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« C’est une sorte de code entre nous, une habitude d’amoureux. Si, pour une raison ou une autre, Bruno sent que je n’ai pas le moral, il pose ses mains sur mes épaules, puis il se met à les masser lentement, tendrement. Il ne dit rien…C’est juste un geste d’amour qui me dit : « ne t’en fais pas, je suis là… »

(…) Mais le jour où j’aurais eu le plus besoin de ce réconfort, Bruno n’était pas là… Et pour cause : un médecin du CHU de Nantes venait de téléphoner pour me dire qu’il avait eu un accident de moto, avant de me rassurer : « Mais ne vous inquiétez pas, ce n’est pas grave… ».

J’ai sauté dans ma voiture pour aller retrouver Bruno. Sur le chemin, dans mon inquiétude, j’ai pensé à lui, j’ai pensé à nous… A ces trois années d’amour, de vie en commun, à notre envie de fonder une famille… Car pour moi, il n’y avait pas de doute : nous étions faits l’un pour l’autre !

(…) En doublant une voiture à près de 100 kms à l’heure, pas plus, celle-ci avait déboîté sans le voir. Le choc avait été violent… C’était un miracle s’il s’en était sorti vivant ! Vivant, oui, mais pas indemne. Ça, je ne le savais pas encore…

A son retour à la maison, j’ai tout de suite deviné à sa tête que quelque chose n’allait pas. « Comment ça s’est passé ? » ai-je demandé. « On ne sait pas encore, a-t-il lâché, je dois refaire des analyses… ». Il a prononcé ces mots sur un ton que je ne lui connaissais pas, un ton gêné, presque irrité. Comme s’il y avait quelque chose qu’il ne voulait absolument pas me dire. J’ai préféré ne pas insister…

Mais les semaines suivantes, je l’ai vu se renfermer encore plus sur lui-même. (…) Je mettais ça sur le contre-coup de l’accident, je me disais qu’il fallait laisser passer du temps, que ça allait s’arranger.

Mais rien ne changeait. (…) C’est le samedi où il a refusé sans raison de m’accompagner chez Harmonie, ma meilleure amie avec qui il s’entendait pourtant très bien, que j’ai craqué : « (…) Dis-moi une fois pour toute ce qui se passe ! C’est à cause de moi ? ». Ce n’était pas à cause de moi.

Le regard dans le vague, il m’a avoué ce qu’il n’avait pas trouvé la force de me dire : son accident avait eu des conséquences… Le médecin lui avait expliqué qu’il ne pourrait sans doute jamais plus avoir d’enfant !

Je l’écoutais sans y croire, sans pouvoir prononcer un mot… J’ai voulu m’approcher, le prendre dans mes bras, mais il m’a repoussée violemment : « Laisse-moi tranquille ! Je ne veux pas de ta pitié ! »

J’étais complètement désorientée. Je suis allée dans notre chambre en larmes. Des pensées, toujours les mêmes, se bousculaient dans ma tête : je ne pourrais jamais avoir d’enfant avec Bruno…

Cela me semblait impossible, et pourtant, c’était vrai. Tout l’avenir que je nous avais imaginé s’écroulait brusquement. Vivre sans enfant… Pour moi, c’était aussi impensable que vivre sans Bruno !

J’ai passé la nuit à penser à lui. A avoir mal pour lui. Peut-être avait-il honte ? Peut-être avait-il peur de me perdre ? Il paraît que la nuit porte conseil…

Cette nuit-là, en tout cas, m’a permis d’être certaine d’une chose : c’était avec Bruno que je voulais vivre. Quoi qu’il arrive, c’était lui l’homme de ma vie !

Je me suis endormie au petit matin. Quand je me suis réveillée, Bruno était allongé à côté de moi sur le lit, immobile, le regard fixé au plafond. En me rapprochant, j’ai vu ses yeux rougis. C’était la première fois que je le voyais pleurer. Je me suis blottie contre lui un instant…

Il ne disait rien. Alors, comme il me l’avait fait si souvent, j’ai posé mes mains sur ses épaules et, lentement, doucement, tendrement, je les ai massées en lui murmurant : « Je suis là… Je serai toujours là, avec toi… (…) » Apaisés, nous nous sommes endormis l’un contre l’autre…

Le lendemain, il m’a proposé de passer le week-end dans un gîte rural de la baie d’Arcachon où nous étions déjà allés plusieurs fois. De ce jour, il y a eu entre nous une complicité encore plus forte que tout ce que nous avions connu. A sa manière, notre malheur nous rendait plus proches, plus solidaires…

Jamais je ne porterai d’enfant, je le sais, mais ça ne m’empêchera pas pour autant d’être heureuse avec l’homme que j’aime.

Et puis… Qu’est-ce qui nous empêcherait d’adopter une petite fille ou un petit garçon ? Quand j’en ai parlé à Bruno, il m’a fait un grand sourire. Cet enfant, que nous aurons un jour, sera aussi un enfant de l’amour… »

Laure, Maxi

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