Je suis tombée enceinte à 15 ans ½

Je suis tombée enceinte à 15 ans ½

Je suis tombée enceinte à 15 ans et demi. Le garçon avec qui j’étais depuis un an m’a quittée, mais ne savait pas que j’étais enceinte. Les premiers mois, j’ai été réglée, pas toujours régulièrement car les règles ne sont jamais très régulières à cet âge, mais je ne pensais pas être enceinte. Mes règles se sont tout de même arrêtées et j’ai commencé à paniquer. Quelques temps plus tard, mes seins prenaient beaucoup de volume, plus que mon ventre je dois dire ; de mon 75 A, j’ai terminé ma grossesse avec un 105 D ! Mes proches se disaient que je grandissais, car avec mes 38 kg et mon mètre 45, il était temps que je grandisse disaient-ils sans se douter… J’ai commencé à sentir ce petit bout bouger en moi, j’étais alors sûre !

J’ai, comme toutes, pensé à l’avortement. Chez moi, en Belgique, le Planning familial peut nous aider mais, à cette époque, il nous fallait 200 euros et l’accord d’un membre majeur de ma famille, ce qui était inconcevable pour moi ! Je vivais seule avec mon papa depuis le départ de maman et j’étais encore sa petite fille pour lui. Lui dire était trop dur ! Le soir dans mon lit, je me répétais le discours que j’allais lui faire le lendemain pour le lui annoncer, mais les journées commençaient toujours sans que j’arrive à le lui dire et ensuite je me disais que je n’allais pas lui gâcher sa journée ; alors je me taisais. Mon ventre s’arrondissait très peu et j’ai continué à vivre sans y penser. J’ai pensé au suicide et me disais chaque jour que ça ne servait à rien de se tracasser puisque ce bébé, je ne l’aurai jamais, j’allais mourir avant, mais ça non plus je n’en ai jamais eu le courage.

A mon école, on commençait à me charrier avec ma poitrine et j’étais très mal à l’aise. Ma meilleure amie était enceinte elle aussi, mais c’était une grossesse désirée avec son ami bien plus âgé qu’elle. Je ne lui avais pas fait part de mon état et elle était bien trop occupée par son ventre rond pour voir mon petit bidou à moi. Je n’avais pas envie qu’on dise que j’avais voulu faire comme elle car ce n’était vraiment pas le cas, alors je n’ai jamais rien dit ! J’ai changé d’école quand mon amie a accouché, prétextant à mon papa que je n’aimais plus cette école et que sans mon amie je ne voulais plus y aller. Je suis allée dans une école où personne ne me connaissait, je passais mes récréations toute seule dans les couloirs et je ne parlais à personne. Au cours de gym, la prof me poussait toujours car je n’allais pas aussi vite que les autres… Pour finir, j’ai bossé les cours préférant aller chez une amie de mon papa qui n’habitait pas loin de l’école.

Je prenais des cours du soir d’anglais et ce soir-là, du 13 novembre, j’ai senti des douleurs, elles ont continuées toute la nuit, j’avais mal et je pleurais, je n’osais pas aller réveiller mon papa. Le lendemain, j’avais toujours mal mais j’ai pris le bus pour me rendre à l’école, je suis allée chez l’amie de mon papa. Les douleurs étaient de plus en plus forte et je criais de douleur, je lui ai demandé d’appeler une ambulance, ce qu’elle à fait, leur disant que j’avais très mal au ventre. Quand le médecin est arrivé, je lui ai hurlé que j’allais accoucher, j’avais peur, je pleurais, mon amie ne comprenait pas, les médecins ont dit : « il est là, c’est trop tard pour l’emmener ». Ils m’ont demandé de pousser, j’avais si peur… Mon petit garçon est né comme ça, dans le salon… Ils l’ont emballé dans un drap de lit pour retourner à l’hôpital, je l’ai appelé Joachim, prénom qui m’avait interpellée durant ma grossesse. Ma maman est venue me voir et a pleuré de ne pas avoir été là, mon papa n’est pas venu pendant trois jours…

A l’hôpital, j’étais un peu perdue, certaines infirmières ne voulaient pas que je lave mon bébé en me disant que je ne saurais pas… Je me suis sentie misérable. Mon papa est venu et après avoir beaucoup pleuré, il m’a pris dans ses bras et m’a dit que si ma décision était de le garder, il allait falloir que je sois forte et que je me donne corps et âme pour cet enfant car j’étais tout ce qu’il avait pour le diriger dans la vie. Le gynécologue est arrivé dans la chambre et a insulté mon père en lui disant que ce n’était pas possible de faire aussi peu attention à son enfant. Je l’avais si bien caché, jamais il n’aurait pu le voir ! Ce qui me fait rire, c’est que la fille de ce gyné est tombée enceinte quelques années après… à 16ans, comme quoi, il savait de quoi il parlait ! Quand je suis rentrée à la maison avec Joachim, mon papa avait fait une magnifique chambre pour lui. Les années qui ont suivies n’ont pas toujours été faciles et je me suis sentie souvent dévisagée, aujourd’hui encore d’ailleurs.

Mon petit garçon a presque 12 ans et devient un jeune homme, son papa a pris contact quelques fois mais n’a jamais pris part dans sa vie. Joachim sait tout de ses origines et de sa venue au monde, il travaille très bien à l’école et a trois frères et sœurs. Je me suis mariée il y a deux ans avec son beau père et nous construisons notre foyer.

Tout ce que je peux dire, c’est que si c’était à refaire, je le referais mais sans les erreurs… Je ne le cacherai plus car j’ai eu de la chance que tout se soit bien passé, j’aurais pu accoucher seule chez moi !

Je ne laisserai plus ces infirmières me prendre mon bébé comme si je ne pouvais pas le toucher, je ne laisserai plus ce gyné me dicter ma conduite. Je ne laisserai plus les voisines venir sonner chez moi pour « voir » la petite fille qui a eu un bébé… Il faut être forte pour avoir un enfant et cela à n’importe quel âge mais, quand on est jeune, on doit en plus prouver aux autres qu’on en est capable ! Bon courage à toutes les filles mères, ne baissez pas les bras et ne vous laissez pas humilier.»

Cynthia

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