne peut plus respirer. Motus et bouche cousue sur ce risque. (…) [D’après] le Dr Nicole Athéa, gynécologue : "Les accidents d’hyperstimulation sont fréquents : en dehors de leurs risques vitaux immédiats, ils peuvent créer des lésions ovariennes qui vont secondairement se traduire par des dystrophies ovariennes ; ils peuvent aussi provoquer des lésions tubaires." (…) Et ce médecin poursuit en signalant des accidents, liés cette fois-ci au recueil des ovocytes. (…)

Les transferts d’embryons peuvent également s’accompagner de quelques difficultés mais sans impact réel sur la santé des femmes (…). C’est surtout une mauvaise politique de transferts qui peut se révéler dangereuse : aujourd’hui en France, on s’accorde à ne pas replacer dans l’utérus de la femme plus de trois embryons. L’objectif, c’est d’éviter les grossesses multiples et toutes les complications qui s’ensuivent : grande prématurité, séquelles liées à cette prématurité, désarroi des couples qui soudainement devraient faire face à l’éducation de quadruplés, de quintuplés… (…) Pourtant, lors de ma dernière FIV, on m’a replacé quatre embryons. (…) Après plusieurs échecs, je ne m’imaginais pas enceinte de plusieurs bébés. Et pourtant, cela aurait pu se produire. Qu’aurions-nous décidé ? De recourir à une réduction embryonnaire ? Cette technique consiste à éliminer, sous contrôle de l’échographie, un ou plusieurs embryons. Avec deux principaux écueils : le risque de fausse couche avec perte de tous les embryons et le risque pour les couples d’avoir du mal à assumer cette terrible épreuve.
Lors d’une émission de télévision que j’avais préparée pour France 2, j’ai vu une femme pleurer d’émotion et de tristesse, plusieurs années après, parce qu’elle avait sollicité son médecin pour une réduction embryonnaire. Après une FIV "réussie" -mais peut-on légitimement parler de réussite dans ce cas ?- elle apprend qu’elle attend des triplés. Elle et son mari ne se sentent pas le courage de les assumer. Un des embryons est finalement supprimé. Comment se résoudre à anéantir cette vie balbutiante que l’on a si fortement désirée ? Comment faire le deuil de cet enfant ? Pourquoi lui et pas les autres ? Et ceux qui sont nés, comment accepteront-ils plus tard qu’on les ait épargnés au profit de leur frère ou de leur sœur ?
(…) Les candidates à la FIV que j’ai interrogées n’ont jamais été averties de la moindre complication liée aux hormones. (…) Pourtant, la loi de 1994 (dite de bioéthique) stipule que les équipes médicales doivent avertir les couples de la "pénibilité" des techniques d’AMP. Depuis 1999, un décret publié au journal officiel leur demande aussi de les prévenir des risques potentiels des traitements.
(…) Mon impression, en fin de compte, c’est que pour les "fivistes" (…), je n’ai été qu’un utérus et des ovaires, au mieux un taux de FSH, un nombre de follicules ou d’ovocytes… (…) Je n’ai pas été un être humain, une patiente dans sa globalité mais une stérilité.

Deuxième tentative de FIV, deuxième échec : l’abattement

La première FIV se solda par un échec. J’entamai la seconde sans hésiter. (…)
Après l’insémination du sperme ou le transfert des embryons, tous les espoirs étaient permis. Il fallait attendre douze jours avant de pouvoir connaître l’issue du traitement grâce à une prise de sang et, pendant ces deux petites semaines, l’espoir naissait ou renaissait. (…)
Et puis, au bout de ces douze jours, le verdict tombe sans appel : test négatif. Le néant. L’anéantissement. Comment ? Pourquoi ? Pourquoi moi ? C’est injuste. Je n’en peux plus. Je suis à bout. (…) Mon corps est meurtri. Mon âme aussi. (…) Et pourquoi arrêter ? Le médecin vous incite à recommencer : il faut y croire… (…) Le gynécologue devient une sorte de gourou qui vous aide à penser… ou à ne plus penser. (…)

Quand je prends connaissance du fiasco de la deuxième FIV, je suis au plus mal moralement. (…) Parallèlement, depuis plusieurs semaines, mon mari et moi évoquons la possibilité de l’adoption. (…)
La ratage répété des inséminations, puis des FIV, finissait par entamer la confiance que j’avais en moi. (…) Le doute s’insinuait en moi et fissurait mes certitudes : je me remettais souvent en cause, en tant que journaliste, en tant que femme…
(…) Je finissais par tirer de tout cela une leçon, pourtant évidente : je n’avais aucun pouvoir sur la vie ou sur la mort. (…)

Ultimes tentatives

L’une de mes sœurs me parle à ce moment-là d’un gynécologue qui " fait des miracles". Je finis par prendre rendez-vous en septembre 1998. (…) Lui me propose des traitements plus "innovants". (…) Proposer des nouveautés, faire miroiter une augmentation des chances, c’est du marketing et pas de la médecine qui repose sur des preuves. (…) Est-ce à dire que des médecins peuvent jouer les apprentis sorciers et embarquer leurs patientes dans des expérimentations incontrôlées ? Des patientes dont la souffrance psychologique est si grande qu’elles sont souvent prêtes à tout accepter pour voir leurs chances de succès augmenter. (…) Troisième tentative dans la clinique privée. (…)

J’attendais énormément de cette FIV. La déception est aussi forte que l’espoir que j’avais mis dans ce nouveau traitement, ce nouveau gynécologue, cette nouvelle clinique. (…) Je m’effondre en pleurs à la survenue de règles précoces qui viennent me narguer. (…) Mon corps commençait à ressentir, de façon prononcée, un certain nombre d’outrages : les effets secondaires des médicaments hormonaux. Et notamment une chute de cheveux très importante. Je prends rendez-vous avec une dermatologue, une spécialiste. (…) J’étais épuisée, physiquement et moralement, en sonnant à sa porte. (…) Lorsque je m’assois en face d’elle, je suis certainement au 36ème dessous. Mais ce n’est pas moi qui m’en aperçois. C’est elle. (…) "Lorsque j’ai fait votre connaissance, vous étiez souriante, pimpante, pleine de vie. Aujourd’hui, vous êtes cassée. Arrêtez ces traitements, laissez tomber ces FIV. Vous aurez quand même un enfant. (…) J’ai trois amies qui n’arrivaient pas à avoir de bébé. Elles ont toutes tenté plusieurs FIV. Elles se sont obstinées longtemps. Cela n’a pas marché. Elles se sont ensuite toutes les trois tournées vers l’adoption. (…) Moralité : elles sont toutes tombées enceintes naturellement et ont toutes eu un enfant. Et vous aussi, vous aurez votre enfant."
(…) Les propos de ce médecin -qui n’est pas gynécologue- m’aident à mûrir ma décision. (…)

De son côté, mon mari insiste déjà depuis quelques temps : il a peur que ces traitements ne me fassent du mal. (…) Il n’en peut plus de me voir si épuisée après la ponction des follicules, il n’en peut plus d’être le témoin passif de ces centaines de piqûres. Et je crois qu’il n’en peut plus d’aller se masturber dans un placard à balai. Il ne dit rien, mais il va craquer. Et moi, je ne supporte plus l’idée d’aller faire un bébé avec du sperme. Car depuis longtemps, je n’ai plus le sentiment de faire un bébé avec mon mari. L’homme, dans la FIV, est réduit à l’état de sperme. Il donne ses spermatozoïdes. Un point, c’est tout. D’ailleurs souvent Brian se plaignait, s’étonnait : "Ton médecin n’a pas demandé à me voir ? Je ne l’intéresse pas ?" Non, il ne l’intéressait pas. Personne n’a jamais souhaité sa présence lors des consultations. (…) Personne n’a jamais même exigé qu’il soit présent lors du transfert des embryons ou des inséminations. (…) L’homme est gommé de cette forme de procréation. A tel point que j’ai parfois l’impression étrange et désagréable de fabriquer un bébé avec le médecin plutôt qu’avec mon compagnon.

(…) Je me rends compte aussi que cet acharnement procréatif est en train de nous éloigner. Nous n’avons plus la même relation de couple, obnubilés que nous sommes par les heures de piqûres, les jours des examens, les ponctions… La fatigue engendrée par les traitements massacre ma libido. (…) Si cela continue, nous allons finir par nous perdre. Sournoisement, cette aventure médicale va nous broyer. (…)
La psychologue Béatrice Koeppel a réalisé une enquête auprès de 143 femmes sur l’après-FIV. (…) Après la naissance d’un bébé-éprouvette, il n’est pas rare de voir des couples se séparer. (…) Il faut pouvoir imaginer un couple pendant parfois plusieurs années de traitements : le stress permanent, les effets secondaires des médicaments, la fatigue, les déceptions à l’annonce des tests de grossesse négatifs… Sans compter la culpabilité liée à l’infertilité et les règlements de compte qui peuvent éclater dans ces situations. (…)

J’arrive à la quatrième FIV, complètement démotivée. Je n’ai qu’une hâte : que ce calvaire s’achève. Nos démarches à la DDASS progressent et je me demande pourquoi je me suis imposé cette nouvelle épreuve. (…) Quel que soit le résultat du test de grossesse, je sais que je viens de tourner une page de ma vie. Et pas la plus belle. (…) Le test de grossesse est négatif. Je suis déçue. Sans plus. J’ai d’autres projets en tête. Je sais que je serai maman d’une autre façon.

(…) Phénomène très étonnant : personne ne m’a parlé d’adoption pendant ces deux années de médecine procréative. Aucun gynécologue n’a prononcé ce mot. (…) Pourtant la loi de bioéthique est très claire sur ce point : elle indique que les membres de l’équipe médicale doivent évoquer cette possibilité avec les couples (…) avant même de commencer tout traitement.
(…) Mars 1999 : le coup de fil que nous attendons depuis si longtemps survient. Un bébé nous attend à Saint-Pétersbourg. Une petite fille. (…) Quelle effusion de joie ! Quelle douce excitation !

(…) Le lundi matin, avant de me rendre à l’orphelinat [à Saint-Pétersbourg], une intuition fugitive me traverse l’esprit : je suis enceinte. Un léger retard de règles, une sensation encore inconnue dans mon corps… Mais je chasse immédiatement de mes pensées ce qui ne doit être après tout qu’une idée fausse et saugrenue. J’ai tant à faire !
(…) Le déclic qui a fait de Daria ma fille est survenu, non pas quand la directrice de l’orphelinat m’a mis ce nourrisson de trois mois et demi dans les bras, mais quand elle me l’a repris. (…)
De retour à Paris, je n’ai vraiment pas le temps de repenser à mon intuition. Tant de choses à accomplir. (…) Le temps passe à une vitesse incroyable mais il faut me rendre à l’évidence. Mes règles ne sont jamais revenues. Je dois être enceinte. Un pressentiment. Une quasi certitude inexplicable. (…) Je finis par me rendre dans un laboratoire d’analyses. (…)
[Après l’annonce du résultat positif], j’essaie de réfléchir. Impossible. Je me sens si bizarre. Un tumulte d’émotions indicibles s’empare de moi. Cet enfant que je n’espérais plus, ces années de lutte et de vaines attentes…
[Quand je l’apprends à mon mari], une expression de bonheur illumine son visage : "C’est bien, me dit-il calmement, nous allons avoir deux enfants." (…)

La peur d’être stérile, de ne pas pouvoir avoir d’enfant parce que j’avais dépassé cette stupide et pseudo-limite des 35 ans, m’avait fait basculer un peu vite dans une médecine paradoxalement génératrice de stérilité : bien sûr, les fécondations en éprouvette permettent à de nombreux couples de devenir parents, mais l’assistance médicale à la procréation engendre aussi de l’échec, des frustrations, des blocages. Prise dans ce tourbillon des techniques, dans cette valse des loupés, je n’avais pas su calmer mes craintes, et ma confiance avait trébuché. Ce sentiment de ne pouvoir jamais y arriver s’était amplifié. Il avait fallu que je m’éloigne de toute cette agitation médicale, que je retrouve la paix de l’âme, que je cesse de lutter pour être mère (…) et une grossesse devenait possible.»