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ladoption ? > Témoignages parus dans
la presse

J'AI ACCOUCHE SOUS
X
"Arrêtez
de considérer l'abandon comme un crime"
Sabrina, Parents, août 2003
"Accoucher sous X, c'était
me protéger et protéger Clara"
Laetitia, Marie-Claire, 2000
"Sa mère au téléphone
ma remerciée de lui avoir fait cadeau de son
fils "
Floriane, Avantages, 2001
JE SUIS NE(E) SOUS X
"Mes enfants et mes
petits-enfants sont mes racines"
Marie-France, La Croix, mai 2004
"La rencontre avec ma
mère m'a déçue"
Zellie, "Le Parisien", 2004
"D'être là,
je ne le dois qu'à toi"
Frédéric, La Croix, mai
2003
"La compassion est une meilleure
alliée que la haine"
Juliette, Parents, août 2003
"Je suis heureuse, malgré
tout"
Anne-Flore, Parents, août 2003
"Pourquoi se focaliser sur
la recherche de ses origines ?"
Juliette, Parents, août 2003
"Son abandon était
aussi un acte d'amour"
Elodie, Parents, août 2003
"Née sous X, je ne
sens pas le besoin de connaître mes parents biologiques"
Sabine, Le Figaro, 2001
"Merci, maman, de m’avoir
donné la vie"
Natacha, Girls, 2003
"A défaut de la vie,
ils mont donné tout leur amour"
Floriane, La Croix, 1998
"Je néprouve
ni rancune, ni colère"
Servane, Elle, 2001
" Ma
mère adoptive a accepté que je rencontre ma
mère biologique"
Vanessa, Le Nouvel Observateur, 2000
J'AI ACCOUCHE SOUS X
"Arrêtez
de considérer l'abandon comme un crime"
Sabrina,
Parents, août 2003
« Je
comprends la douleur de ne pas connaître ses origines.
Mais il faudrait que l'abandon soit moins tabou. On ne donne
pas toutes les informations aux mères désirant
confier leur enfant à l'adoption. Elles peuvent lui
laisser leur nom ou une lettre. J'ai vécu cela. Il
y a deux ans, j'ai abandonné (bien que je n'aime pas
ce terme) mon enfant, mais j'ai laissé mon nom et mon
adresse.
Il ne faut plus penser qu'accoucher sous X et faire un abandon
est égoïste. Les mères qui le font sont
aussi malheureuses que les enfants. Il faut comprendre que
c'est à cause de leur situation trop difficile qu'elles
en arrivent là. Je pense tous les jours au petit garçon
que j'ai mis au monde. Arrêtez de considérer
l'abandon comme un crime. Ceci permettrait aux enfants adoptés
de mieux s'intégrer, car ils ne porteraient plus ce
lourd fardeau qu'est encore l'adoption aujourd'hui.
»
"Accoucher
sous X, c'était me protéger et protéger
Clara"
Laetitia,
Marie-Claire n°580, décembre 2000
« "Clara.
Eh bien, voilà
A peine avons-nous fait connaissance
que nos chemins se séparent. Je t'ai donné la
vie. Tes parents vont te donner une vie (
). Te quitter
m'arrache le cur, mais il le faut. Pour toi, pour ton
avenir que je n'aurais pas pu assurer. Sache que je t'aime.
Ta maman." Laetitia se souvient comme si c'était
hier de cette lettre de quatre pages laissée à
l'attention de Clara. Clara, une petite fille brune et dodue,
née sous X un jour de printemps, il y a six ans.
"J'étais étudiante, j'avais
22 ans, raconte Laetitia. C'est au quatrième mois de
la grossesse que j'ai réalisé que j'étais
enceinte. Mon ami a d'emblée rejeté cet enfant.
Il est même devenu violent. Restée seule, j'ai
laissé le temps filer. Dans mon entourage, deux mois
avant que j'accouche, personne n'avait remarqué mon
état. Cet enfant, je ne pouvais pas l'assumer. Alors,
désespérée, je me suis résignée
à le faire adopter. J'ai accouché sous le secret
dans le souci de protéger mon enfant, de lui donner
une chance pour toujours." (
)
Laetitia est partie accoucher en province
Soutenue par la Famille Adoptive Française,
Laetitia est partie accoucher en province, loin des pressions
familiales. "En quinze jours, j'ai vu mon ventre jusqu'alors
plat s'arrondir à vue d'il. Enfin, je pouvais
vivre ma grossesse, prenant conscience que pour l'amour d'un
enfant, une rupture est possible. Accoucher sous X, c'était
me protéger et protéger Clara."
Telle est l'histoire de Laetitia, représentative
du profil des quelques six cent femmes qui ont recours chaque
année à l'accouchement sous X. (
)
Six ans après, Laetitia, elle, ne regrette rien. "Je
n'ai pas abandonné Clara. Je l'ai confiée"
dit-elle. Petit à petit, la jeune femme se "reconstruit".
Mais pas un jour ne passe sans qu'elle pense à cette
fillette de six ans. "Ce secret, je le porte seule. Le
jour de l'anniversaire de Clara, je prépare un gâteau.
A Noël aussi. Je me dis qu'elle doit adorer les Pokémons...
Je sais Clara heureuse, alors je vis tout ça plutôt
sereinement."
Laetitia s'évade un instant. Sourit, puis confie à
mi-voix : "Un jour, j'aimerais la retrouver. Mais c'est
elle qui décidera." »
"Sa
mère au téléphone ma remerciée
de lui avoir fait cadeau de son fils"
Floriane,
44 ans, Avantages, 2001
«
Je suis algérienne.
Jétais amoureuse dun garçon qui
mavait promis le mariage. Javais 23 ans. Jétais
laînée de huit enfants. Javais ouvert
la voie à mes surs, arraché le droit daller
en 6ème, de passer mon bac, de faire des études
et
jattendais un bébé. Sil
lavait appris, mon père aurait pensé que
javais voulu tout cela pour pouvoir coucher. Il ne maurait
pas tuée, non, ça aurait été pis.
A cause de moi, il aurait perdu son honneur et sa fierté.
Cette grossesse aurait ruiné tous mes acquis et entraîné
dans ma dégringolade ma mère, mes surs
et toute ma famille. Cétait une catastrophe.
Mon copain a eu peur. Il ma laissée
tomber. Jaurais pu le poursuivre, mais notre histoire
devait rester secrète et le temps pressait. Impossible
davorter. Il restait ladoption praticable en France
et cette idée ma soulagée : donner mon
enfant valait mieux que le tuer. Ma mère et moi sommes
parties pour Marseille en justifiant tant bien que mal nos
trois mois dabsence. Quand on ma parlé
daccouchement sous X, jai juste entendu que cétait
gratuit et secret. Il faut dire que, dans ces cas-là,
on nest pas dans son état normal. Jétais
une boule dangoisse, incapable de penser à la
suite. Je vivais dans lurgence.
Je nai pas voulu voir le bébé
Je nai pas voulu voir le bébé.
Je lai juste entendu pleurer. On ma dit que cétait
un magnifique garçon. Je suis sortie quatre jours plus
tard, malade, vidée, ne me rendant compte de rien.
Je nétais pas moi-même. Jétais
incapable de réfléchir, paralysée, manipulable.
(
) Ma famille et lhonneur étaient saufs,
mais moi, jétais brisée. Je me levais
et me couchais en pensant à mon fils. Plus les années
passaient, plus il était présent. Je me disais
: "Il a 7 ans, il a 8 ans
et il nest toujours
pas là." Je me demandais aussi sil était
heureux, sil connaissait mon existence ? Je me posais
des questions, des plus simples aux plus folles. Je regardais
les gamins dans la rue en me disant que, si je le croisais,
je le reconnaîtrais
Puis, jai rencontré
le grand amour. Cet homme avait un fils que je choyais, mais
en pensant au mien. Nous navons pas pu avoir denfant.
Je suis sûre que je me punissais ainsi. Dailleurs,
je voulais une fille, mais je pensais : "et si elle rencontre
son frère ? Ils vont tomber amoureux..."
Mon fils me cherchait aussi
Cest une amie qui ma convaincue
dentreprendre des recherches. Je me souviens davoir
téléphoné à une association. On
ma demandé si jétais une enfant
X et jai répondu en sanglotant : "Non, je
suis une mère." Il ma fallu trois semaines
pour écrire la lettre du lever de secret. Mon fils
me cherchait aussi. Quand ses parents adoptifs ont appris
mon désir de le revoir, ils ont eu le choc de leur
vie. On leur avait tellement dit que je navais aucune
chance de le retrouver
Plus tard, sa mère adoptive ma
dit quelle avait eu peur que je vienne le reprendre.
Mon fils aussi a été secoué. Il a mis
trois semaines avant de réagir. Cest lassistante
sociale de son lycée qui ma téléphonée
au travail en mannonçant : "Jai votre
fils en face de moi." On est là et on ne sait
pas quoi dire. Je lentendais demander : "Est-ce
que jai des frères et surs ? Est-ce quelle
vit avec mon père ?" Jai oublié le
reste. Je me souviens seulement quil avait un drôle
daccent de Marseille et quil me disait vous. Je
lui ai dit de me dire tu.
Quand jai eu raccroché, je
suis devenue comme folle. Je suis allée voir ma copine
et jai hurlé, jai pleuré en disant
que javais retrouvé mon fils. En rentrant à
la maison, jai trouvé une enveloppe avec une
lettre et une photo de lui. Dans sa lettre, il mexpliquait
quil était content de me retrouver. Que ses parents
étaient les personnes les plus importantes de sa vie.
Quil ne men avait jamais voulu et quil voulait
que lon tisse des liens
Quand jai eu sa
mère au téléphone, elle ma remerciée
de lui avoir fait cadeau de son fils et moi je lai remerciée
de lui avoir donné une famille. Ils sont venus à
Paris pour Noël. Javais acheté des tas de
cadeaux et un immense sapin. Enfin, le 25 décembre
1999, jai pu serrer mon fils dans mes bras pour la première
fois. Il avait 19 ans. »
JE SUIS NE(E) SOUS X
"Mes
enfants et mes petits-enfants sont mes racines"
Marie-France,
La Croix, 26 mai 2004
Marie-France Bergerault, enseignante
en théologie à Paris, est aujourd'hui mère
de 4 garçons et grand-mère de cinq petits-enfants.
Elle est l'auteur de "Naître sous X… et inventer
sa vie".
«
Je venais d'avoir
14 ans lorsque ma mère (…) m'a appris que j'avais
été adoptée. Cette révélation
brutale me donna l'impression que son amour maternel était
mensonger. Du jour au lendemain, tout sonnait faux (…).
Je n'ai pourtant jamais osé exprimer ma colère
en paroles. (…) Je ne compris que beaucoup plus tard
que la blessure était trop forte pour qu'elle aborde
le sujet. Orpheline elle-même très jeune, son
seul bonheur fut son mariage, mais elle ne put avoir d'enfants.
(…)
A tel point que, devenue mère à
mon tour, je me suis étouffée moi-même
dans ce "non-dit". Je ne me suis autorisée
à parler à mes fils de ma naissance que lorsqu'ils
ont été en âge de comprendre, et de ne
pas le répéter à leur grand-mère.
Ce n'est qu'à la veille de sa mort qu'elle prononça
une parole libératrice qui nous permit à toutes
deux de nous laisser aller à des marques d'affection,
en vérité. Désormais, je me sens totalement
en paix avec maman et si je parle si facilement de mon histoire,
c'est qu'après un long cheminement, je l'ai "adoptée"
en quelque sorte.
J'ai encore plus éprouvé le sentiment
d'avoir été abandonnée lorsque j'ai porté
notre premier enfant. (…) J'ai vécu le combat
que mènent toux ceux qui, comme moi, revendiquent leur
droit à connaître leur origine. Mais je crois
pouvoir dire que cette quête n'est pas le seul chemin
pour grandir. Quand j'ai réalisé que je ne pourrais
jamais retrouver ma famille biologique, l'affection et l'amitié
de ceux qui m'entouraient m'ont conduite à trouver
moi-même des lumières dans la nuit de mes origines.
Aujourd'hui, je veux croire qu'en accouchant sous X, celle
qui m'a donné la vie m'a libérée de son
amour impossible. Cela signifie pour moi qu'elle a accepté
de se retirer définitivement, quelle qu'en soit sa
douleur, pour me donner totalement à ma famille afin
que mon histoire s'y enracine.
Le "noir " de mes origines n'a
pas disparu, mais je vis avec. En me mariant, j'ai pris le
parti de l'avenir. Mes enfants et mes petits-enfants sont
mes racines. Au moment de la naissance de ces derniers, j'ai
ressenti dans mon corps angoisse et étouffements. J'ai
alors compris qu'à travers eux, la chair de ma chair,
c'était moi qui étais en train de naître.
Merci à eux pour cette merveilleuse aventure qu'ils
m'ont donnée de vivre.
»

"La
rencontre avec ma mère m'a déçue"
Zellie,
"Le Parisien", 2004
« Elle
a toujours su que ses parents n'étaient pas ses "vrais"
parents. Et qu'elle ferait tout, le moment venu, pour retrouver
celle qui l'a abandonnée à la naissance. Le
moment est venu le jour où Isabelle s'est retrouvée
enceinte de sa fille aînée, il y a deux ans.
Quelle serait la couleur de ses yeux ? Qu'est-ce qui peut
pousser une maman à renoncer à ce bonheur-là
? Décidée à obtenir des réponses,
cette femme de 32 ans l'était. Mais pas au point de
s'imaginer qu'elle figurerait parmi les 30 premiers enfants
nés sous X auxquels le Conseil national d'accès
aux origines personnelles (CNAOP) a permis de retrouver leur
mère biologique cette année.
Le bouleversement est tout frais, le soulagement
et la déception aussi. (…) Le coup de fil début
mars, elle n'est pas prês de l'oublier. On lui laisse
entendre que sa mère a été retrouvée,
on lui suggère d'écrire une lettre. Isabelle
s'applique, à la fois folle d'espoir et terrifiée.
"Je ne savais pas à quelle sorte de personne je
m'adressais. Le pressentiment m'a effleuré qu'elle
n'était peut-être pas très éduquée.
Elevée par une famille adoptive aisée, Isabelle
a fait des études supérieures, elle est érudite,
bien installée. Alors, quand sa "vraie" maman
lui téléphone, quelques jours plus tard, elle
comprend très vite. "Elle parlait, parlait, et
moi je ne pouvais pas dire un mot. Rien qu'à son langage,
j'ai compris qu'un monde nous séparait. C'était
triste. C'était le coup de fil de mes rêves et
je notais toutes les fautes de syntaxe qu'elle commettait."
La jeune femme, soutenue par son mari
et ses parents adoptifs, est quand même allée
au devant de son histoire. Une petite maison d'ouvriers, de
pauvres gens, des larmes, pas mal de gêne, de remords,
de silences. "Je me suis faite à l'idée
que ce n'était pas un conte de fées. Mais je
ne regrette absolument pas de l'avoir rencontrée",
assure Isabelle. (…) " Au final, en tout cas, cela
m'a appris que la famille, c'est celle que l'on crée,
que l'on voit se développer. La vie devant soi, quoi."
»

"D'être
là, je ne le dois qu'à toi"
Frédéric,
tribune des lecteurs, La Croix, 20 mai 2003
« Chère
X,
Je ne te connais pas...
Tu es peut-être ici, ou là-bas.
Tu m'as porté et pourquoi pas aimé ?
Tu ne pouvais pas m'élever,
Mais tu ne m'as pas abandonné,
Bien au contraire tu m'as confié.
Confié... à une famille qui m'a
éduqué, élevé et surtout aimé.
Cela me permet encore de rêver.
Rêver de toi,
Bien que je ne me souvienne pas,
Des neuf mois passés en toi.
Ces quelques mots, je te les écris, pour
te dire merci.
Merci pour ce que tu m'as transmis.
Ce qui est au fond de moi, est sûrement aussi ancré
en toi,
Et ça au moins on ne nous l'enlèvera pas...
Merci de m'avoir laissé vivre.
D'être là, je ne le dois qu'à toi,
A cette mère que je ne connais pas. »

"La
compassion est une meilleure alliée que la haine"
Juliette,
Parents, août 2003
Juliette s'adresse à Christine, 21
ans, née sous X et désireuse de retrouver sa
mère biologique
« Je
comprends ton sentiment violent envers ta mère biologique,
mais je t'assure, la compassion est une meilleure alliée
que la haine. Je ne sais pas si j'ai vraiment pardonné,
mais j'ai compris, en donnant moi-même la vie à
mon fils, ce que cette femme avait dû souffrir en m'abandonnant.
Ne mets pas toute ton énergie à ouvrir la boîte
de Pandore, mais plutôt à te construire une famille.
Ta famille à toi. C'est en elle que tu puiseras la
force de pardonner. »
"Je
suis heureuse, malgré tout"
Anne-Flore,
Parents, août 2003
« Je
m'appelle Anne-Flore, j'ai bientôt 32 ans. Je suis mariée
et j'ai deux petits garçons de 27 et 10 mois. C'est
vrai, j'ai attendu 32 ans pour construire ma propre famille,
car c'est vraiment très dur d'avoir un X pour toute
histoire. Il n'y a pas un jour où je ne pense pas à
ma mère. Mais cela ne m'empêche pas de continuer
à vivre. Ne vous arrêtez pas. Votre vie de femme
sera comblée, surtout si vous souhaitez avoir vous-même
des enfants. Je comble les miens de l'amour que je n'ai pas
eu. Sûrement trop d'ailleurs, mais je suis comme je
suis ! Je construis chaque jour ma vie avec eux, et je suis
heureuse, malgré tout, grâce à la famille
que j'ai fondée avec l'homme que j'aime. »

"Pourquoi
se focaliser sur la recherche de ses origines ?"
Juliette,
Parents, août 2003
« Je
suis née sous X et j'ai été adoptée
à l'âge de 9 mois. A ma majorité, j'ai
(…) effectué des recherches et, par chance, j'ai
réussi à reconstituer de manière très
précise l'histoire de mes origines.
Cela fait maintenant 10 ans de cela, et je ne suis jamais
allée plus loin. Non pas par peur, mais parce que j'ai
compris en "grandissant" que ma vie était
celle que mes parents adoptifs m'avaient offerte et que je
devais chercher les réponses à mes questions
dans l'histoire que j'ai vécue avec eux, et non celle
que j'aurais pu vivre. »
"Son
abandon était aussi un acte d'amour"
Elodie,
Parents, août 2003
« [Moi
aussi], je me suis posée des questions sur mes origines.
J'en voulais au monde entier, surtout à ceux qui avaient
leurs deux parents ! A un moment donné, je n'en pouvais
plus, et j'ai décidé de faire une psychothérapie.
Grâce à cette thérapie, j'ai réussi
à pardonner à ma mère les souffrances
que j'ai endurées. J'ai fini par comprendre que son
abandon était aussi un acte d'amour. »

"Née
sous X, je ne sens pas le besoin de connaître mes parents
biologiques"
Sabine,
Le Figaro, 4 juin 2001
« Si
l’accouchement sous X n’est jamais la solution
idéale, il est dans bien des cas la moins mauvaise
des solutions possibles. Et pourtant… si l’on
s’en tient à ce qui se dit à longueur
d’émissions et de témoignages (…),
force est de croire que c’est toujours un drame épouvantable
pour les enfants nés sous X, malheureux destinés
à chercher en vain leurs racines toute leur vie durant.
Il se trouve que ce n’est pas forcément
le cas, je peux en témoigner par expérience
: si la blessure de l’abandon est bien réelle,
comme tout élément douloureux au cours de la
vie, elle n’entraîne pas systématiquement
une remise en cause permanente et une quête incessante
des origines.
Ma vraie famille, c’est celle qui m’a adoptée
et que j’ai adoptée en retour, au fil des années.
»

"Merci,
maman, de m’avoir donné la vie"
Natacha,
Girls, avril 2003
Natacha a toujours su qu’elle
avait été adoptée et n’en a jamais
souffert. Un jour, elle a décidé d’entreprendre
des recherches pour découvrir ses origines. Mission
difficile pour un enfant "né sous X", mais
pour elle, il en est allé autrement…
«
C’est à
l’âge de 20 ans, après des années
de réflexion, que je me suis enfin décidée
à franchir le pas. Le pas qui me séparait de
l’Administration française et des informations
qu’elle possédait peut-être sur ma naissance
(…).
Aussi longtemps que je me souvienne, mes parents adoptifs
ne m’ont jamais caché cette vérité.
Je n’ai pas le souvenir d’avoir appris brutalement
la nouvelle, et pour cette raison je les remercie du fond
du cœur. (…)
Les tourments de l’adolescence
Avant l’adolescence, la question de l’adoption
était pour moi très lointaine et je ne comprenais
pas vraiment ce que tout cela voulait dire. (…) Je n’avais
que faire de ces questions car, après tout, j’étais
heureuse dans ma famille adoptive. Pourquoi vouloir savoir
?
Et puis vint le temps de l’adolescence avec ses questions
: qui suis-je vraiment ? Qui sont mes parents ? Où
est ma mère en ce moment ? Est-elle morte ? Qui est
mon père ? De qui suis-je l’enfant ? Quelle est
ma réelle nationalité ? Etc.
Toutes ces questions, qui dans un premier temps ne me tracassaient
pas, ont marqué le début d’un long travail
sur moi-même. Je tentais d’accepter le fait que
je n’aurais sans doute jamais de réponses à
y apporter. Sans réponse, l’imagination de la
jeune fille que j’étais n’avait pas de
limites. Lorsque l’on ne sait rien, on peut tout imaginer.
Personne n’a jamais vraiment réussi
à pénétrer cette partie de ma vie pendant
cette période, pas même mes parents adoptifs
à qui je ne disais rien, blocage complet sur le sujet.
Après tout, adoption veut dire abandon ; on m’a
donc abandonnée, pourquoi irais-je faire des recherches
sur une personne qui n’a pas voulu de moi ?
Et puis, plus tard, à l’âge de 19 ans,
j’ai rencontré une personne qui a partagé
presque cinq ans de ma vie. Progressivement, j’ai accepté
de parler avec lui de toutes ces questions qui restaient interdites
jusqu’alors. J’ai pris conscience tout doucement
que l’abandon pouvait aussi cacher
un geste d’amour, celui d’une mère
qui préfère remettre son enfant à l’Assistance
publique pour lui assurer un futur meilleur.
Premières recherches
Cette idée a lentement fait son chemin,
jusqu’au jour où j’ai décidé
de lancer concrètement des recherches. Pour cela, j’ai
contacté les services sociaux de ma ville de naissance,
pour leur demander l’ouverture de mon dossier de naissance,
comme le permet la loi de 1978.
Il aura fallu un an ! Un an pour que l’Assistance publique
retrouve mon dossier et que je sois convoquée pour
un entretien (…).
Parallèlement à mon souhait d’ouvrir
ce dossier, j’ai prévenu mes parents adoptifs
de mes recherches. Ils n’ont pas bien vécu la
nouvelle au début, car pour eux, si je souhaitais faire
des recherches, c’est qu’ils avaient échoué
quelque part. Il m’a fallu un gros travail, aidée
par un psychothérapeute, pour leur faire comprendre
que cela ne changeait en rien mon amour pour eux et qu’en
aucun cas mes recherches, même si elles aboutissaient,
ne changeraient quoi que ce soit à notre relation.
En entamant cette démarche, je me suis toujours dit
que je ne trouverais rien. Le danger était de commencer
à y croire. Mes parents adoptifs m’ont alors
remis le dossier d’adoption qu’ils avaient reçu
à ma naissance, et là j’ai vécu
le premier choc de cette longue histoire. Sur le dossier figuraient
un nom et un prénom à la place de ce qui aurait
dû être un X. Comment fallait-il interpréter
cette erreur administrative ? J’étais donc en
face d’un document portant le nom et le prénom
que ma mère m’avait donnés à la
naissance, car ma mère m’avait reconnue…
Je me présente alors à l’Assistance
publique -je me souviendrai toujours de ce jour, c’était
un mardi. Je sors mon dossier d’adoption et j’explique
au psychologue que j’ai un nom de naissance. Sous le
choc, il m’apprend que je possède l’information
capitale pour continuer mes recherches. Il me dévoile
alors l’existence d’un frère plus âgé
d’un an, Thibaut. Je commence à comprendre, même
si je m’interdis d’y penser, que j’ai peut-être
une chance de retrouver quelqu’un un jour, quelque part.
Cette idée me laisse dans un état de choc émotionnel
qui ne cessera pas de s’amplifier pendant deux mois.
De retour chez moi, je dresse un plan d’attaque
avec mon petit ami pour entamer des recherches à partir
du nom que j'ai en ma possession. La chance continue lorsque
j'apprends que seules cinq personnes portent ce nom en France.
Je décide de les faire appeler par mon petit ami qui
se fera passer pour un ami de mon frère, Thibaut, dont
il a perdu les coordonnées. (…)
Les retrouvailles
J’ai ouvert mon dossier le mardi, le dimanche
je rencontrais mon oncle pour la première fois de ma
vie.
Un mois plus tard, sur le quai d’une gare, en Angleterre,
je rencontrais ma mère, la femme qui m’a mise
au monde, 25 ans après ma naissance. Et avec elle je
me découvrais un grand frère et un petit frère,
ceux que j’aurais toujours voulu avoir.
La ressemblance physique avec ma mère est hallucinante
; de ses trois enfants, je suis celle qui lui ressemble le
plus.
Avant la rencontre avec ma mère,
je n’ai pas fermé l’œil pendant 15
jours, j’étais dans un état incroyable.
Le choc émotionnel m’a complètement absorbée,
et je savais que je vivais les émotions les plus fortes
de ma courte vie…
Outre la magie de cette rencontre, les réponses que
j’ai désormais à mes questions et toute
cette histoire, je n’ai pas oublié la leçon
suivante : c’est une expérience unique et merveilleuse
que de donner la vie, mais il est à mes yeux une expérience
plus grande encore, et plus noble, qui est celle de donner
de l’amour. Merci, maman, de m’avoir donné
la vie, et merci, merci de m’avoir donné de l’amour
! »

"A
défaut de la vie, ils mont donné tout
leur amour"
Floriane,
La Croix, 26 juin 1998
« "Née
sous X
", cinquante ans que cette phrase maccompagne.
Cest à ce seul titre que je réagis à
la proposition de loi qui veut supprimer laccouchement
anonyme sous X, du fait du droit de lenfant. (
)
Quand on vient de X part, autant dire de nulle
part, comment peut-on réussir ? (
) On a vraiment
besoin dattention particulière quand lunivers
sest lézardé, aux premières heures
de la vie. Jai suivi ce chemin.
Mais aujourdhui, il semble quon
ait enfin trouvé "la" solution, lenfant
a droit à la vérité. (
). Moi aussi,
jai revendiqué ce droit.
Pourtant, je suis persuadée au fond de
moi que le droit de savoir nest pas la bonne façon
de poser la question. Devenue mère à mon tour,
je minterroge. Quest-ce qui ma fait grandir,
ma permis dêtre heureuse aujourdhui,
avec un mari et des enfants, équilibrée ni plus
ni moins que les autres, alors que le noir originel ne ma
jamais quittée ? Pour grandir, tout enfant a besoin
damour
Je ne suis pas là par hasard
Une évidence sest imposée
peu à peu. "Je ne suis pas là par hasard,
jai été désirée, attendue."
Que dannées de recherche, de formulaires remplis,
denquêtes désagréables avant que
mes parents adoptifs puissent mouvrir les bras en disant
: "Tu es notre fille, cest toi que nous avons voulue.".
A défaut de la vie, ils mont donné tout
leur amour pour faire de moi ce que je suis. Avec tendresse
et maladresse, ils ont assumé la responsabilité
que mes parents biologiques avaient refusée.
Le trou noir de mes origines na cessé
de me poursuivre. Mais jai appris à vivre avec
quand jai compris que lamour présent était
le plus fort.
Cest cet acte damour originel
qui fait grandir
A quelques flashes de vérité qui
inciteraient à se tourner sans cesse vers un passé
inconnu, je crois que la meilleure aide à apporter
à des enfants adoptés est de leur permettre
de comprendre quils ont été voulus, désirés
par ceux qui les ont choisis. Et cest cet acte damour
originel qui fait grandir
Aujourdhui, adulte, jai besoin de
crier, daffirmer quà travers cet abandon,
je pressens autre chose, lexpression dun don.
Don de celle qui ne pouvait ou ne voulait soccuper de
moi à ceux qui mattendaient depuis si longtemps
pour que je devienne leur fille. En accouchant sous X, celle
qui ma donné la vie ma libérée
de son amour impossible. On parle maintenant denfant
"confié en vue de ladoption". Confié,
je trouve ce mot très beau. Cela signifie quelle
a eu foi en un couple inconnu, quelle a accepté
de se retirer pour toujours, quelle quen soit la douleur,
pour me donner totalement à mes parents.
Je crois pouvoir oser dire que cest le
seul cadeau que X ma fait, elle qui, pour des raisons
que jignorerai toujours, ne ma pas donné
son amour maternel.
Le jour où jai découvert
cette réalité, jai commencé à
grandir, à me libérer. Dans la nuit de mes origines,
il y a une lumière, la reconnaissance dun amour
avorté qui sest effacé pour laisser place
à une autre vie. Cette lumière est la seule
certitude, la seule connaissance que jai de celle qui
ma mise au monde.
Et voilà que la loi veut empêcher
ce don total. (
).
Cest parce que dans mon ventre jai
senti bouger mes enfants, quils sont de mon sang, que
je connais le prix des liens naturels. Mais cest aussi
grâce à cela que jai découvert la
force de celle qui a su me donner pour toujours. Mes enfants
sont mes racines, mon avenir. Avec eux, je minscris
totalement dans lhistoire familiale de ceux qui mont
donné leur amour et leur nom. (
).
Tout enfant a le droit de savoir
Tout enfant a le droit de savoir, le droit de
savoir quil est aimé aujourdhui, tel quil
est. Parce quune femme accouche sous X, lenfant
peut être adopté très rapidement. Lamour
de ses nouveaux parents le fait vivre dès ses premiers
mois, un amour plus fort quun passé inconnu,
une couleur de peau ou un milieu dorigine
Respectons le choix de celles qui seffacent
pour permettre à des enfants de naître à
nouveau dans une famille qui les désire.
A vous toutes, X inconnues, merci. Vous
navez pas choisi lavortement. Par peur, par négligence,
par choix, nous ne le saurons pas. Mais nous sommes là
parce que vous avez accepté que nous vivions avec dautres.
Et la seule chose que nous savons de vous, cest quen
la confiant à dautres parents, notre vie a été
plus forte que tout le reste
»
"Je
néprouve ni rancune, ni colère"
Servane,
Elle n°2875, 5 février 2001
« Je
suis née sous X, il y a 35 ans. Jai été
adoptée à lâge de 3 mois, dans les
meilleures conditions. Mes parents me lont appris très
simplement, lors dune balade en forêt, quand javais
environ 6 ans. Je nai pas le souvenir dun choc,
ou du sentiment dune révélation. Je ne
me doutais de rien, mais être une enfant qui avait été
abandonnée ne ma pas bouleversée. (
)
Mes parents ne sont pas mes vrais parents. Ils
sont mes parents. Je nen ai pas de faux. Jignore
le mot pour désigner les personnes qui mont conçue.
Je néprouve ni rancune, ni colère. (
)
je suis mariée, nous avons deux garçons de 8
ans et 3 ans, et une fille de un an. Des enfants vifs et joyeux.
(
)
Mes parents sont gais
Mes parents sont des personnes gaies et cultivées,
jai un frère également adopté,
et nous avons été choyés. A lécole,
devant mon absence de ressemblance avec ma mère, les
institutrices sexclamaient parfois : "Comme elle
est grande votre fille !" Ma mère répondait
: "Cest parce que je la nourris bien !". Jaurais
du mal à indiquer la moindre rêverie qui pourrait
témoigner que je pensais tout de même à
cette affaire dadoption pendant mon enfance et mon adolescence.
Je nen ai parlé à personne, à aucune
amie. Pour confier quoi ? Puisque lévénement
nexistait pas. Ou il existait je ne niais pas
avoir été adoptée-, mais sans jamais
quil me vienne un discours à ce propos. (
)
Rien nest jamais assuré
Les trois mois que jai passés en
pouponnière ont pourtant laissés des traces
sur mon comportement. Par exemple, je me lève toujours
avant le lever du soleil. Parce quil me faut reconstruire
le monde chaque jour. Rien nest jamais assuré
(
). Autre caractéristique : contrairement à
beaucoup denfants adoptés, je nai jamais
cherché des familles daccueil, des mères
de substitution. En revanche, jai passé mon adolescence
plongée dans des univers englobants. Jeune fille, je
nageais, et cétait de la natation de haut niveau
; je participais à des compétitions. Le sport
était un monde en soi, comme un lieu de naissance,
comme on peut être chinois ou argentin. Par la suite,
lorsque jai passé les concours de lEcole
Normale supérieure et de lagrégation,
jétais absorbée par mes études,
sans que cela me demande le moindre effort. Le travail menveloppait
comme un duvet, jignorais langoisse, les inhibitions.
Les seuls romanciers que jaimais vraiment
lire étaient Proust et Balzac, qui tous deux construisent
des univers qui se suffisent à eux-mêmes. Là
encore, on plonge. Mais finalement, je me suis spécialisée
dans Mallarmé. Et, comme par hasard, jai longtemps
étudié son sonnet en x. Lorsque jai rencontré
ses textes, fondés sur labsence, le blanc, jai
eu le sentiment de reconnaître ma langue maternelle.
(
)
Je nai et nai jamais eu de
"meilleure amie", tout en étant très
sociable ; le lien est facile, immédiat et légèrement
distancié. Une distance qui ne se voit pas au premier
abord. Je nai jamais connu la douleur des ruptures,
par exemple. Dans les relations, je me mets en situation de
ne jamais être trahie. Je pourrais affirmer que, paradoxalement,
jignore la douleur de labandon. »

"Ma
mère adoptive a accepté que je rencontre ma
mère biologique"
Vanessa,
Le Nouvel Observateur, 14 décembre 2000
«
1982 : Sophie a la
beauté du diable et l’insouciance de ses 20 ans.
Fille d’ouvrier, elle a rencontré Nicolas à
la fac de lettres de Montpellier. Elle est fascinée
par son intelligence, son regard clair, par son milieu aussi.
Ils partent vivre ensemble à Berlin, lui effectue son
service militaire, elle est jeune fille au pair.
Une grossesse imprévue
Et puis Sophie tombe enceinte. A trois mois
de grossesse, elle l’annonce à Nicolas : il devient
blême, puis indifférent. Le couple rentre en
France.
Un matin, Sophie se rend au Planning Familial pour se renseigner
sur les éventuelles aides financières. On lui
remet un guide des droits de la femme, mentionnant la possibilité
d’accoucher sous X. Quand elle en parle à son
compagnon, il s’éclaire : "Si tu peux faire
ça, fais-le !" "On aurait dit qu’il
revivait…" La jeune femme est meurtrie, mais elle
est prête à tout pour préserver leur couple.
Le 24 décembre 1983, Nicolas dépose
Sophie à l’hôpital et file réveillonner
avec sa famille. Comme prévu, elle remet sa carte d’identité
dans une enveloppe. Le personnel ne pose aucune question.
(…) Le lendemain, on lui fait signer l’acte d’abandon,
préalablement rempli : un X figure à la place
de son nom.
Quand Nicolas débarque à la maternité,
Sophie le supplie de garder l’enfant. Il prévient
: "Tu sais ce qu’on a dit…" Mais le
père, avant d’abandonner le nourrisson, tient
à choisir un prénom : ce sera Lily. Sophie est
alors autorisée à voir derrière une vitre,
une petite chose brune en pyjama rose… sa fille.
De Lily à Vanessa
Peu de temps après, Hortense, une assistante
maternelle de 34 ans, reçoit un appel de la DDASS :
"Vous êtes maman d’une petite fille."
Voilà 10 ans qu’elle et son mari attendent cet
instant. Ils ouvrent le champagne et foncent à la pouponnière.
Lily est adoptée à 4 mois et rebaptisée
Vanessa. Elle grandit heureuse et choyée. Mais dès
l’âge de 4 ans, la petite interroge : "Elle
est où ma maman, est-ce qu’elle est jolie ?"
Hortense la rassure et lui promet qu’un jour elle l’aidera
à retrouver sa mère. Les années passent,
mais les interrogations demeurent. A 15 ans, Vanessa décrète
qu’elle "veut savoir".
Sophie aussi brûle de savoir ce qu’est
devenue sa fille. A chaque fois qu’elle rencontre une
gamine aux yeux bleus, elle s’imagine que c’est
Lily. Depuis le départ de Nicolas et le début
de sa thérapie, (…) elle sait que tant qu’elle
n’aura pas retrouvé sa fille, elle ne trouvera
pas la paix.
Sophie écrit alors à l’Aide Sociale à
l’Enfance (ASE) de l’Hérault. Elle découvre
les conséquences de l’accouchement sous X : la
mère peut lever le secret de son identité, mais
si l’enfant ne cherche pas à savoir elle restera
éternellement dans l’ombre. Et si Lily ignorait
qu’elle était adoptée ?
Sophie ne peut rien faire, sinon verser des
dizaines de lettres et de photos au dossier de sa fille, en
espérant qu’elle l’ouvre un jour. Elle
écrit : "Lily, je pense chaque jour à toi
et je compte les années chaque Noël…"
Au bout de 5 ans, Sophie décide de rencontrer le responsable
de l’ASE. (…) Il lui montre un cliché de
sa fille, l’assure qu’elle va bien. Puis, quelques
mois plus tard, il accepte de prévenir les parents
adoptifs : "Voilà, la mère de Vanessa se
manifeste."
Les retrouvailles
Hortense et son mari sont effondrés :
"On a beau s’y préparer, la terre s’écroule."
Ils pourraient ne rien dévoiler à leur fille,
qui n’a que 16 ans, mais ils savent qu’elle a
besoin de comprendre son histoire. Après avoir fait
la connaissance de Sophie, ils l’emmènent consulter
son dossier et organisent la rencontre, au restaurant. Vanessa
est venue avec un bouquet de fleurs, Sophie avec son appareil
photo. Elles se sont observées, surprises de leur ressemblance,
puis l’adolescente a osé demandé : "Comment
j’étais dans ton ventre, pourquoi tu m’as
laissée, et Nicolas ?"
Sophie, Hortense et Vanessa sont aujourd’hui
réunies. La mère biologique vient voir sa fille
à chaque vacance scolaire. Hortense lui ouvre les portes
de son foyer quand elle le souhaite. "Mais c’est
moi la mère", rappelle-t-elle. Sophie se fend
d’un triste sourire : "Oui, c’est toi. Moi,
je suis comme la grande sœur." Et Vanessa confie
: "Maintenant, je vais pouvoir prendre mon envol"…»
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