Tests de grossesse : Sont-ils tous fiables ?

Depuis août dernier, les pharmacies sont autorisées à mettre les tests de grossesse en accès libre. Si l’achat est ainsi facilité, leur étalage devant le comptoir peut laisser perplexe. Lequel choisir ? Et s’ils sont toujours plus innovants, sont-ils tous aussi performants ?

Avec 4, 5 millions d’unités vendues en 2010, le test de grossesse fait désormais partie intégrante de la vie des femmes. Positif ou négatif : on veut vite savoir. Avoir la confirmation de ce que l’on devine déjà peut-être… Car une fois les essais bébé lancés, à chaque fin de cycle, l’impatience pointe jusqu’à s’engouffrer dans la pharmacie la plus proche pour en ressortir avec l’un des nombreux tests proposés. De retour à la maison, un simple tour aux toilettes et quelques minutes d’attente nous séparent de l’instant de vérité. Les yeux rivés sur la fenêtre- test, seule ou à deux, c’est avec émotion que l’on attend l’apparition du verdict. Un moment magique. Mais plus concrètement, comment ces tests fonctionnent-ils ? Depuis 1971, date de leur apparition sur le marché, le principe n’a pas changé. Ils détectent tous une hormone spécifique de la grossesse dans les urines : l’hormone gonadotrophine chorionique humaine ou hCG. Secrétée dès les premiers jours par l’oeuf – appelé également « sac gestationnel » – puis, plus tard, par le placenta, cette hormone vient se lier à un anticorps de détection qui colore la bande du test, si le résultat est positif.

Seulement aujourd’hui, les boîtes alignées sur les présentoirs des pharmacies rivalisent toutes de nouveautés avec des tests toujours plus rapides et faciles d’utilisation. Difficile de s’y retrouver. Surtout depuis qu’ils sont en accès libre devant le comptoir. Certes, sur l’emballage, ils affichent tous en gros caractères :  »Fiable à 99 % », mais qu’en est-il vraiment ? Comme pour les médicaments, c’est l’Afssaps (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé) qui est chargée de contrôler leur qualité et leur innocuité. Mais, à la différence d’un médicament, cet auto-test ne fait pas l’objet de la même autorisation de mise sur le marché. Classé comme « dispositif médical », il doit cependant répondre à des critères de sécurité et de performances certifiés par un marquage CE (obligatoirement présent sur l’emballage). Il atteste que le laboratoire qui le commercialise a bien fait effectuer et valider les analyses par un organisme tiers, habilité entre autres par l’Afssaps. A noter qu’aucune surveillance n’est garantie pour les produits mis en vente sur internet. Des tests à des prix imbattables, mais qui peuvent provenir de laboratoires non contrôlés, afficher un CE factice ou encore avoir été stockés dans des conditions altérant leur efficacité. Pour ces raisons,la Direction Générale de la Santé (DGS) déconseille d’acheter tout produit de santé en ligne. Pour le reste, les pharmacies sont le seul lieu de distribution autorisé en France. Et en 2006, les autorités sanitaires ont effectué un vaste contrôle de qualité sur ces tests. Globalement positif. Depuis, l’Afssaps précise ne pas compter de signalements de produits suspects par les professionnels de santé ou les consommateurs. « Les produits défectueux sont très rares. Quelle que soit la marque, il y a peu de retours », confirme Andrée Ivaldi, présidente de la chambre syndicale des pharmaciens de Paris.

Cette enquête sur la fiabilité des tests de grossesse n’a pourtant pas pu se pencher sur les tests dits « précoces ». Et pour cause : pour répondre au désir des femmes d’être fixées toujours plus vite, ce sont les derniers arrivés sur le marché. Avec un test classique, il faut attendre le premier jour de retard présumé des règles pour obtenir un résultat. Le temps que l’hormone hCG soit présente en quantité suffisante dans les urines. Les tests précoces promettent eux une réponse dès quatre jours avant l’arrivée présumée des règles. Plus sensibles, ils détecteraient l’hCG autour de 12, 5 UI, contre 25 à 50 UI pour les classiques. Pour le Dr Bensimhon, ces tests précoces « sont un gadget », car le diagnostic à J – 4 n’est fiable qu’à 50 %. Ce qui signifie concrètement qu’en cas de résultat négatif, il faut recommencer l’opération le premier jour présumé des règles pour en être vraiment sûre. C’est donc l’achat d’un test supplémentaire, alourdissant une facture non remboursée par la Sécurité Sociale. De plus, à ce stade précoce, une grossesse est encore très fragile, compte tenu de la fréquence élevée de fausses couches. Alors, mieux vaut se laisser quelques jours, histoire que la grossesse puisse s’installer.

Négatif ou positif ? Dans les deux cas, on a tout de suite envie d’être fixée ! En dehors de ce bémol sur les tests précoces, la fiabilité des dispositifs classiques n’est pas remise en cause. A condition de lire la notice avec attention. Eviter de boire en grande quantité la veille et le jour J sont par exemple de bons réflexes, car des urines trop diluées peuvent occasionner des faux négatifs. Bon à savoir également, une ovulation tardive, voire une infection urinaire, peut aussi entraîner un résultat faussé. « Je conseille à mes patientes de pratiquer le test après deux jours de retard, explique le Dr Bensimhon. Non pas que je doute de leur fiabilité dès le premier jour, mais parce que le cycle d’une femme n’est pas toujours un métronome et qu’une ovulation tardive peut déclencher un faux négatif. » D’autres résultats brouillés, faussement positifs cette fois, sont également constatés avec la prise de certains médicaments (neuroleptiques…) ou si les urines ont été testées dans un bocal contenant des traces de détergent. Enfin, si la prise d’une pilule contraceptive ne pose aucun problème, les injections de gonadotrophine (pratiquées au cours d’une FIV) font apparaître quasi systématiquement un « + » dans l’écran de contrôle. De même, une fausse couche laisse des traces d’hormones suffisantes pour déclencher un résultat positif pendant un mois. Pour confirmer, il est recommandé d’effectuer, 10 à 12 jours après la fécondation, une prise de sang en laboratoire pour déceler la hCG directement dans le sang. Une analyse remboursée sur ordonnance ou, mieux, une échographie de contrôle pratiquée à six semaines d’aménorrhée, qui permettra au passage d’écarter tout diagnostic de grossesse extra-utérine. Sans oublier la dernière recommandation du Dr Bensimhon : « Il faut se fier au résultat du test, mais faire aussi confiance à son instinct en se mettant à l’écoute des signes qui accompagnent la plupart des débuts de grossesse : tension mammaire, nausées… »

Le diagnostic des tests précoces (à J – 4) ne serait sûr qu’à 50 %.

Notre sélection : Clearblue Digital (P & G France, 11, 80 €). Utilisation : le premier jour de retard des règles avec une fiabilité de 99 %, ou 4 jours avant, avec 55 % seulement. Temps d’attente : 3 minutes. Affichage : plus de symbole à déchiffrer. « Enceinte/pas enceinte » apparaît en toutes lettres sur l’écran. Le + : estime aussi l’âge de la grossesse avec un résultat fiable dans 92 % des cas en moyenne. Prédictor (Omega-Pharma, 4, 90 €). Utilisation : dès le 1er jour de retard des règles avec une fiabilité de 99 %. Temps d’attente : 5 minutes. Affichage : une ligne rose se dessine dans la fenêtre de résultat. Le + : la partie absorbante se détache, pour ne garder que la partie résultat, à glisser dans le futur album de bébé ! Suretest (Cooper, 4, 50 €). . Utilisation : dès le 1er jour de retard des règles, avec une fiabilité de 99 %. Temps d’attente : 5 minutes. Affichage : deux lignes roses apparaissent dans la fenêtre de résultat. . Le + :  simple, économique, et un affichage clair.

Parents  5 janvier 2012

Grossesse, Santé - Médecine

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