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Les questions qui se posent > Témoignages parus dans la presse

 


MON ENFANT EST HANDICAPE

"Etre parent, frère ou sœur d’un enfant handicapé, cela s’apprend"
Janine, La Croix, 2002

"Ces personnes sont une richesse pour tous"
Henri, Le Monde, 2002

"Il n’y a pas de vie, aussi blessée soit-elle, qui ne mérite d’être vécue"
Jacques et Christine, La Croix, 2001

"Marion m’a transformée"
Claire, Maxi, 2000

" Le monde du handicap est humain, solidaire, aimant"
Renée, La Croix, 2000

"Comment résister à son sourire ?"
Annie, journal de l’UNAPEI, 2001

"Il ne faut pas avoir peur d’avoir un enfant trisomique"
Ruggiero Raimondi, chanteur, Le Spectacle du Monde, 1998

"L’amour est la réponse à tout"
Damon Hill, Paris Match et La lettre de la Fondation Lejeune, 2000

"Ceux que l'on met au monde"
Chanson de Linda Lemay, "Live" Capitole de Québec, 1999


"L’enfant handicapé est un moteur pour ses parents"

Chantal, La Croix, 2000

"Évidemment, c’est pas toujours évident d’assumer"
Violaine, Panorama, 1994

"Le handicap de mon fils ne lui enlève rien de sa dignité"
Bénédicte, La Croix, 2000

"C’est sûr, il faut être épaulée"
Nadège, Marie-Claire, 2000


JE SUIS HANDICAPE

"Chacun a le droit à sa chance"
Alexandra, tétraplégique, in "Les personnes handicapées face au diagnostic pré-natal", 2001

"Aujourd’hui personne n’aurait envie que je n’existe pas"
Louise, tétraplégique, Libération, 2001

"L’amour de mes parents m’a poussé à me battre"
Hirotada Ototake, France Soir, 2000

" Personnellement, je n’ai jamais regretté d’être née"
Claire, tétraplégique, La Croix, 2001

"D'où je viens"
Chanson de Blankass, 1998

"L'aventure extrême : être tétraplégique et alpiniste de haut niveau"
Jean-François P., tétraplégique, "Le courrier de Saint-Ismier", 2000

"Une volonté de vivre inébranlable"
Extrait du mensuel féminin DS, 2000

"Mon handicap m’a énormément appris et enrichi"
André, Le Figaro, 2000

MON FRERE OU MA SOEUR EST HANDICAPE

"Ma sœur handicapée me permet (…) de relativiser les soucis quotidiens"
Marine, La Croix, 2002

"Ma petite sœur trisomique m’a apporté plein d’amour"
Rachel, La Croix, 2002

"Ce frère hors norme est une joie"
Estelle, La Croix, 2002

"Un être irremplaçable en présence duquel je ne cesse de m'émerveiller"
Clotilde, Libération, 2000 : "L'autre différence"

"Un trésor d'affection, de douceur"
Ouest France, 2000

UN MEMBRE DE MA FAMILLE EST HANDICAPE

"Mon petit-fils trisomique, c'est mon petit ange"
Marie-Line, Maxi, juillet 2004

"Un enfant trisomique a marqué mon cœur"
Catherine, Maxi, juillet 2004

JE TRAVAILLE AUPRES DE PERSONNES HANDICAPEES

"Les personnes handicapées offrent un antidote à notre orgueil"
Marie-Anne, L’express, 2002

"Nabil, tétraplégique, est un témoin d’espérance"
Christian, "L’espérance autour du monde", Presses de la Renaissance, 2000

 

MON ENFANT EST HANDICAPE

"Etre parent, frère ou sœur d’un enfant handicapé, cela s’apprend"

Janine Chanteur, professeur émérite de philosophie morale et politique à l’université de Paris- Sorbonne, La Croix, 5 juin 2002

« (…) Mon mari était encore étudiant en médecine et moi juste licenciée en philosophie lorsque nous nous sommes mariés. Avant d’être professeur certifiée de lettres, je suis restée huit ans "pionne" dans un lycée. J’en garde un bon souvenir.
Durant tout ce temps, nous avons eu cinq enfants, dont une est née handicapée. Ce fut un choc terrible. Le fœtus avait attrapé un virus durant ma grossesse. J’ai beaucoup culpabilisé, j’ai même songé à disparaître avec mon enfant.

La rencontre déterminante d’une analyste et la réussite à l’agrégation de philosophie m’ont aidée à émerger. Marie-Hélène Mathieu, qui a créé l’Office chrétien des personnes handicapées (OCH), m’a ensuite appris à communiquer avec mon enfant. Grâce à elle, j’ai compris (…) que si nous cessons de refuser le handicap et tentons d’accepter l’enfant handicapé tel qu’il est, nous acceptons ses silences, la vigilance qu’il demande au-delà du bruit de nos mots inutiles et de nos peurs.
Il peut y avoir alors des moments extraordinaires où l’on vit pleinement son enfant handicapé, même si reste toujours l’angoisse de ce qu’il deviendra après nous, dans sa vie d’adulte…

Etre parent, frère ou sœur d’enfant handicapé, cela s’apprend. Avec mon mari, nous avons senti, grâce à certaines rencontres, que le bonheur de notre fille dépendait de la façon dont nous la vivions en famille, dont nous l’abordions (…). »

"Ces personnes sont une richesse pour tous"

Henri, Palaiseau, Le Monde, 5 février 2002

« Quelle est la place du handicap dans la société ? Que nous apportent les handicapés individuellement et collectivement ?
Permettez au papa d’un enfant polyhandicapé d’apporter sa réponse. Après deux enfants "normaux", notre fils Bruno est né aux Pays-bas, où nous résidions voilà dix ans. Nous avons rapidement constaté qu’il était atteint d’une malformation neurologique excessivement rare, et on nous a annoncé que notre fils serait un infirme moteur cérébral lourd.
Bruno ne peut parler, ni se tenir assis, ni attraper avec ses mains. Il est incontinent et a un retard cérébral difficile à évaluer. Cette malformation n’était pas décelable avec tous les examens prénatals classiques (…).
Mais arrêtons de ne parler que du drame de l’arrivée d’un enfant handicapé. Bien sûr, je ne souhaite à personne de vivre cette déchirure, mais je pense qu’il est du devoir d’une société d’affirmer que ces personnes sont une richesse pour tous, à condition, et seulement à condition, de leur donner le droit à une vie digne, à eux et à leur famille (…).
»


 

"Il n’y a pas de vie, aussi blessée soit-elle, qui ne mérite d’être vécue"

Jacques et Christine, parents de Pauline, 24 ans, lourdement handicapée,
La Croix, 21 novembre 2001

« Au septième mois de sa grossesse, Christine croit souffrir d’une "petite grippe", alors qu’elle est en fait atteinte par la listériose. Le médecin ne détecte pas la maladie. Trois semaines plus tard, la jeune femme accouche d’une petite fille qui a d’inquiétantes poussées de fièvre. Quatre jours après, et quatre jours trop tard, les médecins découvrent que le nourrisson souffre d’une méningite provoquée par la listériose. Aujourd’hui, Pauline est sourde et muette, épileptique et paralysée. Son âge mental ne dépasse pas 3 ou 4 ans.

(…) Certes, le chemin de Jacques et Christine ne s’est pas fait sans peine. Ils le reconnaissent. Pauline comprend à peine le langage des signes et pique de violentes colères quand elle ne saisit pas ce qu’on tente de lui expliquer. La jeune fille, depuis toujours, passe également de très mauvaises nuits. Pauline vit dans une structure spécialisée pour adultes et ne passe plus qu’un ou deux week-ends par mois chez ses parents, à Chambéry.

Non, le chemin ne fut pas facile. Les trois premières années auront sans doute été les plus douloureuses. "Nous étions révoltés, raconte Christine. Car, jour après jour, nous découvrions de nouvelles séquelles de la méningite..."
"Avez-vous pardonné au médecin ?" leur a demandé un jour une nièce. "Je crois qu’aujourd’hui, plus de vingt ans après, je pourrais le rencontrer et parler avec lui. Je n’ai plus aucune amertume." lui a répondu la mère de Pauline. (…)

Jacques précise : "Nous voulons seulement dire qu’une personne handicapée peut beaucoup apporter à la société. Une capacité à vivre l’instant, à relativiser dans les difficultés, à rebondir toujours." Christine ajoute : "J’aime ce que disait mère Térésa, de Calcutta : "La vie est un combat, accepte-le ; la vie est une aventure, ose-là. " "
Et d’une même voix : "Nous ne sommes pas des anges, encore moins des saints, mais, pour nous, il n’y a pas de vie, aussi blessée soit-elle, qui ne mérite d’être vécue. Et puis notre Pauline a le plus beau sourire du monde…"
»


 

"Marion m’a transformée"

Claire, Maxi n°580, décembre 2000

« Un troisième enfant maintenant ? Non, décidément, je ne voulais pas. Charlotte avait déjà 13 ans, Louis en avait 9. Quels liens pourraient-ils avoir avec un frère ou une sœur de dix ans plus jeune ?

Je ne me voyais vraiment pas, à 39 ans, en train de donner le biberon ou me relever la nuit pour calmer les pleurs d’un bébé.

Christophe, mon mari, ne me comprenait pas. Lui, l’idée d’avoir un enfant sur le tard l’enchantait : “Tu ne trouverais pas ça sympa ? Avec ce que je gagne, notre grande maison et toi qui ne travaille plus, pourquoi refuser cet enfant ?”

Il avait beau dire, je n’avais pas l’intention de céder. Cette grossesse était un accident, comme on dit, et j’entendais bien l’oublier au plus vite…Notre vie confortable, nos deux enfants sans problèmes, notre cercle d’amis à Toulouse remplissaient très bien ma vie.

Ca peut paraître égoïste, mais je voyais les choses comme ça. D’ailleurs, je n’ai pas caché mes intentions à ma gynécologue. Je la connais depuis quinze ans, elle est presque une amie. “Je vous comprends, Claire, m’a-t-elle dit. Je vous demande juste de réfléchir un petit peu, de toute façon, nous allons faire une échographie, c’est nécessaire pour l’IVG.”

Comment aurais-je pu me douter que cet examen allait changer ma vie ? J’étais enceinte de presque deux mois quand j’ai passé l’échographie.

Je me rappellerai, toujours le visage fermé de ma gynéco devant l’écran où elle voyait mon bébé. “Toujours décidée pour l’IVG ?” m’a -t elle demandée . J’ai fait oui de la tête. “ C’est sans doute mieux comme ça, a-t -elle dit, cet enfant ne se développe pas normalement.”

Elle a voulu m’expliquer sur l’écran ce qu’elle voyait d’anormal. Je l’écoutais à peine. Cet enfant, j’avais soudain envie de le garder. Peut-être parce qu’il avait un problème, parce que je me sentais responsable de lui, ou tout simplement parce que je me rendais compte qu’il avait déjà une existence…

En rentrant à la maison, je n’arrêtais pas de me répéter : “Claire, tu ne peux pas faire ça, cet enfant a besoin de toi.” Quand j’en ai parlé à mon mari, il m’a regardée avec des yeux ronds.

“Je n’arrive pas à te comprendre, m’a-t-il dit, ce matin encore, tu n’en voulais pas de ce bébé ! Et maintenant que tu sais qu’il a un problème, peut-être grave, tu veux le garder ?”

Je l’ai regardé droit dans les yeux : “Christophe, cet enfant, il faut que je le garde, je le sens, je ne peux t’expliquer pourquoi, mais je suis sûre d’avoir raison.”

Connaissant mon caractère têtu, mon mari n’a pas insisté. Il devait se dire que c’était une lubie, qu’après d’autres examens, je me rendrais compte de mon erreur, qu’il serait encore temps pour un avortement thérapeutique. C’est aussi ce que m’a proposé ma gynéco à mon quatrième mois de grossesse.

Claire, maintenant, c’est certain, le cerveau de votre bébé est touché, mais dans quelles proportions, je ne sais pas.” Loin de me décourager, ce pronostic me donnait encore plus envie de mettre au monde ma fille.(…)

J’ai passé une amniocentèse, elle m’a rassurée, mon bébé souffrirait probablement de séquelles neurologiques, mais rien qui puisse l’empêcher de se développer normalement.

Christophe voulait quand même que j’avorte, mais mes enfants, à qui j’avais tout expliqué, ont eu une réaction toute différente. Charlotte m’a dit : “Tu verras maman, je t’aiderai à t’en occuper.” Je reconnaissais bien là la générosité de ma fille…

En entrant à la maternité, je me sentais sereine, en accord avec moi-même. Et mon accouchement, je l’ai beaucoup mieux vécu que les deux précédents.

Christophe avait préféré attendre dans le couloir. Je crois qu’il avait peur de voir cet enfant naître, peur de ce qu’il allait découvrir.

Ma fille était magnifique, plus belle que ne l’avaient été son frère et sa sœur à la naissance. J’en étais très fière.

Christophe m’a rejoint quelques minutes plus tard, il s’est dirigé vers moi, m’a demandé comment ça allait. En souriant, je lui ai dit “Tu ne regardes pas ta fille ?” Marion était avec l’infirmière pour sa pesée. Christophe a pris le bébé, l’a tenu un peu bêtement quelques secondes, puis il a dit : “Puisqu’elle est là, on va l’aimer cette petite…”

Nous avons échangé un regard complice. Je me suis dit que mon mari était vraiment un type bien… Marion a trois ans aujourd’hui, et mon choix de la garder, je ne l’ai pas regretté une seule seconde, même si notre fille souffre bien de problèmes neurologiques…

Elle ne parle pas très bien, elle a du mal à coordonner ses mouvements, comme si ses gestes ne répondaient pas à ce que lui commande son cerveau, et, du coup, elle casse beaucoup de choses. Mais que sont ces petits inconvénients par rapport à tout ce qu’elle nous a apporté ? A l’amour qu’elle nous donne ?

Charlotte et Louis ont pour leur petite sœur une véritable adoration, jouent avec elle, sont d’une patience formidable…Son comportement un peu bizarre ne les gêne pas du tout, au contraire : ils l’aiment encore plus parce qu’ils se sentent responsables. Grâce à eux, Marion fait beaucoup de progrès.

Christophe, qui était si inquiet, en oublierait presque son handicap. Quand il chahute pour rire avec Marion, je dois même lui rappeler qu’elle n’a que trois ans !

Quant à moi, c’est bien simple, Marion m’a transformée. Ce sont toutes mes valeurs qui ont été bouleversées. Avoir de l’argent, une position sociale, tout ce dont j’étais si fière ne compte plus. Je me moque que certaines de nos relations se soient détournées de nous parce que la présence de notre fille les gênait - l’une de mes ex-amies a même osé me dire qu’elle nous plaignait d’avoir une enfant handicapée !

Avec Marion, j’ai appris le sens des priorités. Un “Je t’aime, maman” prononcé maladroitement, un petit exercice qu’elle réussit après dix échecs, la voir jouer heureuse dans le jardin avec son frère ou sa sœur…voilà ce qui compte ! Je suis devenue quelqu’un de meilleur, de plus profond, et ça, c’est à Marion que je le dois … »

 

"Le monde du handicap est humain, solidaire, aimant"

Renée B., Nord, La Croix, 29 mai 2000

« Mère d’un enfant trisomique ayant un grave handicap cardiaque associé, et qui a maintenant 34 ans, je sais, pour l’avoir vécu, la déception, l’immense chagrin, l’anéantissement, mais réagir sous le coup de cette immense déception, c’est poser un acte irréversible.
Un médecin ne peut à lui seul (et même à plusieurs) juger si la famille est capable ou non de porter, d’aimer cet enfant. Il faudrait qu’un ou une représentante des associations de parents d'enfants handicapés vienne dire à quel point ils sont aimants, attachants, rieurs souvent, heureux de vivre finalement, lorsqu'ils sont dans une famille ou un centre d’éducateurs adaptés. (…) et puis les enfants dits "parfaits" ont aussi leurs problèmes.

Médecins, dites aux parents de réfléchir, de prendre conseil, surtout auprès de ceux qui sont entrés avant eux dans ce monde à part du handicap, qui n’est pas l’horreur qu’on imagine, mais souvent un monde plus humain, plus solidaire, plus aimant. (…) »


"Comment résister à son sourire ?"

Annie, journal de l’UNAPEI n°56, septembre 2001

« Dans cette histoire, il y a le père, la mère (moi), et les trois enfants âgés de seize à vingt-deux ans. Celui du milieu est « notre bébé géant » : handicapé moteur et cérébral de naissance, Frédéric a la taille d’un adulte de vingt ans, mais le comportement d’un petit de six mois – il ne marche pas, il ne parle pas, il nous regarde et… comment résister à son sourire ? Depuis sa naissance, notre histoire a eu des hauts, des bas, c’est évident. […]

Le choix que nous revendiquons, ma tribu et moi-même, c’est que cette histoire ne soit pas triste. Des problèmes, il y en a, de l’énergie, il en faut, on le sait. Cela ne nous empêche pas de vivre, de rire, de nous en sortir, tous ensemble. Le grand frère et la petite sœur de Fred participent avec entrain à l’organisation quotidienne des gardes, le père sait calmer les esprits échauffés, la mère organiser des fêtes mémorables dans la cour de l’immeuble… On s’amuse beaucoup, on se déguise, on chante… Ne faut-il pas vivre, et bien vivre, avec ce que la vie nous offre de bonheurs et de malheurs ?

Et quand le moral vient à flancher, nous regardons Frédéric : lui, que ça aille bien ou pas, de toutes façons, s’il a envie de s’éclater, il s’éclate ! Alors très vite, nous reprenons espoir […] »

NDLR : Annie Merlie a entrepris de raconter son histoire autour de Frédéric. Ne trouvant pas d’éditeur prêt à se lancer dans l’aventure, elle a décidé d’autoéditer son livre, intitulé "Huit bras pour un cerf-volant". Pour vous procurer cet ouvrage de 200 pages, n’hésitez pas à la contacter : Annie Merli, 179, avenue Jean Jaurès – 93300 AUBERVILLIERS – Tél : 01.43.52.88.35

Voir ausi le site de l'UNAPEI (Union Nationale des Associations de Parents et Amis de Personnes Handicapées Mentales) »


"Il ne faut pas avoir peur d’avoir un enfant trisomique"

Ruggiero Raimondi, chanteur, Le Spectacle du Monde, mars 1998

Interview de Ruggiero Raimondi, l’un des monstres sacrés de l’art lyrique, baryton-basse, au mensuel Spectacle du Monde.

« - « Vous aidez beaucoup les enfants trisomiques par des concerts donnés à leur profit… »

- R. Raimondi : « J’ai moi-même un fils trisomique. Si je chante, c’est pour permettre à ces enfants de partir à la montagne, d’apprendre dans des écoles spécialisées. C’est aussi pour aider ceux qui travaillent à la recherche dans ce domaine (La Fondation Lejeune, NDRL). Et puis, je crois que mère Térésa avait raison lorsqu’elle disait que ces enfants étaient des professeurs d’amour. Leur pureté est déroutante : en société, mon fils sait ceux qui l’aiment et ceux qu’il gêne. Son dynamisme et sa joie de vivre sont exemplaires et épuisants. »

- « Quelle fut votre réaction quand vous avez appris que votre fils était trisomique ? »

- « J’ai été très choqué. Le médecin qui était là m’a dit que ce serait un végétal toute sa vie. S’il le voyait aujourd’hui… En fait, j’ai eu la chance d’avoir été éclairé par le professeur Marie-Odile Réthoré, qui m’a fait réaliser que c’était un enfant comme les autres, qu’il pourrait être heureux. Aujourd’hui, il est heureux. »

- « Il vous suit partout ? »

- R. Raimondi : « Il ne faut pas avoir peur de mettre son enfant en contact avec le monde. Moi qui suis timide, j’avais peur de le faire sortir avec nous, mais ma femme m’a convaincu. J’ai vu que Rodrigo aimait beaucoup rencontrer les gens. Et qu’il se faisait toujours accepter. Nous l’emmenons le plus possible avec nous. Cet hiver, il a même skié, pour la première fois avec ses trois frères aînés. Quel plaisir de le voir dévaler les pistes noires ! »

- « Votre sérénité est exemplaire ».

- R. Raimondi : « Je ne sais pas. Je voudrais seulement dire que Rodrigo est pour moi une grâce. Qu’il ne faut pas avoir peur d’avoir un enfant trisomique. Parce qu’il nous apporte énormément. Parce que nous devrions spontanément les aimer. Le problème vient de nous, il ne vient pas d’eux ». »


"L’amour est la réponse à tout"

Damon Hill, Paris Match et La lettre de la Fondation Lejeune, septembre 2000

Interview de Damon Hill, coureur automobile, et de sa femme, Georgie, à Paris Match

« - Damon Hill : « Oliver, l’aîné, souffre de trisomie. Je me sens très protecteur envers lui. Il a énormément besoin d’attention. »

- Paris Match : « Georgie, un test lors de la grossesse n’aurait-il pas permis de détecter cette anomalie ? »

- Georgie Hill : « J’étais très jeune et les médecins n’ont pas jugé que ma grossesse présentait un risque. Ils n’ont donc pratiqué aucun examen particulier. Aujourd’hui, je ne regrette rien parce que si je les avais faits, ces tests, Oliver ne serait pas là. Or il est mon bonheur. C’est une joie de le voir progresser grâce à l’amour de ses parents et de ses frère et sœur. Il est notre fierté. »

- Paris-Match : Damon, vous militez activement dans une association regroupant des parents d’enfants handicapés. Vous y consacrez beaucoup de temps et d’argent.

- Damon Hill : « Bien sûr, nous sommes très concernés par ce problème ; mais il est de toutes façons nécessaire d’encourager ce genre d’actions pour faire progresser la médecine et soutenir les familles en difficulté, car un enfant trisomique a besoin d’aide toute sa vie. Plus tôt il est pris en charge, entouré de soins et d’amour, plus ses progrès sont notables. »

Interview de Damon Hill, coureur automobile, à La Lettre de la Fondation Lejeune (n°19 - septembre 2000)

« J’ai un fils Oliver, trisomique 21 qui a maintenant 11 ans. C’est un garçon merveilleux. Je veux l’aider à vivre sa vie pleinement. Nous avons su qu’il était trisomique après sa naissance. Nous n’avions pas fait de tests avant. Ce fut un véritable choc. Quand nous l’avons appris c’était trop tard. Aujourd’hui nous ne regrettons rien car si nous avions fait ces tests Oliver ne serait pas là, or il est notre bonheur. Oliver est vraiment une personne très très importante dans notre vie ! Nous l’aimons et il est un adorable petit bonhomme. Je crois qu’il a une vie de qualité, une vie bien remplie et heureuse, aussi heureuse que n’importe qui. (…)

Oliver est notre premier enfant et il est né un soir. Après l’accouchement je suis rentré chez moi. Je suis revenu le lendemain matin et les médecins voulaient nous voir. Georgie pleurait et ils ont simplement dit : « Quand est-ce que votre mari arrive ? Nous devons sérieusement vous parler. » Nous avons compris qu’il y avait un problème. Ils nous ont alors annoncé avec des têtes allongées qu’Oliver était trisomique. Et la façon dont ils nous ont dépeint le tableau était absolument épouvantable.
Oliver a maintenant 11 ans et il est tout sauf ce qu’ils nous avaient décrit. Il n’a pas eu trop de problèmes médicaux. Plus il est actif plus il est heureux. C’est un enfant qui a une vie normale. Il va à l’école. Il y est complètement intégré mais il va dans une école spécialisée. Il y est heureux. Il sait se servir d’un ordinateur. Il sait se servir mieux que moi du magnétoscope. Il connaît chaque film de Disney, chaque chanson et toutes les danses. Il est comme tous les autres garçons. Il a son tempérament. Il se bat avec sa sœur. Il peut écrire son nom. Il reconnaît et peut lire certains mots. Sa prononciation est très difficile, mais il se fait comprendre. Il adore la musique …Il est gai, amusant. Il a beaucoup d’humour. (…)

Ma femme était très malheureuse. Pour moi, la situation était simple : lorsque vous voyez un bébé et qu’il est le vôtre, vous vous dites que personne au monde ne l’aimera autant que vous. Alors vous ne le regardez pas de haut. Vous ne regardez que le moment présent. Vous avez un rôle à tenir qui est absolument indispensable et le futur va en quelque sorte prendre soin de vous. C’est en tous les cas la façon dont je vois les choses. Je me suis dit : « Bien, je ne sais pas ce que l’avenir nous réserve mais aujourd’hui nous devons agir avec ce que nous avons et voir comment cela va s’arranger. » Il n’y a pas eu vraiment de mûre réflexion. Comme tout parent, je voulais donner le meilleur à mon enfant. (…)

Il semble que lorsqu’il s’agit d’une naissance, le bébé doit correspondre à 100% aux critères prédéfinis, sinon c’est un échec. On vous regarde comme les acteurs d’une tragédie. Mais c’est la vie ! Ce n’est pas une tragédie ! (…)

Mais surtout cela vous fait réaliser que la société n’est pas prête à accueillir les personnes handicapées. La société propose qu’il n’y ait plus d’enfant trisomique : « On peut tout stopper avant la naissance ». Mais cela ne tient pas compte des sentiments, des émotions que peuvent ressentir les parents. Je parle seulement de ma propre expérience et de celle d’autres parents que j’ai écoutés. (…) Cette question devrait toucher tout le monde, elle est fondamentale parce qu’on nous demandera bientôt : « Comment voudriez-vous votre enfant ? Voulez-vous un enfant capuccino ou à la cannelle ? Vous le voulez au féminin ou au masculin ? De quelle couleur voulez-vous ses yeux ? » Nous voulons que les autres soient parfaits et c’est très pathétique. C’est très facile de simplement éliminer les trisomiques. Et quand il n’y aura plus de trisomiques ?
Ensuite qui désignera-t-on ? Les gens qui ont des gènes prédisant qu’ils ne seront pas bons en maths ? (…)

Je suis très très inquiet de toutes les tentatives faites pour « perfectionner » l’humanité. Nous sommes pris dans un engrenage, nous sommes sous pression, mais nous devons arrêter cela et choisir réellement là où nous allons. Il ne faut pas avoir peur. On a peur de ce qu’on ne comprend pas. Mais l’amour est la réponse à tout. Vous avez un enfant, vous l’aimez, simplement. Tous les enfants ont besoin d’amour pour s’épanouir et dans notre cas cela a été prouvé ! »

 


"Ceux que l'on met au monde"

Chanson de Linda Lemay, chanteuse canadienne
" Meilleur espoir féminin" aux Victoires de la Musique 2000
"Live" Capitole de Québec, 1999


« Et voilà que tu nais et que t’es pas normal
T’es dodu, t’es parfait, le problème est mental
(…)
T’es mon enfant d’amour
T’es mon enfant spécial
Un enfant pour toujours
Un cadeau des étoiles
(…)
Tu t’fous de ce que disent
Les auteurs des bouquins
T’arrives et tu m’adores
Et tu me fais confiance
De tout ton petit corps
De toute ta différence
(…)
On n’peut pas t’admirer
Autant que je t’admire
(…)
J’voudrais pas qu’on t’insulte
Et qu’on s’adresse à toi
Comme à un pauvre adulte
Parce qu’on t’connaîtrait pas
Si le diable s’arrange
Pour que tu me survives
Que Dieu me change en ange
Que je puisse te suivre ! »

 

 

"L’enfant handicapé est un moteur pour ses parents"

Chantal, La Croix, 29 mai 2000

« (…) Mon fils a aujourd’hui 33 ans. On m’avait annoncé une vie cauchemardesque lorsqu’il aurait l’âge adulte. On oublie toujours de dire aux parents que c’est justement l’enfant handicapé qui va être notre moteur, et va nous enrichir de tout ce qu’il ose être… tellement riche d’attention, d’affection, de gestes que l’on n’ose plus beaucoup aujourd’hui.
Il aime la vie, aussi bien dans son foyer CAT que lorsqu’il revient… surtout si un frère ou une sœur avec petits se trouve là. Ses qualités d’enfant ont mûri ; il reste celui qui rassemble.
Le handicap est évidemment un mal (…) mais la personne handicapée est une personne à part entière, encore un peu plus précieuse qu’une autre personne. Il nous appartient à tous de lui faire une place, de créer pour elle un milieu de vie adapté. (…) »


"Évidemment, c’est pas toujours évident d’assumer"

Violaine, Panorama, février 1994

« J’allais avoir quarante ans. J’attendais mon sixième enfant. On m’a proposé l’amniocentèse. J’ai accepté pour rassurer ma famille, en pensant qu’a priori il n’y avait rien. Mais j’ai dit que de toute façon, quel que soit le résultat, je garderai l’enfant. On m’a répondu : “Vous n’avez pas de temps à faire perdre aux généticiens.”

J’ai tout de même fait une amniocentèse. L’examen ne s’est pas bien passé. L’infirmière me disait : “Regardez : il met sa petite main à la bouche ! ”. J’ai répondu : “C’est un non-sens de concrétiser l’enfant s’il faut l’éliminer en cas de pépin”. L’annonce du résultat s’est faite par téléphone. Le généticien nous a convoqués le lendemain avec mon mari. “On va prendre rendez-vous pour une interruption de grossesse”, nous a-t-il dit, presque d’emblée.

On a demandé une quinzaine de jours pour réfléchir, mais on savait qu’on allait le garder. Pour l’homme qui ne porte pas le bébé, c’est beaucoup plus dur. Mon mari pensait bien qu'il fallait le garder, mais il voyait davantage que moi les conséquences matérielles dans la vie quotidienne. Il se sentait écrasé. Moi, je pensais que quand on met un enfant en route, c’est un risque qu’on prend.

L’avenir de nos enfants, on ne le connaît pas. On ne sait pas ce qui peut leur arriver. Un autre ratera peut-être sa vie… alors que celui-là sera peut-être plus heureux, si on l’entoure. Je suis retournée voir le médecin pour lui faire part de notre décision. Il m’a dit : “Il faut que vous sachiez qu’un enfant trisomique sur deux est cardiaque, qu’il peut mourir à sa naissance ou dans les jours qui suivent… Vous êtes prévenue. Mais puisque vous avez décidé de le garder, on arrête tout examen complémentaire.”

Il est né effectivement, prématurément, à sept mois, avec un problème cardiaque. L’équipe de la maternité a été surprise quand je leur ai annoncé : “Je vais accoucher d’un enfant trisomique. C’était la première fois qu’ils entendaient cela. Mais ils m’ont bien entourée et tout s’est très bien passé. Quand il est né, on m’a proposé la pouponnière pour m’aider, pour que la famille s’habitue. J’ai refusé.

Il a dû être opéré à quatre mois, après avoir failli mourir plusieurs fois. Quand j’ai dit au moment de ses opérations : “il est mal et il souffre”, le médecin a rejeté la pierre sur moi : “On vous a tout proposé”, m’a t’il répondu, l’air de dire “c’est de votre faute si il souffre”.

Maintenant, tout est rentré dans l’ordre, il va bien et on est heureux. Evidemment, c’est pas toujours évident d’assumer. Mais on assume d’autant mieux que l’enfant qu’on a, on a choisi de l’avoir, tel qu’il est, sans regretter. »

 

 

"Le handicap de mon fils ne lui enlève rien de sa dignité"

Bénédicte C., Essonne, La Croix, 29 mai 2000

« Mon mari et moi-même sommes parents de cinq enfants. L’aîné, Pierre (20 ans), est très lourdement handicapé, à la suite d’un accident de naissance. Je m’explique : très lourdement handicapé, c’est aucune autonomie physique (mais un sourire et des yeux merveilleux). (…)
Aujourd’hui, Pierre, avec toutes les limites qui sont les siennes, est un garçon heureux, et qui rend les autres heureux. Bien sûr, cela n’enlève rien à la souffrance, à la blessure. Elle est là, bien réelle, et la nier ne sert à rien ; il s’agit de vivre avec elle. Qui n’a pas sa blessure ? (…)

Ce qui est absolument dramatique (…), c’est que, puisque la médecine propose des examens, la plupart des gens se sont imaginés que cela équivalait à un certificat de conformité de l’enfant à naître. Mais un enfant attendu n’est pas comme un article commandé à La Redoute ou autre et qu’on se fait échanger ou rembourser s’il ne convient pas. Un enfant est un être vivant, unique, à la dignité unique qui ne se résume pas à ses aspects physiques ou à ses limites. L’enfant parfait n’existe pas, puisque la perfection n’existe pas sur terre. C’est pour cela que paternité et maternité sont une si grande aventure ; car nous prenons le risque de la vie, et que s’il y a vie, donc mouvement, échange, avancée, recul, il y a imperfection, sinon ce n’est pas la vie. (…)

Certains pourront me rétorquer, et ils auront raison, qu’ils souhaitent avant tout le bonheur de leur enfant et qu’un handicap n’apporte pas avec lui de garantie de bonheur… C’est vrai ; mais (…) qu’est-ce qui prouve que le bonheur est proportionnel au degré de normalité ? Je connais des jeunes, beaux, intelligents, riches, cultivés, qui traînent leur mal-être, et de jeunes handicapés (notamment des trisomiques) qui dispensent autour d’eux une joie de vivre éclatante. (…)

Ce qui est vrai, c’est que le quotidien n’est pas forcément facile avec un enfant handicapé, encore que cela dépende du handicap. Ce qui est plus difficile, c’est que leur avenir est plus limité, on ne peut rêver, pour eux, à ce qu’ils feront éventuellement plus tard, et c’est une souffrance. Peut-être est-ce dû aussi à notre manque de cœur et d’imagination, car il en faut, il en faudrait pour inventer des lieux de vie authentiques qui soient pour eux de vrais foyers et où rayonne ce grand amour qu’ils sont capables d’exprimer ?
Et il faudrait aussi beaucoup d’argent et la société n’est pas forcément prête à en donner. (…)

Attention, je ne sacralise pas le handicap ou la souffrance. Toute maladie doit être combattue avec énergie. (…) Je n’aime pas mon fils parce qu’il est handicapé. Je l’aime tel qu’il est et il est lui-même, avec son handicap. Ce handicap ne lui enlève rien de sa dignité. »


 


"C’est sûr, il faut être épaulée"

Nadège, 35 ans, mariée, trois enfants, Marie-Claire, n° 573, mai 2000

« J’étais enceinte de mon troisième enfant, j’avais déjà un garçon de douze ans et une fille de trois ans. C’était ma troisième échographie, à quatre mois et demi de grossesse. Les deux précédentes, à un mois et trois mois, n’avaient rien signalé. Là, le gynécologue venait de me signaler que c’était un garçon. L’un ou l’autre, j’étais contente. Je le sentais bouger. Donc, c’était mon fils, Thierry. C’était Thierry. Mais l’examen n’était pas fini : « Il y a un bras que je ne vois pas bien, il doit être caché derrière le dos. On contrôlera dans huit jours. » m’a dit le médecin (…). Le spécialiste m’a affirmé tout net : « Madame, le bras s’arrête deux centimètres après le coude ». Je me suis effondrée. (…) J’ai pris tout mon temps pour revenir à la maison. « Il n’a rien d’autre : on le garde », a tranché tout de suite mon mari, alors que j’étais encore dans le doute. (…)

Le lendemain, je suis retournée voir mon gynéco. J’ai demandé : « Qu’est ce qu’on fait ? » (…), on a discuté longtemps. Avec les techniques de prothèse, il n’y aurait pas de problème pour son bras. Et il m’a répété : « Il a ses deux jambes, il va courir, Madame. » C’était mieux de présenter ce qu’on pouvait faire de positif, puisque ce n’était pas vraiment dramatique. Je suis retournée voir le médecin plusieurs fois dans les semaines qui ont suivi. Pour m’entendre dire : « Ca va aller ». C’est sûr, il faut être épaulée. (…)

Si je n’avais su qu’à la naissance de Thierry, au moins j’aurais vécu une grossesse tranquille. On culpabilise : « Qu’est ce que j’ai fait ? ». On a demandé chacun à nos parents s’ils avaient eu un problème. Rubéole, listériose, on a tout vérifié. Juste pour connaître la raison. Je préfèrerais encore savoir que c’est la pollution ou Tchernobyl, plutôt que moi. (…)

Dur, le regard des autres. Peu après la naissance de Thierry, dans la rue, une vieille dame a lancé : « Pourquoi les gynécos ne font pas partir ces enfants ? Combien ça va coûter à la Sécurité Sociale ? » Très dur aussi, l’idée d’acheter de la layette. C’était l’été, et je voulais à tout prix des manches longues. Enceinte, j’ai pu parler à la mère d’une petite fille à qui il manquait une jambe. Cela m’a rassurée. En plus, une jambe… Cela aurait été bien que je puisse voir des orthopédistes qui m’expliquent, qu’on me parle de l’association « Une main pour un enfant » qui nous guide aujourd’hui. J’aurais pris contact « pour voir » d’autres enfants, comment allait être Thierry.

Comme pour les autres, j’ai accouché par césarienne, endormie. J’avais peur de le voir (…). On me l’a présenté habillé en me demandant si je voulais voir son bras. Non, je préférais attendre pour ça. J’ai été vraiment choquée la première fois que je l’ai vu complètement nu, pour son bain. Mais c’était mon bébé. (…). Mais à chaque étape, je me suis demandée comment il allait tenir assis, marcher à quatre pattes, se lever, marcher… L’avenir m’angoisse pour lui, mais aujourd’hui, à deux ans et demi, il n’a pas besoin de deux bras pour monter sur la table ! (…) Mais Thierry nous a apporté beaucoup. A commencer par la tolérance. »

 

 

JE SUIS HANDICAPE

"Chacun a le droit à sa chance"

Alexandra Kramoroff, tétraplégique, "Les personnes handicapées face au diagnostic pré-natal", de Nicole Diederich, sociologue et Danielle Moyse, chercheur au CNRS, Erès, 2001.

« Alexandra est tétraplégique de naissance. Docteur en biochimie, elle vit en couple.

Je suis née avec une malformation de la moelle épinière survenue lors du développement fœtal. Par chance, les échographies de l'époque étaient de mauvaise qualité. Aucun diagnostic prénatal n'a donc pu être effectué. Aussi, je suis née quasiment tétraplégique.
Avec amour, bon sens et acharnement, ma mère m'a élevée et scolarisée en milieu ordinaire. Aujourd'hui, j'ai 28 ans. Je suis heureuse et épanouie. J'ai achevé des études d'ingénieur chimiste et prépare un doctorat de biochimie. Ma vie extrascolaire est pleine d'activités associatives et de rencontres entre amis. Certes, je me déplace en fauteuil électrique et mes gestes sont souvent lents et difficiles (…).

Choisir d'avoir un enfant, c'est toujours prendre un risque. Il peut être anorexique à 20 ans, se droguer à 17, avoir un accident de vélo à 12 ans, une leucémie à 7 ans, etc. (…) Pour moi, une malformation fœtale ou d'origine génétique est du même ressort. (…) Pour moi, tout n'est pas rose, mais le bilan est positif. (…) Chacun a le droit à sa chance et je suis heureuse d'avoir eu la mienne.»

 

 

"Aujourd’hui personne n’aurait envie que je n’existe pas"

Louise, 29 ans, ingénieur chimiste, tétraplégique, Libération, 13 décembre 2001

« J’ai 29 ans, à l’époque l’échographie était balbutiante, ils n’ont pas détecté le problème. J’ai vraisemblablement manqué d’oxygène à la fin de la grossesse de ma mère, je souffre donc d’une espèce de tétraplégie, je bouge tout, mais infiniment peu. En tout cas, ils n’ont rien vu et si je rencontrais l’échographiste, je l’embrasserais.
Ma mère n’a eu aucun cas de conscience, quand je suis arrivée, je ne bougeais pas, mais j’étais là (…) elle a assumé et aujourd’hui personne n’aurait envie que je n’existe pas. Demandez à mon mari.

C’est vrai que ça a été dur pour elle : l’homme avec qui elle vivait ne voulait pas de moi, il voulait me placer dans un centre. Aucune école publique ne voulait de moi, ma mère a dû payer une école privée avec son seul salaire. (…)
J’ai trouvé du travail dès la fin de mes études. Ils ont aménagé certains locaux, les toilettes, et un monte-charge pour la cantine.
(…) Si j’attendais un enfant, (…), je crois que je préfèrerais faire le moins d’échographies possibles. Si on apprend qu’il est handicapé et qu’on décide de le garder, aux yeux de la société on en devient responsable. [Je regrette] ce regard culpabilisateur, ce manque de solidarité.
»

 

"L’amour de mes parents m’a poussé à me battre"

Hirotada Ototake, journaliste sportif, sans bras ni jambes, France Soir, 29 novembre 2000, auteur d’un plaidoyer pour la vie "Personne n'est parfait" (Presses de la renaissance)

« De passage en France, il aurait aimé interviewer Zidane, mais son emploi du temps serré ne lui en laissera pas l’occasion. Journaliste sportif au Japon, Hirotada Ototake est venu dans l’hexagone pour rencontrer un de ses compatriotes, joueur dans l’équipe de rugby de Coulommiers. S’il a le temps, il ira faire les magasins : "J’adore m’acheter des habits !" avoue le jeune homme, les yeux pétillants de malice.

Ototake est né il y a 24 ans, sans bras ni jambes. Son infirmité s’appelle "tétra-amélie congénitale", et personne n’en connaît la cause. "Pour une raison qui m’échappe, je suis arrivé sous les traits d’un individu d’exception dont l’apparence est plus que saisissante", écrit-il au début de son livre "Personne n’est parfait", dont l’édition française vient de sortir.
"J’ai eu envie d’écrire ce livre parce qu’au Japon les gens sont persuadés que les personnes qui ont un handicap sont malheureuses. Ce n’est pas vrai ! Je veux leur dire que j’ai une vie très sympa."

Une éducation semblable aux autres

La première fois qu’elle l’a vu, sa mère n’a pas réagi à son infirmité. Oto était né depuis trois semaines et elle n’avait pas encore pu l’apercevoir. Prévenue -à peine- qu’il y avait un problème, elle a pris son enfant dans ses bras, et, tout à coup, s’est écriée : "Comme il est mignon !"
" Je crois que cette première rencontre a déterminé la suite de ma vie et lui a donné tout son sens, déclare Oto. Mes parents ne se sont jamais appesantis sur mon handicap, ils m’ont éduqué comme tout le monde."

A force d’acharnement, Oto réussit à fréquenter une école classique. Son instituteur de cours préparatoire le traite comme une personne autonome pour qu’il le devienne. Il interdit aux autres enfants de lui venir en aide, afin qu’il apprenne à monter sur sa chaise ou à attraper seul sa trousse, utilisant les débuts de bras et de jambes qui lui font office de membres. L’instituteur force Oto à se passer le plus souvent possible de son fauteuil roulant : il apprend alors à se mouvoir plus rapidement sur ses petites cuisses. Indispensable à son autonomie.
Le succès de cette éducation est telle qu’Oto dira s’être aperçu qu’il était un "handicapé" à 20 ans, au cours d’une longue nuit de réflexion…

Ce qui lui manque, Oto le compense par une déferlante d’énergie. Pour le meilleur et pour le pire ! Toute sa jeunesse, il fait preuve d’un caractère autoritaire infernal. (…)
Impressionnant de volonté, Oto ne doute de rien : il veut apprendre le basket ? Il y jouera, sans fauteuil, au milieu d’une équipe de grands gaillards. Il veut faire de la natation ? Il plongera dans l’eau, tête la première, et fera ses longueurs de piscine sous les applaudissements de ses camarades. Plus tard, Oto décrochera une licence en sciences politiques et économiques.

"Il y a des choses que je ne ferai jamais. Mais tout ce que j’ai profondément désiré faire, j’ai réussi à le faire." A ce stade, ce n’est plus du courage… Plutôt de l’inconscience, qui trouve son origine, dans un immense amour de la vie. "Depuis que je suis né, j’ai toujours vécu avec beaucoup d’enthousiasme. Ce sont les rencontres avec les gens qui m’ont donné cette énergie."

Passer un message

En deux ans, son livre est devenu un véritable best-seller : 5 millions d’exemplaires vendus dans le monde depuis sa sortie, en 1998, dont 3,5 millions au Japon. Depuis, Oto est devenu journaliste sportif. (…) Au Japon, Ototake travaille pour un bimensuel sportif et réalise des interviews de champions pour la télévision. (…)

Il ne veut surtout pas donner de conseils ou de leçons. Il souhaite juste faire passer un message : "Pas besoin d’être parfait pour être heureux". Et Oto est heureux. Son livre vibre d’une immense énergie, émouvante et riche.
Une incroyable leçon de bonheur, quoi qu’il en dise
. »

 

 

"Personnellement, je n’ai jamais regretté d’être née"

Claire, tétraplégique, La Croix, 29 novembre 2001

« Personnellement, je n’ai jamais regretté d’être née. Je connais tellement de gens valides et qui se plaignent que leur vie est nulle ou ennuyeuse… Moi, je suis plus heureuse que certaines personnes qui s’occupent de moi, et ça les agace. Elles me trouvent naïve et me reprochent de ne rien connaître de la vie, parce que je n’ai, disent-elles, jamais eu de problème ! »

 

"D'où je viens"

Chanson du groupe de rock français Blankass
Album "L’ère de rien", 1998


Chanson sur un enfant trisomique

« D'où je viens
Je suis né avec de drôles d'idées
Rapportées de pays embrumés
Abîmé par les regards gênés
Mal soigné à bouffer des cachets
(…)
On disait que j'étais diminué
Moi je sais la terre où je suis né
N'est jamais sur les cartes imprimées

Pas bien né
Mal calé
Mais j'ai les dieux pour me garder
A vous parler je sais que j'ai
De la lumière à vous donner

On parlait de droits de liberté
Si bien faits, et on m'enferme à clé
Moi je rêve si j'ai les yeux bridés
C'est le soleil qui me les a tirés
D'où je viens on le sait pas très bien
(…)

Pas bien né
Mal calé
Mais j'ai les dieux pour me garder
A vous parler je sais que j'ai
De la lumière à vous donner. »


"L'aventure extrême : être tétraplégique et alpiniste de haut niveau"

Jean-François P., tétraplégique, "Le courrier de Saint-Ismier", décembre 2000

« Après une enfance itinérante, au gré de la carrière militaire de son père, et des études d’ingénieur, Jean-François P. commence à travailler à Lyon dans un centre d’études et de développement. Malgré ses origines parisiennes, c’est vers la montagne qu’il est irrésistiblement attiré. Alpiniste chevronné, il cherche donc à se rapprocher des sommets alpins. En 1973, il accepte d’emblée la proposition de Hewlett-Packard, et vient s’installer à Grenoble. C’est pendant ses études d’ingénieur qu’il s’initie avec un ami à l’escalade, puis à l’alpinisme. […]

En 1989, Jean-François P. est muté aux Etats-Unis. Son épouse et leurs deux filles l’ont rejoint depuis à peine quinze jours quand il a un accident de parapente. Après une intervention et trois mois d’hôpital, Jean-François P. rentre chez lui sur un fauteuil, il est tétraplégique. Il reprend son activité et ses responsabilités chez H-P quatre mois après son accident. « C’était le meilleur moyen de passer outre l’accident, de prendre de nouvelles marques. Je devais faire le deuil de la montagne, mais j’ai très vite retrouvé une activité sportive. » Il nage, skie même, avec les moyens du bord. Autour de lui, sa famille, ses amis le soutiennent moralement. Malgré la très grande latitude qui lui est laissée par ses supérieurs dans l’organisation de son travail, il préfère retourner en France et revient à Saint-Ismier un an et demi après son accident.

« Quand on est confronté au défi, qu’il soit physique, mental ou professionnel, nous devons trouver le chemin qui nous mène aux ressources que nous avons tous en nous. Dans cette quête, la montagne m’a souvent aidé. Les liens que l’on tisse avec ceux qui vous accompagnent sur ce chemin, sont très forts. »

Jean-François reprend ses fonctions de directeur de la qualité chez H-P. Il rencontre un énorme élan de solidarité dans son entreprise, de nombreuses lettres de ses collaborateurs lui témoignent leur soutien et leur cadeau, un fauteuil tout-terrain, lequel va lui donner un nouveau souffle. Ce petit kart en provenance des États-Unis lui permet de continuer son aventure avec la montagne. (…) Jean-François découvre qu’avec ce moyen, il peut parcourir des terrains difficiles d’accès. C’est une révélation. Enthousiasmé, il fait le vœu de faire une expédition tous les ans.

Même si les conditions changent, la sécurité est renforcée, la démarche est la même, aller loin, dans des contrées reculées. Sa femme Christiane l’accompagne dans ses nouvelles pérégrinations au Maroc, au Tibet, en Jordanie ou encore en Éthiopie. L’été dernier et pour la première fois, Jean-François a partagé sa passion de la montagne avec d’autres handicapés. Parti pour un treck de quatre semaines en Équateur avec sept personnes handicapées et onze valides, il découvre une situation nouvelle : « Ça a été fabuleux au niveau de l’entraide et de la solidarité. J’ai découvert ce qu’étaient les autres handicaps. On retrouve une joie de vivre, une envie de continuer, un enrichissement mutuel surmultiplié par le partage. C’est une très belle aventure. »

Tirés par des chevaux jusqu’à 5000 m, la descente est un pur moment de bonheur. « Le handicap m’a apporté une dimension nouvelle. A travers lui, j’ai découvert un aspect de la montagne que je ne connaissais pas avant. Au-delà de la montagne « dépassement », j’ai découvert la montagne « partage ». Je pars avec des gens qui m’aident, il y a une véritable entraide. Je suis toujours surpris de voir que les gens me rappellent pour participer à des expéditions. C’est fabuleux, c’est une vraie chaleur au cœur. Il n’y a pas eu de rupture entre avant et après, il y a ceux que l’on connaissait debout et ceux que l’on a connus assis, ce ne sont pas deux groupes disjoints. »

A la retraite depuis quelques mois, Jean-François P. a plus que jamais des projets plein la tête. […] »


"Une volonté de vivre inébranlable"

Extrait du mensuel féminin DS, novembre 2000

« Sur l'ongle, un piercing vert émeraude offert par mademoiselle Agnès et au poignet, trois bracelets en strass. D'un geste ample, L.C., 19 ans, apprentie styliste, exhibe fièrement ses dernières acquisitions. "Les bracelets, c'est Ophélie Winter qui m'en a fait cadeau." Dans ce petit bureau sans fenêtre, au troisième étage de Canal +, L. et la prêtresse de la mode de la chaîne cryptée parlent chiffon depuis une bonne demi-heure. L. s'emballe pour Christian Lacroix -"mon maître"-, mais aussi pour Isabelle Marant, Thierry Mugler, Lolita Lempicka. Juchée sur son fauteuil roulant entièrement électrifié, ses yeux bleu turquoise brillent lorsqu'elle évoque son défilé à Lyon le 25 novembre prochain. Pétillante, L. parle de son trac, de son excitation à la veille du grand jour. Elle a encore peine à y croire.

Difficile de comprendre comment cette jeune fille frêle, harnachée dans cet amas de ferraille, a réussi à concevoir, dessiner, fabriquer trente-cinq modèles de robes, toutes plus sophistiquées les unes que les autres. Car chacun de ses gestes s'exécute dans la souffrance. Même tenir un stylo n'est pas chose aisée. Pour dormir, L. porte un masque nasal qui l'aide à respirer, et les douleurs articulaires la réveillent parfois jusqu'à dix fois par nuit. Pas une minute de répit.

Un mal incurable l'a clouée au sol dès son plus jeune âge : l'amyotrophie spirale, une variante de la myopathie. "On s'en est rendu compte quand elle avait sept mois . Elle refusait de se déplacer. Au début, on pensait qu'elle était paresseuse", confie son père, M.C., dans un large sourire, couvant sa petite L. d'un regard admiratif. "Les spécialistes avaient pronostiqué une mort certaine avant l'âge de trois ans et regardez : elle est toujours vaillante et plus bagarreuse que jamais."
Bringuebalée d'hôpital en hôpital, L. développe une volonté de vivre inébranlable. A Garches, elle subira plusieurs opérations du dos. "J'étais enfermée dans un corset de dix kilos. Je ne pouvais que mettre des trucs informes, minimum taille 42. Alors je me suis jurée qu'un jour, j'arriverai à porter des vêtements sexy." Pendant ces deux années, confinée dans sa chambre d'hôpital, L. se met à rêver à une autre vie, en regardant les clips et les séries télé. Pour s'évader de ce corset, elle dessine des silhouettes. Au fil des mois, des centaines d'esquisses s'accumulent à côté de son lit. Elle entame une correspondance avec Christian Lacroix, à qui elle soumet ses travaux. "Il m'a toujours répondu très gentiment. Je savais que c'était ça ma vie."

A la sortie de l'hôpital, c'est le début de la grande désillusion. A cause du retard scolaire accumulé, elle est obligée de faire une croix sur les études. Toutes les portes se ferment. Le BEP de Lyon rejette son inscription. Motif invoqué : accès trop difficile à l'école à cause du fauteuil et incapacité à tenir un crayon. Poliment, on renvoie L. vers un centre spécialisé pour handicapés. (…) S'en suivent plusieurs mois de déprime. Seul son père refuse de déposer les armes. Une habitude chez ce divorcé, qui a lâché son job à France Telecom pour s'occuper exclusivement de sa fille. Du coup, de balayeur à technicien, il collectionne les petits boulots depuis onze ans. "Tout ce que je veux, c'est que L. prenne son indépendance. Pour que je puisse prendre la mienne aussi." Malgré "les années de galère où l'on ne savait pas de quoi serait fait le lendemain." (…). Aujourd'hui remarié et père d'une petite fille de deux ans, la santé et les rêves de sa L. restent une priorité.

Alors, (…) la hargne succède au blues. Cloîtrée chez elle, L. consacre tout son temps à monter son projet : faire un vrai défilé. Marie "une amie géniale", l'aide à fignoler ses croquis lorsque sa main faiblit. Robes aux décolletés plongeants, fourreaux, tenues de soirées, au total une centaine de créations. Le 23 novembre 1999, L. passe à une vitesse supérieure. Ce jour-là, Ophélie Winter, son idole, est invitée à NRJ Lyon. L. réussit à la croiser dans un couloir, le temps de lui expliquer en deux mots son projet et de lui griffonner son adresse e-mail. Le soir même, elle reçoit un message de la chanteuse qui lui donne rendez-vous deux semaines plus tard, au Téléthon. Séduite par la ténacité de la jeune femme, Ophélie Winter lui propose d'être son mannequin vedette.

"Après, tout s'est emballé", se souvient M. Pour L., il se transforme en redoutable attaché de presse. Le duo entre la chanteuse et la jeune myopathe séduit au-delà de toutes espérance. Mais c'est surtout "le très joli travail" de cette jeune fille de 19 ans qui convainc Lesage "himself": le pape de la broderie haute couture, qui travaille pour Chanel, Saint Laurent ou Dior, réalise gratuitement celles de ses robes. Entraînant un effet boule de neige : la styliste lyonnaise Fabienne Rot accepte de faire les 35 robes. L'Agence Elite lui prête une demi-douzaine de mannequins. Et Nilda Fernandes, un ami de Christian Lacroix, insiste pour jouer en live pendant le d&