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I Introduction
II Vécu de léquipe
soignante à travers les différentes étapes
de lIMG au CHU
1) Veille de lhospitalisation
2) Matin de lIMG : prise
de comprimés de Cytotec
3) Période dattente
avec la survenue de la douleur
4) Expulsion au bloc opératoire
5) La présentation du
ftus aux parents permet que lenfant imaginaire
devienne enfant réel et favorise le deuil
6) Séjour en hospitalisation
gynécologique

"LES MEANDRES MEDICO-SOCIAUX : POSITIONS
DES INSTITUTIONS POUR LES PERSONNES EN DIFFICULTE A L'OCCASION
DE LEUR GROSSESSE
Congrès
des gynécologues de Valence - 27/28 mars 1997
Quelques réflexions sur le vécu
de léquipe soignante lors de lIMG
I Introduction
« Jusquà
la moitié de ce siècle, la pratique de la sage-femme,
tant en exercice libéral quen milieu hospitalier,
était relativement simple et sereine : accompagner
la vie qui se perpétue de génération
en génération, présider aux naissances
en aidant et réconfortant les femmes en couches, prendre
soin des nouveau-nés. Tout cela formait pour les sages-femmes,
un vécu souvent heureux, voire exaltant qui heureusement
nest pas encore tout à fait absent !
Les difficultés pour nous ont commencé
avec lémergence de léchographie,
du diagnostic anté-natal et de la médecine ftale.
Lobservation du ftus in utero dont le mystère
était jusque-là préservé, a créé
de graves questions : quand le ftus présente
une anomalie, les parents sont confrontés dabord
à un effondrement de leurs espérances qui conduit
le plus souvent à devoir interrompre la grossesse "
médicalement ". Notons le passage de lappellation
ITG au sigle IMG, lorsque lon sest aperçu
que le terme " thérapeutique " ne soignait
personne, ni les malheureux parents, ni a fortiori, celui
dont on supprimait lexistence.
Alors, sommes-nous donc tous pris au piège
? Là où nous attendions la vie dun nouvel
être humain, cest la mort que nous allons devoir
donner à un ftus " imparfait ". Comment
dès lors suivre avec les " ex-futurs " parents
ces moments douloureux à lextrême, qui
font surgir en nous des questionnements dordre psychoaffectif,
moral ou religieux ?
Les sages-femmes ne peuvent rester indifférentes
: notre formation tout entière tournée vers
le " don de la vie " ne nous prépare pas
à affronter la situation dinterrompre cette vie,
même si, bien sûr, nous avons déjà
eu à vivre avec dautres parents la survenue dune
grossesse arrêtée, dune mort in utero ou
même à la naissance : ces situations tragiques
ont le goût et lexcuse dune certaine fatalité
derrière laquelle on peut se protéger.
En travaillant dans une maternité comprenant
un centre de diagnostic anté-natal, nous, les sages-femmes,
bien que nintervenant pas lors de la décision
dIMG, nous participons dans notre service activement
au déroulement de celle-ci :
- accueil des parents
- réalisation du protocole dIMG
- accompagnement pendant lhospitalisation.
Noublions pas cependant lexistence
de " la clause de conscience " selon larticle
L.162-8 de la loi du 31 décembre 1979, rappelant la
loi Veil de 1975, qui peut être invoquée par
tout médecin et soignant quel quil soit, "
car celui-ci nest jamais tenu de concourir à
une interruption de grossesse".
Dans les faits, cette décision nest
pas toujours très bien comprise. Nous avons volontairement
évité de différencier les indications
des IMG qui sont variablement vécues selon qu'il sagit
dun enfant trisomique ou dun enfant malformé
non viable ?.
Voyons à présent comment nos émotions,
nos sentiments, nos questionnements jalonnent au fur et à
mesure notre vécu des IMG.

II Vécu
de léquipe soignante à travers les différentes
étapes de lIMG au CHV
1) Veille de lhospitalisation
La prise de comprimés est le moment du
premier contact avec le couple ou la patiente. La patiente
prend ses comprimés de MYFEGINE en présence
du médecin et rentre ensuite chez elle. Souvent, nous
éprouvons de la gêne car nous ignorons le contexte
dans lequel se trouve le couple.
Cest le moment privilégié
pour créer un climat de confiance entre la sage-femme
et le couple. Nous linformons du protocole de linterruption
médicale de grossesse tel quil se pratique dans
notre service, compte tenu de toutes les incertitudes concernant
la durée, la douleur et le déroulement. Ceci
nous amène à répondre à leurs
différentes questions. Cest aussi, à notre
avis, le meilleur moment damener le couple à
réfléchir à l'éventualité
de voir leur enfant après la naissance.
A ce moment-là, notre qualité
découte et notre disponibilité engagent
le couple à exprimer plus facilement ses différentes
angoisses et sa détresse.
Il est important de leur expliquer que chacun deux,
la mère comme le père, a besoin du soutien de
la sage-femme, indépendamment de laide quils
peuvent sapporter mutuellement : je citerai lexemple
de ce père qui, à ce propos, sest effondré
en larmes, comme soulagé de ce devoir de soutien auprès
de sa femme, quil sétait imposé.

2) Matin de lIMG
: prise de comprimés de Cytotec
La prise de comprimés de Cytotec se fait
au moment du changement de garde des sages-femmes. Celle qui
commence sa garde ressent souvent un malaise devant le couple
quelle ne connaît pas. Le lien doit être
créé par la collègue qui termine sa garde
en présentant sa remplaçante au couple.
Parfois, selon nos propres convictions ou suivant le contexte
dans lequel se déroule lIMG, nous serons plus
ou moins à laise pour donner ces comprimés.
Lors de la prise des comprimés, nous
participons à lacte et nous nous sentons responsables.
De plus, la souffrance exprimée par le
couple fait souvent écho en nous.
La sage-femme qui commence sa garde ressent
parfois le besoin de sentretenir avec le couple pour
resituer ce qui sest déjà passé
pour eux. Le fait de mal connaître le contexte fait
que, quelquefois, cela bride la conversation et il se crée
ce que lon pourrait appeler un certain immobilisme verbal
et physique manifestant notre gêne.

3)
Période dattente avec la survenue de la douleur
Nous nous sentons impuissantes à soulager
la douleur physique qui se surajoute à la douleur morale.
Dans notre pratique, nous ne disposons pour ces femmes, ni
de péridurale, ni dautre thérapeutique
efficace sur la douleur. Seul le Dolosal nous permet de soulager
mais de manière souvent insatisfaisante.
La notion dincertitude, quant à
lissue de cette interruption de grossesse, renforce
encore notre sentiment dimpuissance.
De plus, nous restons sur le qui-vive car nous
craignons toujours que le col se dilate brutalement, et que,
de ce fait, la femme soit seule au moment de lexpulsion.
Par ailleurs, lorsque la douleur nentraîne
aucune modification du col utérin, celle-ci nous semble
injuste et inacceptable de par son inutilité. Cest
pourquoi cette période nous paraît longue et
difficile, tant pour le couple que pour léquipe
soignante.

4) Expulsion au bloc opératoire
Lexpulsion a lieu au bloc opératoire,
parfois précipitamment car la dilatation se fait de
façon imprévisible.
Léventualité que lenfant
puisse ne pas être tout à fait sans vie à
la naissance, alors quil est non viable, nous angoisse
: nous ne savons pas quelle attitude adopter dans ce cas-là.
Nous encourageons les femmes qui le souhaitent
à être consciente au moment de lexpulsion,
car notre formation avec Mme MOLENAT nous a appris que cela
pouvait les aider à faire le deuil de cet enfant-là.
Certaines drogues, comme lHypnovel, administrées
par les anesthésistes, au moment de lexpulsion
ou de la révision utérine, entraînent
une amnésie. Et nous avons remarqué que ces
femmes nous demandent dans les suites de leur raconter les
événements dans leur chronologie, ce qui nous
place dans la situation délicate et inconfortable de
témoin.
Je me suis une fois trouvée dans cette situation, où
la patiente sétant renseignée sur mes
jours de présence dans le service, est revenue 3 jours
après lexpulsion, puis un mois jour pour jour
et encore 15 jours plus tard, chaque fois pour que je lui
raconte à nouveau ce qui sétait passé.
Son souvenir diffus lui laissait croire quelle avait
imaginé les événements et quils
nétaient pas réels.
Il apparaît donc important que les drogues
injectées nentraînent aucune amnésie,
ceci pour faciliter le processus de deuil ultérieur.
Nous avons pu échanger ce que nous vivions
avec les aides-soignantes du service. Celles-ci nous ont surtout
parlé de ce quelles vivaient au bloc opératoire.
Elles éprouvent un malaise devant le ftus qui
nest parfois pas mort et certaines ont dit quelles
avaient limpression quil luttait pour vivre ou
quil voulait vivre.
Dautres éprouvent aussi de la culpabilité
devant la mort de lenfant et imaginent que la femme
les croit coupables de ce qui arrive.
Dautres encore, se sont senties complices
de lacte de foeticide.

5) La présentation
du ftus aux parents permet que lenfant imaginaire
devienne enfant réel et favorise le deuil
La plupart du temps, nous avons pu parler avec
le couple de la possibilité quil a de voir lenfant
et les parents ont pu librement choisir de le voir ou non.
Cependant, nous craignons de les influencer dans un sens ou
dans lautre en ne leur exposant pas de façon
assez neutre toutes les possibilités quils ont,
et nous éprouvons des difficultés pour communiquer
avec les parents et connaître leur véritable
désir vis-à-vis de lenfant.
Lorsque le couple a choisi de voir cet enfant,
nous nous efforçons de rester à lécoute
de leur désir, quant aux conditions dans lesquelles
ils souhaitent le voir : sera-t-il habillé ou non,
les parents désirent-ils rester seuls avec lui ou non.
Chaque situation restant un cas particulier.
Au moment où nous amenons lenfant
auprès des parents, nous avons souvent remarqué
que les émotions vécues par le couple résonnent
en nous et il est difficile de garder la bonne distance qui
permettra de les accompagner le mieux possible.
En effet, certaines dentre nous sidentifient
à leur vécu - on est souvent ému de les
voir émus - ou au contraire prennent beaucoup de recul
pour ne pas se laisser envahir par le débordement démotion
du couple.

6) Séjour en hospitalisation
gynécologique
Après lexpulsion, la durée
dhospitalisation est denviron 2 à 3 jours.
Nous avons pu échanger notre ressenti avec léquipe
daides-soignantes de notre service.
Le personnel éprouve de la gêne devant la femme
prostrée ou la femme qui pleure ou bien le silence
qui règne parfois dans la chambre.
Nous ne savons pas quoi dire et souvent nous
avons peur daccentuer la souffrance ou davoir
des propos inadéquats.
Léquipe soignante ressent souvent
un malaise devant ces femmes et nous avons remarqué
que parfois un mutisme sinstallait même entre
les membres de léquipe lorsquils se trouvent
dans la chambre.
Certaines se sentent impuissantes, inutiles
ou même de trop.
Les aides-soignantes nous ont exprimé
leur peur de parler avec ces femmes, de trop en dire ou pas
assez, ceci, souvent par manque dinformations concernant
lhistoire vécue par la femme. Léquipe
daides-soignantes a déploré le fait que
souvent il existe un manque de concertation entre les différents
membres de léquipe. »
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