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Césarienne

 

"Vrai/Faux : la césarienne"
Biba, avril 2004

"En France, les césariennes de confort sont trop nombreuses"
Biba, juillet 2003

"Accoucher par césarienne"
Santé Magazine n°315, mars 2002

 

"Vrai/Faux : la césarienne"

Biba n°290, avril 2004

« Césarienne une fois veut dire césarienne toujours
Faux. Ce n'est pas automatique. Tout dépend du motif de la première césarienne et de la situation obstétricale à l'accouchement suivant. Autrement dit, si le bassin était trop étroit, il le reste et on repassera par la case césarienne.
Mais si l'opération a été pratiquée parce que le premier bébé n'était pas dans la position adéquate (un siège, par exemple) et, qu'en revanche, le second se présente bien, rien ne s'oppose à un accouchement par voie naturelle.

C'est plus sûr pour le bébé
Faux et vrai. La césarienne n'est pas une assurance tout risque. Mais, dans certaines circonstances, où l'expulsion peut être délicate (gros bébé, anomalie de la progression du travail, bébés multiples, présentation transverse ou par le siège), la césarienne permet de sortir l'enfant avec un risque moindre pour lui et sa maman.

C'est douloureux
Faux. En effet, la césarienne est pratiquée sous anesthésie générale (au dernier moment, pour que le bébé ne soit pas soumis trop longtemps à l'anesthésique) ou sous péridurale. Les suites sont un peu plus longues que celles d'un accouchement normal : on est sur pied le surlendemain, on va et vient dès le 3ème jour, et les fils sont retirés le 7ème. Quant à la cicatrice, elle est quasi invisible, planquée sous les poils du pubis. C'est seulement en cas d'extrême urgence que l'on incise sur toute la longueur de l'abdomen.

On en fait de plus en plus
Vrai. Certains médecins, échaudés, adoptent le principe de précaution dès que pointe une difficulté.

Une césarienne, ça ne s'improvise pas
Faux. Sauf si, pour des raisons particulières (voir plus haut), on pense a priori qu'une césarienne devra être pratiquée en cours d'accouchement, d'une manière générale avant que le travail ne commence, on envisage toujours l'accouchement par voie basse. Si, ensuite, une difficulté survient, on peut, à tout moment, opter pour la césarienne.»

Merci au Pr Patricia Monnier-Barbarino, gynécologue et obstétricienne à la maternité du CHU de Nancy.


 

 

"En France, les césariennes de confort sont trop nombreuses"

Biba, juillet 2003

« En France, 17,5% des enfants naissent par césarienne. Contre seulement 10% il y a une décennie. En 1985, l’Organisation mondiale de la santé recommandait de ne pas dépasser le seuil des 15%. Au delà desquels, estimait-elle, les césariennes n’avaient pas de justification médicale. On n’en prend vraisemblablement pas le chemin.

Alors, quoi ? On ne serait plus apte à accoucher « normalement » ? Si. Mais la technique a tellement avancé qu’aujourd’hui la césarienne s’est banalisée. Ce n’est plus la grosse opération parfois très risquée pour la vie de la mère, synonyme d’infections et d’hémorragie, d’il y a encore seulement 40 ans. « La chirurgie, l’anesthésie, les soins post-opératoires n’étaient pas ce qu’ils sont maintenant. On a fait des progrès énormes » explique Guy Chevallier, chirurgien gynécologue et obstétricien, à l’hôpital américain, à Neuilly.
« Et puis, il y a eu la péridurale, qui a considérablement augmenté le confort et surtout la sécurité de l’intervention », explique-t-il dans la « Revue du Praticien Gynécologie et Obstétrique ».
Du coup, quand un accouchement par voie basse demande un peu trop de savoir-faire, les obstétriciens les moins expérimentés ou ceux qui exercent dans de toutes petites maternités, sans grands moyens techniques, préfèrent « césariser ».

« Pourquoi le taux de césariennes à Besançon n’est que de 10 % ? », interroge Bernard Cristalli, chirurgien gynécologue et obstétricien à la clinique de l’Essonne. Parce que là-bas, il y a une école de mécanique obstétricale. On y apprend vraiment à faire un accouchement. Dans les endroits où on pratique beaucoup de césariennes, on ne sait plus faire correctement les accouchements », lance-t-il dans la mare.

 

 

La deuxième cause -indirecte- de l’inflation du nombre de césariennes, c’est le monitoring. Qui permet de suivre à la seconde le rythme cardiaque du bébé pendant le travail. De réagir plus vite en cas de problème. Peut-être trop vite, parfois… Si on rapproche ce facteur de l’évolution du profil des futures mères, de plus en plus âgées (plus de 29 ans dans l’Hexagone actuellement), et de l’augmentation du nombre de grossesses multiples (fruit d’une procréation médicalement assistée), on comprend mieux les chiffres.

Mais ce sont loin d’être les seules raisons. « Autrefois, le sens de la césarienne, c’était de sauver la vie de la mère », explique Jacques Mouchel, gynécologue et membre du Groupement Européen de Périnéologie. « Aujourd’hui, c’est de donner naissance à un enfant parfait. » Conséquence directe : si ledit enfant n’est pas parfait, c’est l’obstétricien qui trinque. Dans une étude menée sur 130 dossiers de plaintes déposées après une césarienne, on a constaté que 9 plaintes sur 10 portaient sur un défaut de césarienne, ou un retard dans sa mise en œuvre. Seule 1 sur 10 concerne une césarienne abusive. Et à la question, « A votre avis, qu’est-ce qui explique l’augmentation du nombre de césariennes ? », les praticiens répondent presque systématiquement : « L’augmentation du risque médico-légal. » Tracé du monitoring en mains, les parents peuvent attaquer avec une preuve tangible (« Ah bon, tout se passait bien ? Et quand le rythme cardiaque est descendu à 60, tout se passait toujours bien ? »).
Traduction pratique : certains obstétriciens, pour avoir la paix, « ouvrent ». Sachant qu’il y a fort peu de chances qu’on les poursuive pour ça. Et tant pis si ça n’était pas absolument nécessaire. (…)

N’allez pas croire que l’augmentation du taux de césariennes est le fait des seuls médecins. De plus en plus de patientes préfèrent cette solution à l’accouchement par voie basse. Message surréaliste rédigé par une jeune femme et glané sur un forum Internet dédié à l’accouchement : « Déjà, l’enfant à naître par césarienne sera beaucoup plus beau. Pas de crâne déformé ! Ensuite, une césarienne de nos jours est un acte banal, parfaitement maîtrisé et inoffensif pour la santé. De plus, et c’est ça qui m’intéresse, c’est souvent programmé : ça, c’est le top, et puis c’est rapide : ils retirent le bébé en 10 mn et referment tout en une heure environ. Voilà toutes ces raisons qui font que, moi, j’aimerais beaucoup demander une césarienne, je trouve ça super. Tu restes juste deux ou trois jours de plus à l’hôpital, c’est tout. » Ben voyons. « « Docteur, il est bien entendu que j’aurai une césarienne », me disent certaines patientes, très sûres d’elles, la première fois qu’elles me voient », raconte Guy Chevallier. Motif de la demande (ou plutôt de l’exigence) ? « Vous comprenez, je prends mon nouveau poste à telle date, donc j’aimerais planifier la naissance 8 semaines plus tôt » ; « mon astrologue m’a déconseillé le 10 avril, c’est une mauvaise date » ; « j’ai déjà deux enfants, et avec la rentrée des classes, ça va être le rush, donc le 30 août, ce serait parfait. » ; « je veux que ma fille naisse le même jour que son père. »…

Face à des arguments de cet ordre, les obstétriciens ne réagissent pas tous de la même manière. Certains refusent net et envoient la clientèle gênante à des confrères, d’autres parlementent au fil des mois pour tenter d’infléchir les opinions. D’autres, enfin, s’exécutent. « Je dois faire environ 10 à 15 césariennes de complaisance par an, sur 350 », confesse un obstétricien. (…)

Un accouchement par voie basse pour un premier enfant dure en moyenne 7 heures. Là où une césarienne planifiée demande 15 à 20 minutes. Et permet : 1/ de mener ses consultations aux heures prévues. 2/ de dormir la nuit. 3/de partir en week-end sans demander ce qui va bien pouvoir arriver. Tout bénéf. (…)

« Un certain nombre de femmes sont persuadées que la césarienne, c’est la solution de sécurité absolue. Et que leur enfant sera plus beau, plus intelligent, sans traumatisme obstétrical. Pour ce qui est de la souffrance physique des nouveaux-nés, on n’en sait absolument rien », précise Bernard Cristalli.
En revanche, ce que l’on sait, c’est que la mortalité des mères accouchées par césarienne est multipliée de trois à huit fois par rapport aux accouchées « naturelles. » Etant donné qu’en France, environ 8 pour 100 000 de ces dernières décèdent. Et qu’il existe tout un tas de complications post-césariennes possibles : hémorragie, embolie pulmonaire, occlusion intestinale, abcès sur la cicatrice…
»


 

 

"Accoucher par césarienne"

Santé Magazine n°315, mars 2002

« Programmée, le plus souvent, ou décidée en cours de “ travail ”, la césarienne se vit beaucoup mieux qu’autrefois. Mais ce n’est quand même pas un acte anodin et, pour la vivre le mieux possible, il est essentiel de s’y préparer.
En voici toutes les étapes.

Le nombre des césariennes pratiquées chaque année en France ne cesse d’augmenter. Ceci parce que le désir des couples de tout “ contrôler ” et de programmer l’arrivée de leur enfant, se fait de plus en plus pressant. […]
Pour autant, nous ne sommes pas encore au niveau des pratiques américaines qui avaient fait grimper à 25% le taux des accouchements par césarienne. Une politique que les obstétriciens d’outre-Atlantique revoient à la baisse car, disent-ils, “ en augmentant le taux de césariennes, on augmente celui des grossesses ultérieures sur utérus cicatriciel avec le risque de complications, telles une rupture de la paroi utérine ”.
En France, l’adage “ césarienne un jour = césarienne toujours ” n’est plus obligatoirement de mise. “ Par exemple, explique le Dr Thierry Harvey, gynécologue-obstétricien, chef du service maternité de l’hôpital des Diaconnesses, à Paris, quand une femme a accouché deux fois par césarienne parce que ses bébés se présentaient par le siège, un troisième accouchement par voie basse peut s’envisager sous certaines conditions très strictes : quand le bébé se présente bien et que le bassin et le col de la maman sont parfaits. ”

Programmée ou non ?

Longtemps pratiquée pour la sécurité de la mère, la césarienne l’est aussi, aujourd’hui, pour celle de l’enfant.
Les césariennes programmées ou prophylactiques, ou encore “ à froid ”, représentent 50% des césariennes. […] Elles concernent, entre autres, les bébés qui se présentent par le siège de manière “ complète ” (en tailleur). […] Des études ont montré qu’une césarienne programmée entraînait moins de complications que pratiquée en urgence. Autres cas de césariennes programmées : chez les femmes souffrant d’un diabète susceptible de provoquer un poids anormalement élevé chez l’enfant.
Les césariennes “ à chaud ”, dites aussi en urgence, concernent les cas où une pathologie apparaît en cours de travail. Il existe deux grandes causes : une absence de dilatation du col de l’utérus, une anomalie du rythme cardiaque fœtal . Certaines manifestations en fin de grossesse, telle une éclampsie (convulsions dues à une hypertension), peuvent aussi imposer une césarienne en urgence car c’est le seul moyen de sauver la mère et l’enfant.

L'anesthésie générale est moins utilisée

Péridurale ou rachianesthésie, la tendance est à l’anesthésie locorégionale qui permet une analgésie allant du dessous des seins aux pieds.
La péridurale consiste à introduire, après anesthésie locale, un cathéter (un fin tuyau) dans la partie basse de la colonne vertébrale. Grâce à ce cathéter, le médecin peut réinjecter un anesthésiant, ce qui permet de prolonger la durée de l’anesthésie.
La rachianesthésie se fait en un geste unique qui procure 4 heures d’anesthésie. Une péridurale est efficace en 15 à 30 minutes alors que l’effet d’une rachianesthésie est quasi immédiat puisqu’il intervient en 10 secondes.
Restent les cas ou l’équipe décide une anesthésie générale : les contre-indications à l’anesthésie locorégionale, une fièvre à 38-39° car les germes pourraient pénétrer dans l’organisme maternel, les anomalies de la coagulation sanguine ou des anomalies vertébrales (scoliose importante), un mauvais état cutané (boutons enflammés, furoncles).

Les gestes du chirurgien

Ensuite, l’intervention est simple. Le plus souvent, le chirurgien incise la peau horizontalement à deux doigts au-dessus du pubis, puis la couche de graisse sur l’abdomen et l’aponévrose (la plaque de fibres située devant les muscles). Ensuite, il les écarte (il ne les coupe pas) et ouvre le péritoine avant d’inciser l’utérus puis la poche amniotique dans laquelle se trouve le bébé. Tout ceci prend entre 3 et 6-7 minutes à l’issue desquelles la sage-femme prend le bébé pour le donner, même un bref instant, à la maman ou au papa avant de le mettre en couveuse s’il a besoin d’être réchauffé. “ De nombreuses études et l’expérience, montrent que ce “ peau à peau ”, même rapide, est indispensable à la création des premiers liens mère-enfant ”, dit Christine Coursaget, sage-femme. […]
Après la naissance, le chirurgien vérifie l’utérus maternel et pratique des sutures, ses gestes durant 30 à 45 minutes.


 

Comment se passent les jours suivants ?

Cependant, tous les obstétriciens n’utilisent pas la même technique. Quand une césarienne est décidée en urgence, certains préfèrent pratiquer une incision verticale qu’ils jugent plus facile et plus rapide pour extraire un bébé. D’autres ont adopté la technique de “ Misgav Ladach ”, mise au point en Israël par les docteurs Cohen et Stark qui permet, dans nombre de cas, de réduire le temps “ d’extraction ” de l’enfant à moins d’une minute. L’anesthésie étant plus courte et les suites opératoires moins douloureuses, la maman peut mettre son bébé au sein plus facilement. Inconvénients : bien qu’horizontale, la cicatrice est parfois plus haute et plus longue qu’avec la technique traditionnelle dite de “ Pfanenstiel ”.
“ Les douleurs post-opératoires sont très vives les premières 48 heures, dit le Dr Harvey. Mais on ne craint plus d’utiliser des antalgiques majeurs pour éviter aux femmes de souffrir. […] ”
Quand on a accouché par césarienne, le temps d’hospitalisation dépend, entre autres, de l’environnement de la maman mais aussi de la maternité dans laquelle elle a accouché. Le temps moyen de séjour est de cinq à six jours mais l’équipe obstétricale peut décider de garder une maman plus longtemps, pour des raisons médicales, ou pour des raisons “ socio-psycho-économiques ”. A l’inverse, on peut parfois quitter la maternité au bout de trois jours, mais en prévoyant un suivi par une sage-femme à domicile."

En parler pour mieux s'y préparer

“ En principe, une information sur la césarienne est faite à toutes les femmes dans le cadre de la préparation à la naissance car si certaines savent à l’avance qu’elles accoucheront ainsi, d’autres vont se trouver confrontées à cet acte médical à la toute dernière minute. Or, accoucher par césarienne peut laisser des traces psychologiques auxquelles on ne s’attend pas toujours. Une future maman qui a été prévenue du fait qu’elle accoucherait ainsi a, éventuellement, le temps de faire un travail de deuil sur l’accouchement “ naturel ” dont elle avait rêvé. […]
C’est évidemment plus difficile pour celles qui ont eu une césarienne en urgence. Même si l’équipe l’informe au mieux, la future maman doit, à la fois, faire le deuil d’un accouchement par les voies naturelles et gérer sa peur que son enfant aille mal. Tout cela secoue terriblement la plupart des femmes. Beaucoup ayant, à tort, l’impression d’avoir raté leur accouchement. »