« Ce bébé pas tout à fait voulu »

« Parents »

 

bébé surpriseBébé surprise…

Trop tôt, trop tard, ou simplement « en trop », parce qu’il y a déjà plusieurs enfants à la maison : la caractéristique du bébé surprise, c’est précisément d’être le grain de sable qui vient gripper la mécanique bien huilée de nos projets.

Contrairement aux idées reçues, ces grossesses inopinées sont loin d’être réservées aux adolescentes mal informées (à peine 2% des naissances), mais surviennent dans tous les milieux et à tous les âges de la vie. Même chez des mères de familles nombreuses a priori averties !

Comme des passagers clandestins, les bébés surprises embarquent ainsi dans la vie de leurs parents à la faveur d’un accroc du destin. Et s’ils contrarient sur le moment les trajectoires bien tracées, nombreux sont ceux qui, en définitive, savent prendre toute leur place dans le cœur de ceux qui n’avaient pas choisi de les mettre au monde.

Très jeune mère :

Blandine, rejoint malgré elle le bataillon des toutes jeunes mères : celle que l’on prend encore souvent, à 25 ans, pour la baby-sitter de son fils Gabriel (6 ans ce mois-ci) s’est retrouvée enceinte alors qu’elle vivait encore chez ses parents. « J’étais en 2ème année de droit, je connaissais le papa depuis 9 mois, on était jeunes, amoureux… Mais on n’avait évidemment pas prévu d’être parents si tôt ! Et pour Thibaut et moi, garder ce bébé, c’était comme un challenge. Car, passer des examens de licence une semaine après avoir accouché, ça n’a rien d’évident ! » Du côté de l’entourage, la nouvelle fait souvent l’effet d’une petite bombe. « Pour ma mère, ça a été très dur de se retrouver grand-mère à 42 ans. Nos amis, eux, flippaient à l’idée qu’on ne serait plus disponibles », se souvient Blandine.

La norme du bébé programmé :

Sortir de la norme du bébé programmé au « bon » moment, c’est effectivement s’exposer à des regards surpris, voire à une franche incompréhension. (…)

« « Une catastrophe !  » Le jour où son test de grossesse s’est révélé positif, Delphine a cru que le ciel luitombait sur la tête. A 44 ans, elle avait fait depuis longtemps le choix d’une vie sans enfant. « Ma liberté, c’est sacré, explique-t-elle. Alors, un bébé ! J’ai ruminé la nouvelle pendant trois jours, et pleuré, pleuré… Si mon ami ne m’avait pas dit « On le garde », j’aurais envisagé une IVG. » Aujourd’hui, maman d’un petit François de 11 mois, Delphine n’est toujours pas revenue de sa métamorphose. « Un bébé, c’est fabuleux, ça apporte un équilibre incroyable, s’enthousiasme-t-elle. J’ai arrêté le nombrilisme, j’ai construit quelque chose. » Et de conclure, pensive : « C’est ce qui s’appelle un heureux accident. »

Marie-José, 45 ans, mariée, mère de 4 enfants (24, 17, 11 et 2 ans) est tombée enceinte de sa dernière à 43 ans. « J’ai pensé à l’IVG, parce qu’au niveau financier, c’était pas possible d’avoir un 4ème, mais en fait, je voulais pas trop. Mon mari, lui, était pour l’IVG. Je me suis rendue compte que j’étais enceinte à environ deux mois de grossesse. J’ai essayé d’avorter à Paris, mais le médecin n’a pas voulu. Impossible d’aller à l’étranger, c’était trop cher. Du coup, à la fin, j’ai décidé de le garder. Maintenant, c’est une belle petite fille. Elle a 2 ans, elle s’appelle Stéphanie. Finalement, je suis bien contente d’avoir cette petite fille.

« Je sais, se laisser surprendre après 3 enfants, ça paraît complètement fou, convient Claire, 38 ans.Mais j’en avais assez de la pilule (…). Je suis restée ainsi un an à jouer au « pas vu, pas pris ». Jusqu’au jour où… »

Même quand, a priori, on est ouvert à l’arrivée d’un enfant supplémentaire, le choix d’accueillir letrouble-fête reste une décision difficile à assumer. « Je m’étais toujours dit : si un jour arrive un enfant non attendu, je le garde. Mais quand Raphaël s’est annoncé six mois après son grand frère, raconte Anaïs, ça m’a fait un choc. Moi qui voulais évoluer dans mon métier d’infirmière, j’étais bonne pour un nouveau congé de maternité ! Le plus partant, finalement, c’était mon mari. »

Le désir d’enfant est irrationnel :

« Depuis l’avènement de la contraception, nous vivons dans l’illusion d’une maîtrise totale de la procréation. Or le désir d’enfant garde une dimension irrationnelle. A côté du bébé dû, programmé, le bébé « don », celui dont on disait justement autrefois qu’il était « l’enfant du désir », n’a pas disparu. Chez certains couples, il peut même y avoir une satisfaction à ne pas tout maîtriser », observe Liliane F. , psychanalyste au service maternité obstétrique de l’hôpital franco-britannique (Levallois).

Blandine, à sa façon, illustre bien cette attitude paradoxale qui consiste à … choisir de ne pas choisir : « Je suis quelqu’un de très organisée par ailleurs, mais je trouve sympa de prendre son bébé comme un cadeau, sans se dire « voilà, il va arriver à tel moment. D’ailleurs, le frère de Gabriel, Vincent, est lui aussi arrivé un peu en avance… » témoigne-t-elle, un peu gênée tout de même de passer pour une récidiviste !

Enfants non attendus et profondément désirés :

De fait, il est des enfants non « attendus » qui sont, de façon inconsciente, profondément désirés. « Si j’ai tellement tardé à reprendre une contraception, c’est peut-être parce que je voulais laisser une porte ouverte, analyse aujourd’hui Claire. Mayalène, qui s’est emmêlée dans ses cycles, alors qu’elle les connaît parfaitement, avance une explication voisine : « Je suis tombée enceinte la semaine où ma nouvelle chef est arrivée. Une chef avec qui, comme par hasard, je n’avais aucune envie de travailler. »

« Certains enfants non désirés peuvent être, par la suite, aimés autant, voire plus que les autres. A l’inverse, être très désiré n’est nullement une garantie de bonheur pour un enfant. » note la psychanalyste Geneviève Delaiside Parseval (…).