Chanson : « Ceux que l’on met au monde »

Chanson de Linda Lemay, chanteuse canadienne

Ceux que l’on met au monde ne nous appartiennent pas
C’est ce que l’on nous montre et c’est ce que l’on croit
Ils ont une vie à vivre, ont des pas destinés,
Des chemins qu’ils vont suivre, ils devront décider

C’est une belle histoire que cette indépendance,
Une fois passé les boires et la petite enfance
Qu’il ne faille rien nouer qu’on puisse pas défaire,
Que des noeuds pas serrés, des boucles si l’on préfère

Ceux que l’on aide à naître ne nous appartiennent pas
Ils sont ce qu’ils veulent être qu’on en soit fiers ou pas
C’est ce que l’on nous dit, c’est ce qui est écrit,
La bonne philosophie, la grande psychologie

Et voilà que tu naît et que t’es pas normal,
T’es dodu, t’es parfait, le problème est mental
Et voilà que c’est pas vrai que tu vas faire ton chemin,
Que t’arrêteras jamais de n’être qu’un gamin

Tu fais tes premiers pas, on se laisse émouvoir,
Mais les pas que tu feras ne te mèneront nulle part
Qui es tu? si t’es pas un adulte en devenir,
Si c’est ma jupe à moi pour toujours qui t’attire

C’est pas ce qu’on m’avait dit, j’étais pas préparée,
T’es à moi pour la vie, le bon Dieu c’est trompé
Et y’a le diable qui rit dans sa barbe de feu,
Et qui me puni de l’avoir prié un peu

Pour que tu m’appartiennes à la vie à la mort,
Il t’a changé en teigne, il t’as jeté un sort
T’es mon enfant d’amour, t’es mon enfant spécial,
Un enfant pour toujours, un cadeau des étoiles

Un enfant à jamais, un enfant anormal,
C’est ce que j’espérais, alors pourquoi j’ai mal?
J’aurais pas réussi à me détacher de toi,
Le destin est gentil, tu ne t’en iras pas

T’auras pas 18 ans de la même façon,
Que ceux que le temps rend plus hommes que garçons
T’auras besoin de moi, mon éternel enfant,
Tu ne t’en iras pas en appartement

Ta jeunesse me suivra jusque dans ma vieillesse,
Le docteur a dit ça, c’était comme une promesse
Moi qui avait tellement peur de te voir m’échapper,
Voilà que ton petit coeur, me jure fidélité

Toute ma vie durant je conserverai mes droits,
Mes tâches de Maman et tu m’appartiendras
Ceux que l’on met au monde ne nous appartiennent pas
C’est ce que l’on nous montre, c’est ce que l’on croit,

C’est une belle histoire que cette histoire là
Mais voilà que surprise, mon enfant m’appartient,
Tu te fous de ce que dises les auteurs des bouquins,
T’arrives et tu m’adores, tu me fais confiance,
De tout ton petit corps, de toute ta différence

Je serai pas là de passage comme les autres parents,
Qui font dans un mariage le deuil de leur enfant
J’aurai le privilège de te border chaque soir,
Et certains jours de neige, de te mettre ton foulard
À l’âge où d’autres n’ont que cette visite rare,
Qui vient et qui repart par soir de réveillon

Tu seras le bâton de ma vieillesse précoce,
En même temps que le boulet qui traînera mes forces
Tu ne connais que moi et ton ami Pierrot,
Que je te décris tout bas quand tu vas faire dodo

Et tu prends pour acquis que je serai toujours là,
Pour t’apprendre cette vie que tu n’apprendras pas
Car ta vie s’est figée et la mienne passera
Je me surprends à souhaiter que tu trépasses avant moi,

On peut pas t’admirer autant que je t’admire
Moi qui ai la fierté de te voir m’appartenir
Je voudrais pas qu’on t’insulte et qu’on s’adresse à toi
Comme à un pauvre adulte parce qu’on te connaîtra pas
Si le diable s’arrange pour que tu me survives,
Que Dieu me change en ange que je puisse te suivre

Ceux que l’on met au monde ne nous appartiennes pas
A moins de mettre au monde un enfant comme toi
C’est une belle histoire que celle qui est nôtre
Pourtant je donnerais ma vie pour que tu sois comme les autres