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Deuil anté-natal > Témoignages parus dans la presse

 


DEUIL ANTE-NATAL

"Mon médecin (…) était gêné, muet"
Elisabeth, Alternative santé, 2001

"Que l’on puisse leur donner un prénom, les noter sur l’état civil"
Eugénie, Santé Magazine, 2001

DEUIL POST-NATAL

"Nubia est née le 26 mai 1998, elle est morte à 11h25"
Jocelyne et Laurent, extrait du livre blanc de l'association ANAA

"Seul un travail de deuil m'a permis de me relever"
Sophie, Lettre n°10, août 1996

 

DEUIL ANTE-NATAL

"Mon médecin (…) était gêné, muet"
Elisabeth, Alternative santé, 2001

« Il y a quatre ans, j’ai perdu mon fils Jules à sept mois de grossesse. Lors d’une échographie de routine, mon médecin a paniqué en voyant le bébé mort. Il était gêné, muet, comme les autres médecins à l’hôpital. Après l’accouchement, ils ont jeté un drap sur le corps du bébé et ils l’ont emporté. Je ne me suis sentie ni une personne, ni une femme, mais comme une vache. »

 

"Que l’on puisse leur donner un prénom, les noter sur l’état civil"
Eugénie, Santé Magazine, n° 311, novembre 2001

« Je souhaiterais que l’on considère les bébés nés et décédés avant 28 ou même 22 semaines de grossesse comme étant des enfants à part entière, et non des fœtus ou des embryons, afin que l’on puisse leur donner un prénom, les noter sur l’état civil et qu’ils aient droit à une sépulture décente. J’ai écrit au ministère de la Solidarité et il m’a été répondu qu’on travaillait à une réforme de l’état-civil à ce sujet. Quelle que soit la durée de vie de l’enfant, même si cette vie n’a été possible qu’in utero, sa venue a été désirée et attendue avec amour. Il doit donc être reconnu en tant que personne. »

 

 

DEUIL POST-NATAL

"Nubia est née le 26 mai 1998, elle est morte à 11h25"
Jocelyne et Laurent, extrait du livre blanc de l'association ANAA

« Sa vie a duré 42 semaines et 5 heures à notre premier bébé. La joie de son papa n'avait d'égale que la mienne, notre rêve de bonheur à 3 avait pris corps dans mon ventre. Neuf mois d'attente, d'espoir, de projets, neuf mois merveilleux. La première rencontre à l'échographie, ses premiers mouvements, nos jeux avec elle à travers mon ventre, l'achat de ses premiers vêtements, la décoration de sa chambre et puis enfin le jour de sa naissance.

Et là soudain, tout s'est mis à aller mal. Une césarienne en urgence sous anesthésie générale et mon bébé en réanimation à mon réveil, entre la vie et la mort. Son papa n'a pu que l'apercevoir (...). Personne ne l'a laissé approcher sa fille, ne lui a permis de lui parler, lui qui était père depuis 9 mois. Lorsqu'il arrivera dans le service de réanimation néonatale, Nubia vient juste de mourir. On lui proposera alors de la voir, ce qui lui avait été interdit lorsque Nubia était vivante. Mais ne lui restait plus en tête que l'idée de me rejoindre et de me prévenir.

Lorsqu'il est entré dans ma chambre et m'a dit que notre petite était morte, le monde a cessé d'exister. Le vide, un immense vide m'a envahie avant même la souffrance. Plus tard, je demandais à aller voir ma fille mais, en raison de mon état, cela ne put se faire que trois jours après. Trois longues journées de désespoir pendant lesquelles je conservais l'espoir fou d'une erreur.

Et puis l'attente au dépositoire pendant qu'on la préparait pour notre rencontre. Enfin la porte s'est ouverte, un petit berceau blanc aux parois translucides et à l'intérieur notre fille. Nous nous sommes approchés d'elle, serrés l'un contre l'autre, effrayés mais portés par le désir de nous retrouver tous les 3.

Elle était si jolie avec son abondante chevelure noire, son petit nez identique au mien, de grandes mains comme nous deux qui avons "des mains de pianistes". Et alors que je pensais lire sur son visage les marques de sa souffrance, elle avait l'air si paisible, sa bouche semblant esquisser un sourire. Je n'en revenais pas d'avoir pu concevoir un si beau bébé. Nous sommes restés là à la contempler, si malheureux, la vue brouillée par les larmes mais nous avons pu lui dire combien nous l'aimions et combien notre amour pour elle serait aussi éternel que cette minute. Mon seul regret est de ne pas l'avoir prise dans mes bras. J'aurais pu rester là à l'infini (...).

Ma mère pensait ne pas pouvoir supporter l'idée de la voir mais penser qu'elle n'aurait pas d'image de Nubia était encore plus insupportable. Finalement, les quatre grands-parents sont allés voir leur petite fille ensemble et si ce fut pour eux aussi un instant d'une douloureuse émotion, ils ne l'ont regretté à aucun moment.

La dernière fois que nous vîmes Nubia, ce fut le 11 juin 1998, jour de son enterrement, elle avait dans les bras le petit lapin rose offert par sa grand-mère. Un dernier instant seuls avec elle, puis l'effroyable chemin derrière le corbillard qui emportait le petit corps de notre éternel bébé (...).

Tous ces jours à la clinique, nous les avons vécus comme un cauchemar, un cauchemar désespéré, douloureux, injuste, révoltant mais comme hors du temps. Le retour à la maison, la chambre vide, le ventre vide, cela, c'était la réalité. Il n'y avait plus ni nuits ni jours, il n'y avait que l'absence et la présence envahissante de cette absence. Parfois, lorsque je m'endormais épuisée de souffrance, j'avais la sensation au réveil que Nubia était encore dans mon ventre, je sentais bouger ses petits pieds, là, contre mon coeur. Je n'avais qu'une envie, la rejoindre. Mon compagnon dans sa douleur ne supportait pas d'entendre parler de sa fille et j'en avais besoin. Aussi un jour, je décidais d'aller voir une psychiatre pour essayer de faire quelque chose pour continuer à vivre, cette immense douleur, la colère, la culpabilité, il fallait que je les sorte de moi sinon elles allaient me tuer.

Grâce à ce travail, Nubia a pris sa place dans ma vie, dans notre couple et dans notre famille et je n'ai pu la laisser mourir qu'après l'avoir fait vivre par la parole. Ce cheminement est long, long et chaotique, à la merci des dates anniversaires, d'un bébé dans la rue, d'une parole maladroite, d'une publicité, de Noël, d'une odeur, mais on avance tous les jours un peu (...).

Les premiers temps je regardais sa photo tous les jours (...). Aujourd'hui, je porte au poignet un bracelet avec un médaillon gravé au nom de Nubia , elle est le premier maillon de notre famille et j'espère y rajouter un médaillon pour chacun de nos enfants à venir. Car si Nubia est morte, l'amour qui lui a donné la vie et que nous éprouvons l'un pour l'autre est lui, toujours bien vivant. »

 

 

"Seul un travail de deuil m'a permis de me relever"
Sophie, Lettre n°10 de l'association Elisabeth Kübler-Ross (http://ekr.France.free.fr),
août 1996.

« Au petit matin du 28 mai 1983, à l'âge de 22 ans, je mettais au monde mon premier enfant tant attendu depuis ma petite enfance...

Le lendemain, montrant de grands signes de détresse, Bruno est évacué dans un centre hospitalier sans que je le revoie, le pédiatre me l'ayant déconseillé... Après une erreur de diagnostic et plusieurs tentatives de réanimation, Bruno rendait son dernier souffle le dimanche 29 mai à 17 heures, jour de la fête des Mères, des suites d'une septicémie foudroyante...

Mes amis se sont détournés de moi. (…) Le sujet était systématiquement évité malgré mes nombreuses tentatives pour partager mon chagrin. Mes parents eux-mêmes, trop en peine de me voir tant souffrir, ne savaient comment m'aider. Le "mal-être" s'est installé pendant des années ; psychothérapies et arrivée de deux autres beaux bébés ne l'ont pas chassé. La tristesse et l'angoisse étaient présentes, souvent enfouies mais prêtes à jaillir et à me submerger...

En 1990, mon fils Hugo, alors âgé de 4 ans, nous a tout simplement ouvert les yeux sur la réalité. Il nous a dit : "mais puisque Bruno est perdu, où s'est-il perdu ?". Eh oui, la langue française est parfois bien significative ! Nous disions effectivement que nous avions "perdu" notre enfant.
J'ai alors réalisé (7 ans après) que je l'avais vraiment perdu, même pas enterré, ni posé une seule question sur ce qu'il était devenu : je l'avais laissé partir sans savoir ni où, ni comment (avec le recul ça me paraît incroyable !).
Après des recherches, nous avons retrouvé l'endroit où ses cendres avaient été répandues et nous l'avons enterré dans le caveau de famille du petit village de mes grands-parents. C'était un jour merveilleux : je retrouvais ce fils perdu. Je le reconnaissais : il était né, puis était mort, mais il n'était pas disparu, ni abandonné, il était là.

Mon "travail" de deuil n'était pas pour autant terminé. Grâce à un groupe de soutien mutuel dans l'association E.K.R., durant l'année 95-96, j'ai pu, 13 ans après sa naissance, dire à mon fils : "Je t'aime". J'ai passé une année avec lui comme un dernier au-revoir, dans le bonheur d'être ensemble.

J'ai enfin pu, grâce à ce travail en profondeur sur soi-même qu'engendrent ces groupes de soutien mutuel, comprendre la signification de ce trop bref passage de Bruno dans mes bras.
»